De l’aveu même du maire Laurent Brosse (DVD), le dossier du réaménagement du quartier Chennevières est un « serpent de mer » pour les différentes majorités municipales depuis plusieurs décennies. Il semble toutefois l’avoir relancé, avec un appel d’offres publié au printemps, comme avec l’organisation d’une première réunion de concertation, le jeudi 4 octobre dernier avec les riverains.

A ce stade préliminaire du réaménagement, alors que la concertation débute, peu de décisions définitives auraient été prises par la municipalité, a-t-elle indiqué aux habitants. Parmi les commerçants, le réaménagement est également souhaité, mais les attentes ne sont pas les mêmes sur tous les points… et la question du stationnement semble les opposer frontalement aux riverains habitant les alentours de la place de la Liberté.

« Les commerçants veulent des parkings, les habitants voudraient qu’il y en ait moins, c’est ce qui a fait capoter les précédents projets », soulignait lors de la réunion, un habitant du quartier. Le stationnement autour de la place de la Liberté apparaît effectivement comme une question centrale, mais l’aménagement d’espaces verts et de convivialité est également souhaité.

Hameau de Conflans-Sainte-Honorine, le quartier a toujours eu une identité propre. « C’est une commune libre, évoque en souriant Victor Blot, fondateur du Collectif pour la protection des riverains de l’autoroute A184 (Copra 184) et résident du quartier. A l’époque, on ne disait pas je viens de Conflans mais je viens de Chennevières. »

Une identité qui s’est retrouvée lors de la réunion de début octobre. Parmi les 80 participants environ, une grande majorité vivait depuis plus de 20 ans dans le quartier, des habitants pour la plupart retraités. « Nous partons d’une feuille blanche, ne tenez pas compte des précédents projets, insiste Jean-Pierre Tiffon, coach et animateur de débats publics de l’agence Eker, mandatée par la municipalité pour conduire la concertation. Le travail qu’on va commencer ce soir c’est avec vous, voir quelle est cette représentation du quartier, ses points forts, ses points faibles, ce qu’il y a à améliorer, à préserver. »

Pour Laurent Brosse, ce « deuxième centre-ville » a tout de même des atouts : « On voit que le marché fonctionne bien le dimanche, c’est un quartier qui a une attractivité qui dépasse Conflans. » Mais il pointe aussi ses faiblesses : « La circulation, les mobilités sont à repenser, il y a peut-être une offre commerciale à moderniser, qui souffre d’être éparse autour de la place de la Liberté. »

Dans un appel d’offres visant à choisir un bureau d’études techniques (défini à l’heure actuelle, Ndlr), le constat va encore plus loin. Y est notamment évoqué « l’absence de place publique », et l’appel d’offres suggère donc : « La question d’un espace central, fédérateur, support d’animation et de festivité se pose pour conforter le cœur de ville. »

Lors de la réunion, le premier magistrat conflanais a également évoqué un « patchwork » d’habitations, qui manque de cohérence : « C’est un quartier qui a beaucoup évolué ces dernières décennies, il a notamment connu une vague importante de construction dans les années 1970, 1980, qui s’est accélérée dans les années 1990. »

Concernant ses motivations à relancer le dossier, l’élu évoque une forte « attente locale ». Attente qui était visible ce jeudi 4 octobre, puisque lors d’un moment d’échange, il a été demandé quel calendrier était prévu pour la réalisation de ce projet englobant tout le quartier, et pas seulement la place de la Liberté.

« Cela fait 40 ans que je suis sur la place, 50 que je suis dans le coin, tous les maires en ont parlé de l’aménagement de la place, lance un Conflanais. Si j’ai bien compris ce que disait Monsieur le maire, ce n’est pas un projet immédiat. Que cela soit prévu maintenant c’est une chose, mais cela sera reporté aux calendes grecques. » Quelques minutes auparavant, Simon Mazajczyk, directeur associé de l’agence Eker précisait toutefois qu’à « l’été 2019, la Ville vous présentera un projet urbain plus élaboré ».

« Près de 80 % de ma clientèle vient des communes limitrophes, détaille Fernando Costa, bijoutier-horloger du quartier. Les clients qui viennent me remontent souvent un manque de places. »

« C’est déjà un projet qui est défini, été 2019 j’espère qu’on y parviendra, je n’ai pas aujourd’hui de calendrier à vous soumettre puisqu’on ne sait pas encore ce qu’on va y faire, par définition, répond pour sa part Laurent Brosse. Cela se fera dans les années qui suivent mais pas dans les 30 ans, sur la place en elle-même ce sera sur les cinq à six ans qui suivent. »

Le même riverain poursuit, doutant de l’intérêt d’organiser des réunions séparées entre habitants et commerçants, ce que préconise la municipalité, et des divergences d’opinions autour de la place de la Liberté. « J’avais bien connaissance que le projet précédent avait échoué sur des questions de stationnement, reconnaît Laurent Brosse. Mais il portait plus sur la place de la Liberté. […] Les commerçants ont évolué depuis le précédent projet. »

Pourtant, les commerçants, dont l’absence a donc été regrettée par les riverains, interrogés ce jeudi 25 octobre, jour de marché, pointent, eux, la nécessité du stationnement autour de la place. « Près de 80 % de ma clientèle vient des communes limitrophes, détaille Fernando Costa, bijoutier-horloger installé depuis deux ans et demi dans le quartier. Les clients qui viennent me remontent souvent un manque de places. »

Pour lui, le parking situé place de la Liberté est un atout certain. Mais il aimerait que la municipalité fasse des gestes plus concrets, pour ce que lui aussi considère comme le deuxième centre-ville : « Il faudrait qu’il y ait des places réservées aux commerçants, c’est un peu compliqué pour nous. J’aimerais également qu’il y ait un travail avec la mairie sur le stationnement par disque ou au moins 30 min gratuites. » En termes d’animation, il souhaite également qu’un « équilibre » soit trouvé, en particulier pendant les fêtes de fin d’année, avec le centre-ville.

Fleur Sauvetre, gérante de la boulangerie située à l’angle de la rue Désirée Clément et de la place de la Liberté, et dont la famille habite le quartier depuis 1929, est encore plus concise : « Il faudrait que la police municipale arrête d’aligner systématiquement les jours de marché. » Comme plusieurs habitants du quartier, elle évoque également le côté historique de la place de la Liberté : « A l’époque, elle s’appelait place des Fontaines, pourquoi ne pas en recréer une ? »

Selon elle, un réaménagement paysager serait important, en particulier pour les personnes âgées. « J’ai des retours, et je le vois bien, au printemps et en été, il y a certaines personnes âgées qui ne sortent que pour aller prendre leur pain, explique-t-elle. Il faudrait plus de verdure, plus de convivialité, par exemple des bancs, pour qu’ils puissent s’asseoir et discuter. »

Elle se montre cependant d’accord avec la municipalité sur la nécessité de la venue de nouveaux commerces de proximité. « Il n’y a pas de fleuristes, de marchands de fruits et légumes, regrette-t-elle. Vous avez le marché, mais ce n’est que deux fois par semaine. » Les deux commerçants espèrent également que le stationnement ne subira pas de conséquences négatives suite à ce réaménagement. « Dans l’idéal, un autre parking ce serait bien, mais en souterrain, je ne crois pas que cela soit possible avec le niveau de la Seine », note Fernando Costa.

A la réunion publique, une retraitée évoque, elle, une idée pour « résoudre » les problèmes liés au stationnement autour de la place de la Liberté. « Il faudrait déplacer le parking là où se trouve Carrefour, suggère cette habitante du quartier. On pourrait faire un parking paysager, mettre sur un niveau toutes les voitures qui étaient sur le parking, je crois qu’on peut passer des accords avec Carrefour. »

Lors des ateliers organisés au soir du 4 octobre, au-delà du stationnement, la circulation autour de la place apparaît comme un enjeu majeur à changer. « Il n’y a pas la possibilité de l’éviter, […] il y a des incivilités liées au stationnement », résume d’un des ateliers le directeur de l’agence de concertation. Lors d’un autre atelier, c’est un stop et un passage piéton situé à l’angle de la rue Désirée Clément et de la place qui est pointé comme dangereux, du fait d’un manque de visibilité.

D’autres regrettent que le cabinet retenu pour l’étude technique ne soit pas présent ce soir là. « Un cabinet n’aura pas le ressenti des habitants, déplore un Conflanais. Comment allez-vous faire le lien avec le cabinet ? » Un choix assumé pour la concertation. « Le cabinet d’études n’est pas là ce soir car nous voulons initier la démarche avec vous, répond le coach Jean-Pierre Tiffon de la méthode utilisée. On ne veut pas savoir où ils en sont de leurs études, ceux qui vont faire le lien sont devant vous, c’est aux élus et aux services de la Ville de faire ce lien. »

Une nouvelle réunion est prévue le mardi 13 novembre à la salle des Fêtes. « Nous voulons pouvoir présenter, dire ce que sont les lieux importants, les personnalités du quartier, afin d’établir un portrait de Chennevières », conclut Jean-Pierre Tiffon.

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES