Depuis plusieurs années, l’usine Renault Flins s’adapte au manque d’ophtalmologues dans les Yvelines pour dépister les troubles oculaires de ses salariés touchés par le diabète. Des consultations de sensibilisation sont effectuées par la médecine du travail de l’entreprise automobile, en partenariat avec le service ophtalmologique de l’hôpital de Mantes‑la‑Jolie.

La première séance avait eu lieu fin 2015 et avait réuni une trentaine d’employés diabétiques. Un jour d’octobre dernier, le docteur Samir Abada, chef de service d’ophtalmologie au centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie, était de retour dans les locaux de Renault pour y sensibiliser 20 nouveaux salariés, à la venue entourée de suffisamment de précautions pour éviter toute brèche du secret médical de ces salariés appelés à la visite.

La rétinopathie diabétique est une grave complication du diabète, qui touche 50 % des patients souffrant de diabète de type 2. Elle se traduit par des lésions de la rétine, et peut engendrer la cécité. « Nos employés diabétiques sont répertoriés dans nos données, nous en comptons environ 80 dans l’usine, ce sont eux la cible de ces consultations avec le docteur Abada », tient à rappeler Marie-Christine Coudert, l’une des trois médecins du travail de Renault.

« Il y a un manque considérable d’ophtalmos dans les Yvelines, et dans toute la France d’ailleurs, analyse le chef du service ophtalmologique. L’accès est devenu quasiment impossible, avec des délais d’attente interminables, et pourtant, il est recommandé aux diabétiques de consulter une fois par an. » C’est avec ce constat que lui est venue l’idée d’aller vers les patients diabétiques sur leur lieu de travail, plutôt que de les laisser venir à lui.

« J’essaye de me mettre à la place du diabétique. C’est très difficile pour lui, il doit voir son diabétologue, son médecin généraliste, son cardiologue, son podologue, son néphrologue (en charge des maladies rénales, Ndlr) et son ophtalmologiste », détaille Samir Abada. Ainsi est né ce partenariat entre Renault Flins et le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie, dans le but de faciliter la vie des diabétiques.

« Ce n’est pas un suivi, le principe de ce dépistage est de voir rapidement si des complications oculaires liées au diabète ont pu avoir lieu, détaille de son côté Marie-Christine Coudert. Et ensuite, ça permet de les prendre en charge le plus tôt possible, c’est de la prévention et c’est notre rôle à la médecine du travail. » Les médecins du site profitent de ces consultations pour rappeler l’importance d’un suivi médical avec cette maladie.

Selon le docteur Abada, le diabète touche, chaque année un peu plus, une population jeune et active qui a besoin de garder sa vision et son confort de vue, pour la vie quotidienne mais aussi dans le travail. Tous les corps de métier de Renault, dont les employés sont sujets au diabète, sont donc concernés par ce dépistage de prévention.

L’usine a été choisie car c’est elle qui réunit le plus de salariés, et donc le plus de patients potentiels. Deux orthoptistes et deux médecins, dont le docteur Abada, se sont donc relayés toute cette journée d’octobre. À hauteur de dix minutes par patient, ils ont pu déceler si des anomalies étaient présentes et les conseiller dans les démarches à suivre. « Je ne cherche pas à récupérer des patients, je ne fais pas d’ordonnance, conclut-il, ils restent libres de consulter où ils le souhaitent par la suite. »

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES