Installées à quelques centaines de mètres l’une de l’autre le long de la route de Houdan à Mantes-la-Ville, Buffet-Crampon et Selmer sont deux facteurs d’instruments à vent visant exclusivement l’excellence, et reconnus comme tels dans le monde entier. La communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) a ainsi souhaité les mettre à l’honneur, lors de l’organisation d’une journée dédiée aux métiers et formations de la facture instrumentale, le 9 novembre dernier.

A l’issue de cette journée, une table ronde dédiée à l’évolution de la facture instrumentale dans les années à venir a permis à Jérôme Selmer, président de Selmer, et à François Billecard, directeur commercial et marketing chez Buffet-Crampon, d’insister sur la nécessité de la formation. Et ce sous toutes ses formes, tant manuelle que numérique, dans un contexte de concurrence accrue par la mondialisation.

Pour répondre à leurs attentes et pallier leurs difficultés de recrutement, un partenariat a ainsi été conclu avec GPSEO et Pôle emploi. Le 12 septembre dernier, à raison d’une demi-journée par fabriquant, une session de recrutement et de formation avait été organisée pour sélectionner une dizaine d’apprentis. La formation, dispensée par l’Institut technologique européen des métiers de la musique (Itemm), dure 12 semaines. Elle se déroule en alternant cours théoriques, sessions en entreprise et ateliers pédagogiques.

Selon les deux représentants des facteurs d’instruments mantevillois, ces formations sont nécessaires à leurs entreprises respectives. « La facture instrumentale française se porte bien parce qu’elle a su s’adapter et dans le contexte de mondialisation, ça veut dire qu’en France, on va être obligé de s’orienter plus vers du haut de gamme, avance Jérôme Selmer. Nous, on a plutôt intérêt à continuer d’exister en tirant le produit par le haut, c’est-à-dire qu’il soit de qualité, innovant. »

Jean-Charles Daveau, le directeur de l’Itemm, rappelle qu’au sein de l’institut se trouve « un pôle innovation » ouvert aux luthiers, artisans et manufactures. Il en tire un constat : « On remarque que depuis un an, un an et demi, il y a une forte tendance de jeunes luthiers qui viennent travailler sur des mesures acoustiques, sur les matériaux. La culture scientifique, aujourd’hui, s’ancre chez ceux qui se lancent. »

Un constat que partage François Billecard pour Buffet-Crampon. « L’enjeu aujourd’hui, c’est de créer de plus en plus d’instruments avec de la modélisation et plus de manière empirique, précise-t-il. En termes de besoins de formation pour les nouveaux luthiers, vous avez énormément de choses dans l’acoustique, le digital, qui existent beaucoup dans d’autres métiers mais pas chez nous. »

Cette nécessité de travailler avec différents corps de métiers et d’y être formé se retrouve également dans de jeunes entreprises, à l’instar d’Hyvibe audio, spécialisée dans la conception d’instruments dits intelligents. « Ce qu’on fait, nous, c’est qu’on met des ordinateurs dans des instruments acoustiques », détaille Adrien Mamou-Mani, président de la société parisienne.

« Si on veut que nos ordinateurs sonnent bien, il faut qu’ils soient installés par un luthier qui sait faire de bons instruments […], poursuit-il de ce besoin. Ensuite, on travaille avec des électriciens, des concepteurs de cartes électroniques, nous avons besoin de personnes qui savent faire des ordinateurs aux niveaux technique et de la conception. »

Pour Jérôme Selmer, passion et motivation restent également des qualités recherchées à tous les postes. « Nous allons intéresser des jeunes qui sont musiciens mais qui ne vont pas avoir une carrière professionnelle, détaillent-ils. Mais par exemple, quand ils rejoignent nos équipes en tant que commerciaux, ce qui est important, c’est qu’ils parlent le même langage que le musicien, cela crée des contacts privilégiés. » En fin de réunion, il évoquait en exemple la création d’un partenariat avec le conservatoire de Mantes-la-Jolie afin d’y trouver de futurs apprentis.

Mais cette formation doit impérativement s’inscrire dans le cadre actuel de la mondialisation. « Aujourd’hui, il y a un fort rayonnement des factures instrumentales qui implique qu’il faut qu’on forme des jeunes à ce côté multiculturel, on ne cherche pas des jeunes pour un marché franco-français », souligne François Billecard. Le responsable de Buffet groupe estime en effet nécessaire que la personne « soit capable d’interagir avec des Japonais, des Chinois, des Américains ».

Chez le fabricant de clarinettes et de hautbois, « les apprentis sont envoyés une semaine avec un commercial à Taïwan, en Corée », détaille le directeur commercial et marketing de cette imprégnation. Représentants de Selmer et Buffet-Crampon s’accordent également sur un point : leur main d’œuvre future devra forcément être qualifiée, afin d’accompagner la montée en gamme de leurs instruments.

« On aimerait se développer plus et plus vite, confie François Billecard. Mais le principal frein au développement, c’est les gens, car pour faire des instruments haut de gamme, ce ne sont pas des machines qui les font mais les gens. » Jérôme Selmer complète : « Il y a des métiers qui vont évoluer, on va aller vers davantage de mécanisation, mais dans le bon sens du terme, cela va nous permettre de grimper en précision, il y a donc nécessairement besoin de nouvelles formations. »

Vice-président à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation de GPSEO, le maire des Mureaux François Garay (DVG) s’est réjoui de cette nouvelle offre de formation. « Aujourd’hui, nous avons quelque chose de concret, réaliste et pérenne », insiste-t-il de ce partenariat. « Ce que je souhaite, c’est que dans dix, 20, 30 ans, on ait consolidé l’activité industrielle par rapport aux instruments, qu’on ait consolidé les lieux de formations, évoque-t-il de l’avenir. Nous sommes bien partis pour qu’il y ait sur le territoire un grand centre de formation dédié aux instruments à vent. »

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES