En entrant dans la salle des fêtes gargenvilloise ce lundi 15 octobre, le contraste est frappant. À gauche, l’assemblée est en grande majorité composée de salariés et de soutiens de l’entreprise Calcia, dont la cimenterie est située à Gargenville et le siège à Guerville. A droite, les membres de l’Association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières (AVL3C) et des citoyens opposés au projet d’extension de carrière à Brueil-en-Vexin, porté par l’industriel.

Alors que l’enquête publique a été prolongée d’une semaine, jusqu’au vendredi 26 octobre, une réunion d’information s’est tenue dans la commune où la cimenterie est en activité depuis un siècle, à la demande des commissaires-enquêteurs. Ces derniers craignaient des débordements au vu des commentaires laissés en contribution à l’enquête publique, un fourgon de police ayant été déployé sur le parking de la salle des fêtes.

« Le but de cette réunion est d’avoir vos sentiments sur ce dossier, de prendre ce que vous en pensez, commence Pierre Barber, le président de la commission d’enquête. Mais pas de se battre. » Avant de laisser la parole aux représentants du cimentier afin de présenter leur projet. « C’est le même projet qu’ils nous ont présenté il y a deux ans », souffle-t-on dans le public.

« Je l’ai voulue assez compacte, assez courte, pour que l’ensemble des personnes puisse dialoguer, échanger, car je pense que c’est la partie la plus importante », détaille Renaud Maggion, travaillant à l’usine de Gargenville et en charge du projet depuis 2013. Inquiétudes autour de l’eau, de l’emploi, de la pollution de l’air ont été une fois de plus évoquées, les militants demandant quels seraient les impacts concrets.

Un peu inquiet au début de la réunion, le président de la commission d’enquête s’est toutefois montré satisfait à l’heure de la clôture : « Très honnêtement, j’avais l’impression que cette réunion allait être beaucoup plus chaude, au vu des contributions laissées. Vous avez exprimé vos objectifs, votre ressenti, ce qui est une part importante dans ce dossier. »

Il confie à sa sortie avoir vu passer un certain nombre de commentaires « déplacés, mettant en cause des personnes », sur les registres électroniques de l’enquête publique. Le débat a donc été animé mais est resté civil, même s’il est apparu une nouvelle fois que chaque camp resterait sur ses positions quant au fond du dossier.

« Les réponses sont dans le dossier, détaille ainsi le responsable de Calcia de l’impact environnemental. La zone de l’exploitation sera en dessous du terrain naturel, ce qui limitera les nuisances. » Sur les investissements pour changer les filtres d’aération de l’usine actuelle, « cela ne sera possible qu’avec la nouvelle carrière », tranche Renaud Maggion, provoquant l’ire de militants pointant les dérogations accordées ces dernières années. « Ce n’est pas notre business model », répond-il lorsque les alternatives économiques portées par l’AVL3C sont évoquées.

Autre source d’inquiétude pour un Brueillois, l’indemnisation des personnes dont les maisons seront à proximité de la nouvelle carrière. « Nous avons fait des comparatifs, il n’est pas apparu que la cimenterie détériorerait grandement la valeur immobilière », poursuit le chargé de projet, entraînant une nouvelle fois la désapprobation d’une partie du public.

« Je ne vois pas comment cette soirée va se clôturer, réagit pour sa part Ghislaine Senée (EELV), conseillère régionale et maire d’Evecquemont. Nous sommes face à deux camps, d’un côté une population qui a la qualité de réagir rapidement, et de l’autre, le développement d’un ancien modèle, aujourd’hui remis en cause. »

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES