« Il faut absolument qu’on réfléchisse à un nom, je ne supporte plus de dire Dorgelès. Il faut quelqu’un d’un peu positif, et qu’on puisse accrocher à un phénomène de langues multiples ou éducatif […] Ça peut être un grand voyageur, Vasco de Gama ? » Cette conversation entre l’édile chantelouvaise DVD Catherine Arenou et son entourage, tenue à la mi-octobre, témoigne de l’avancée de son projet de cité éducative, au sein du quartier populaire de la Noé.

Elle espère pouvoir en commencer les travaux fin 2019, afin de tourner la page. Et que l’ensemble du projet soit livré pour 2021. Cette cité éducative, englobant les temps scolaires, périscolaires et des parents, pour des enfants de trois à 16 ans, prendra place autour du collège René Cassin et du groupe scolaire Dorgelès, dont la maternelle avait été incendiée début avril. Elle s’accompagnera de la démolition de 20 logements et du Centre communal d’action sociale (CCAS), pour un montant estimé à 20 millions d’euros au total, dans le cadre du deuxième plan de rénovation urbaine.

Un équipement qu’elle veut « de haut niveau d’excellence » afin d’attirer de nouveaux arrivants à Chanteloup-les-Vignes. Comme son homologue muriautin François Garay (DVG), qui exprimait, lors d’une réunion publique en mai dernier, sa croyance en la mixité sociale par la rénovation de bâtiments publics et la construction de pôles d’excellence, Catherine Arenou est optimiste. « On ne réinvente pas la poudre dans nos quartiers, on est obligés de partir avec ces conceptions-là si on ne veut pas se laisser toujours tirer vers le bas », tranche-t-elle.

Ce projet de cité éducative, elle le pense depuis plusieurs années. « J’y ai pensé pour la première fois quand on nous a signifié qu’il y aurait sûrement un plan de rénovation numéro deux », se rappelle-t-elle. En mai dernier, elle avait d’ailleurs présenté, lors d’un reportage de France 2, le nombre de dossiers consacrés à cette étude. Le modèle suivi était préconisé dans le rapport de Jean-Louis Borloo, remis à Emmanuel Macron en janvier.

« On savait que le cœur de nos préoccupations serait le centre artificiel qui est la zone Dorgelès-Cassin, poursuit-elle. Il fallait qu’on ait une très forte mobilisation, et parallèlement, le raccrocher à ce qu’on faisait en matière de réussite éducative, ainsi que sur les évaluations de cette réussite, qui montraient depuis quelques années un échec scolaire assez flagrant, concentré sur certaines écoles. »

Des résultats mis en avant dans l’appel à accompagnement du projet éducatif, paru en juillet dernier et demandé par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise. « Les indicateurs scolaires des évaluations nationales, les diagnostics CP, montrent effectivement une fragilité des élèves qui arrivent en CP dans le domaine des mathématiques et du français », y est-il rapporté. A l’école élémentaire Dorgelès, le pourcentage de réussite à ces tests est de « 56,80 % » pour le français et de « 53,77 % » en mathématiques.

Des résultats semblant justifier la mise en place des classes de CP dédoublées, qui auraient permis « une nette amélioration » des résultats selon le document. « C’est une école qui a toujours été perfusée par le Sud de la ville et les secteurs du Pas et du Trident, ce sont des prêts locatifs aidés d’intégration des populations les plus précaires, fait remarquer la maire de la particularité de cette zone. Si on continue à avoir une concentration de précarité, on n’arrivera à rien. »

Les prochaines mutations urbaines de la ville et l’arrivée attendue d’une nouvelle population sont aussi facteurs de la création de cette cité éducative. « Ce qui est l’avenue de Poissy va muter, les petits pavillons vont être démolis, on va y construire de l’accession privée, sur lesquels les gens qui viennent acheter ont besoin d’un avenir pour leurs enfants, détaille la première magistrate. Si c’est un avenir de haut niveau ou si c’est une expérimentation de haut niveau, ils oseront et ils accompagneront, sinon ils feront de la politique d’évitement. »

Si le projet éducatif n’est pas encore terminé, la municipalité souhaite s’appuyer sur deux axes, inhérents à la commune. Le premier sera le développement du multilinguisme. « Les enfants ont une grande capacité à acquérir des langues étrangères, mais il ne faut pas que ce soit acquis dans la rue mais de façon la plus noble qui soit, […] dès la plus petite enfance », précise Catherine Arenou. Et les attentes sont ambitieuses : « Quand on sort de la troisième ici, on doit parler plus de langues étrangères que dans n’importe quel autre collège de France et de Navarre. »

Cet apprentissage se concentrera sur des langues « connues et pratiquées », telles que l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’arabe littéraire, … qui seront pratiquées au quotidien. « Il va falloir qu’on ait des animateurs capables d’accompagner, parce que quand on fera du sport, par exemple, on le fera en anglais, en allemand, en espagnol », souligne Catherine Arenou.

Le second axe sur lequel elle souhaite insister, c’est un partenariat avec la Compagnie des contraires et son école de cirque, qui sera intégrée au programme. « L’improvisation permet de travailler ses propres compétences, l’estime de soi, le savoir-être, de se regarder différemment », détaille, des bienfaits attendus sur les élèves, Catherine Arenou.

Elle pointe cependant une difficulté sur la forme du projet. « Le temps de vie des enseignants sur le territoire qui est assez limité, de trois à cinq ans, explique-t-elle. C’est le temps d’un projet, ils peuvent en avoir envie, mais ils ne le mettront pas en action, sauf s’ils le demandent. » Des discussions sont actuellement en cours avec l’Education nationale. « Il faudrait que l’Education nationale demande qui a envie de faire partie de cela, et ensuite, le projet sera porté par le directeur et les enseignants, ce qui ne se fait pas encore », détaille-t-elle.

L’ensemble sera également concerné par des aménagements urbains. Le collège René Cassin serait réhabilité et réaménagé. Les deux bâtiments du groupe scolaire Dorgelès seront démolis puis reconstruits. Un pôle multifonctions accueillera notamment le restaurant scolaire et le centre de loisirs. Le bâtiment sera mutualisé et « ouvert sur la ville », afin de pouvoir être utilisé par d’autres et surtout par les parents.

« Ce qu’il faut, c’est faire rentrer le parent dans la co-éducation, et non-plus dans la co-scolarité », détaille la maire du rôle des parents. Elle poursuit de leur implication : « En dix ans de temps, ils sont dix fois plus motivés qu’il y a dix ans, quelles que soient leur compétence de la langue française et leur origine géographique et culturelle. »

Les aménagements ne concerneront pas que la seule cité éducative. « Vingt logements et le centre d’action sociale communal seront détruits, des espaces piétons créés, cela va permettre de reconnecter certains quartiers qui ne l’étaient pas, estime Catherine Arenou de l’opération visant à redorer l’image du secteur. On ne gagnera pas si on ne change pas l’image : ça a l’air con, dit comme ça, mais c’est vraiment indispensable. »

La seule cité éducative coûtera à elle seule près de 15 millions d’euros. « J’aurais pu demander à l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) de me financer seulement la rénovation d’une école, mais cela n’aurait pas impacté l’avenir des enfants », souligne-t-elle. Le total est, lui, estimé à 20 millions d’euros, financés par la communauté urbaine, le Département, la Région et l’Anru. Si elle n’a pas souhaité rapporter en détail les subventions perçues, le préfet de Région, en visite en mai dernier, avait alors évoqué une somme comprise « entre cinq et 8,8 millions d’euros ».

Les travaux eux, ne démarreront pas tant que le projet éducatif ne sera pas terminé. Un concours d’architecte devrait être lancé au premier semestre 2019. « Ce qui va être palpable, c’est la conception architecturale, détaille la maire des attentes de la population. Ils vont se repositionner dans du dur, du beau, et être beaucoup plus intéressés pour participer au projet. »

L’ensemble devrait accueillir entre 500 et 600 élèves, soit l’effectif actuel des établissements rassemblés. «Il n’y aura pas de modification de carte scolaire, précise-t-elle. L’idée, c’est qu’on arrête de les forcer, mais qu’ils aient envie de venir. » Elle conclut, sur une note optimiste : « L’Education nationale m’a demandé si je n’avais pas peur que ça attire des enfants des autres villes. Je leur ai répondu que le jour où ça attirera les enfants des autres villes, c’est que j’aurai gagné. »

PHOTO : ARCHIVES / LA GAZETTE EN YVELINES