Alors que s’achève la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale, comment continuer à transmettre cette mémoire aux plus jeunes ? Depuis 2016, le Souvenir français, association mémorielle, développe une application mobile. Baptisée Mémoire d’homme, celle-ci géolocalise les tombes de personnes « mortes pour la France » au sein des cimetières communaux.

Inaugurée à Mareil-Marly en décembre 2017, l’application recensera dans les prochains mois plusieurs cimetières de la vallée de Seine. A Limay, elle sera lancée le 11 novembre, lors de la commémoration de l’Armistice. Mantes-la-Jolie devrait suivre, les communes de Rosny-sur-Seine et Carrières-sous-Poissy se sont montrées intéressées. Pour les municipalités du Mantois, comme pour le comité local du Souvenir français, cette application est un autre moyen d’intéresser les jeunes à cette partie de l’histoire.

« J’ai dû voir 3 500 enfants de tous âges en cinq ans (dans le cadre du projet Limay 1914-2014-2114, Ndlr) et il y a une chose que j’ai retenu, c’est que l’histoire locale, ça marche très très bien avec la jeunesse, note Elodie Bergeron, directrice du service archives et mémoires à la mairie de Limay. Raconter Verdun avec un témoignage, ça touche profondément. »

Des quarante tombes recensées pour la Première guerre mondiale, 20 seront géolocalisées au lancement de l’application. « Il y avait des tombes où les familles ont mis des plaques, puisque dans la Somme ou à Verdun, on n’a jamais retrouvé les corps, détaille-t-elle du recensement effectué. Le Souvenir français a été clair là-dessus, pour pouvoir rentrer dans le projet, il faut être sûr qu’il y a le corps en-dessous, ça nous a éliminé pas mal de soldats. […] Mais cela pourra être complété. »

Une fois ces tombes définies, le plus dur a commencé pour la directrice du service : retrouver les propriétaires des sépultures et obtenir leur autorisation écrite pour la géolocalisation. « Au départ je pensais que l’on allait s’intéresser à des soldats limayens, explique Elodie Bergeron. Mais en fait il s’avère que sur les sépultures conservées, il y a très peu de Limayens, car il y avait un hôpital militaire, et bien souvent, ceux qui ont été inhumés, ce sont les soldats qui mouraient de leurs blessures. »

Un travail qui a duré « huit bons mois », selon le président du comité du Souvenir Français du Mantois, Jean-Pierre Bloc’h. Et qui a fait voyager Elodie Bergeron : «  Je suis partie en Bretagne, aux Antilles […] A chaque fois ça a été très émouvant, de très beaux échanges. » Pour chaque personne recensée dans l’application, il sera possible d’y découvrir sa biographie et des photos.

« Un des soldats, Emile Jubert, est le grand-père d’un Limayen venu témoigner dans les écoles, collèges et lycées, précise Elodie Bergeron. Les élèves de CM2 ont réalisé une vidéo sur son histoire, qui a été intégrée dans l’application. J’ai choisi l’extrait où ils racontent sa mort à Verdun. »

Jean-Pierre Bloc’h lui, a déjà un exemple concret d’application de « Mémoire d’homme » : « Pourquoi ne pas ensuite prendre des classes, leur faire visiter le cimetière avec l’application ? […] Notre rôle c’est de faire comprendre aux jeunes le pourquoi de cette commémoration, rappeler que des gens se sont battus pour eux. »

Lors du conseil municipal du 1er octobre dernier, la municipalité mantaise a également montré son envie d’être intégrée à l’application. « Il y aura un appel à la population pour retrouver des témoignages, des documents, des photos », détaille le maire mantais Raphaël Cognet (LR). Environ « 110 tombes » ont été recensées selon Jean-Pierre Bloc’h, « mais leur nombre pourrait être plus important ». Lui espère que l’application pourra être lancée à Mantes-la-Jolie « pour le 8 mai » prochain.

Pour être intégré à l’application, une convention de six ans et un coût unique de 7 860 euros sont nécessaires. Si pour le moment, à Limay, seuls les « Morts pour la France » de la première guerre mondiale ont été inscrits, d’autres conflits pourraient être pris en compte à l’avenir. « Le maire m’a déjà demandé, pour le 8 mai, de commencer à m’intéresser aux morts pour la France de la seconde guerre mondiale, sourit Elodie Bergeron. C’est vraiment ouvert, cela ne s’arrête pas qu’à un seul conflit. »

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES