La vallée de Seine s’inquiète pour ses bureaux de poste périurbains. Entre modifications horaires, transferts d’activité et transformation en agence postale communale, la Poste semble prendre un virage déterminant concernant ses offres de service. Un changement de stratégie dont certaines communes ont déjà été victimes en perdant leur bureau de poste, et dont d’autres commencent à en voir les prémices.

Les bureaux de poste de Bouafle et de Juziers n’existent plus. Leurs services commerciaux, à savoir dépôts et retrait de colis, de courrier, comme l’achat de timbres ou d’enveloppes, ont été transférés chez un épicier pour Bouafle, et à la mairie pour Juziers. Des réductions horaires sont effectives à Ecquevilly, alors que des habitants de Flins-sur-Seine s’unissent pour lutter contre celles-ci. De son côté, la Poste assure toujours vouloir proposer une présence postale pérenne et de qualité dans les Yvelines.

A Flins-sur-Seine, l’entreprise postale envisage depuis quelques mois une réduction du nombre d’heures d’ouverture de son bureau de poste, en passant de 25 h à 17 h. Les Flinois, dont certains voient en cette diminution « le début de la fin », ne veulent pas l’entendre de cette oreille. Ils ont décidé de faire front et un collectif a d’ailleurs été créé dans ce sens.

« On sait très bien comment ça se passe avec la Poste […], on commence par réduire les horaires, on ne remplace pas lors des congés, ensuite on s’étonne d’une baisse de fréquentation qui n’aurait pas eu lieu sans cette réduction, […] et puis, au bout de quelque temps, on ferme l’agence », affirme Fabienne Lauret, l’une des porte-paroles du collectif.

Ce dernier a lancé une pétition qui a récolté plus de 900 signatures à ce jour. Elle s’oppose à la fermeture de la poste, demande le maintien des horaires actuels et un mi-temps supplémentaire pour aider la guichetière actuelle. Le 5 novembre dernier, une réunion publique était organisée pour informer la population locale de l’avenir du bureau de poste.

Ce rassemblement a réuni une centaine de personnes et a vu Pascal Chavigny (DVD), maire de Flins-sur-Seine, apporter tout son soutien au mouvement ainsi que celui du conseil municipal. « Nous nous opposerons à ces réductions d’horaire et encore plus au transfert potentiel de l’activité commerciale vers le centre commercial Carrefour (transfert potentiel en cas de fermeture, Ndlr) », a-t-il avancé ce soir‑là.

La Poste, elle, évoque de son côté l’évolution du secteur. Dans cette optique, elle met désormais plutôt en avant d’autres types d’implantations que ses bureaux de poste, par des partenariats avec des commerçants ou des communes. « La Poste doit passer d’une logique d’implantation physique à une logique d’adaptation de son offre de service là où elle est la plus utile », indique ainsi l’entreprise publique.

Concernant Flins-sur-Seine, la direction de la Poste des Yvelines a décidé d’adapter les horaires d’ouverture de l’agence locale « en adéquation avec la fréquentation en baisse continue depuis 2016 », commente-t-elle plus en détail. « A cette date, une transformation du bureau de poste de Flins-sur-Seine sous un autre format n’est pas prévue », assure cependant l’entreprise au logo jaune et bleu.

Pourtant les inquiétudes y sont bien présentes. Car si l’agence postale venait à déserter Flins-sur-Seine, ses habitants, en particulier les clients de la Banque postale, devront se rendre aux Mureaux ou à Aubergenville. Ce qui n’est malheureusement pas évident pour tout le monde. « Moi, je n’ai pas internet et pas le permis, se plaint ainsi lors de la réunion une résidente de la commune depuis 1980. J’ai besoin d’avoir la Poste à côté de chez moi pour y aller à pied. »

Pour d’autres, « c’est toute la vie de Flins qui s’en irait en même temps que la Poste et la guichetière », à laquelle les Flinois semblaient très attachés ce soir-là. Les commerces du centre, qui bénéficient de la clientèle du bureau de poste, seraient en effet, selon le collectif directement concernés par cette possible disparition. Bien que la Poste se veuille rassurante, le cas de figure de Juziers ne pousse pas à l’optimisme.

A Flins-sur-Seine, deux réunions ont déjà eu lieu, organisées par un collectif de Flinois qui ne veut pas voir le bureau de poste disparaître.

« Ce qui se passe à Flins ne me surprend pas vraiment. Ça avait d’abord commencé comme ça ici aussi, à Juziers », constate de la diminution des horaires d’ouverture Thierry Hack, maire adjoint délégué aux finances et au développement économique de cette petite commune de 3 800 habitants. Il y a environ cinq ans, la Poste a diminué le nombre d’heures d’ouverture du bureau de poste local.

« Puis, vers fin 2017, ils ont mis en vente le local du centre-ville pour raisons économiques », poursuit l’élu juziérois. L’agence postale cessera définitivement son activité le 22 décembre prochain et une « agence postale communale » prendra le relais en mairie début janvier. « Le conseil municipal a fait part de sa volonté politique et publique de garder un service de poste au sein de la mairie, indique Thierry Hack. C’est plus sûr, car si jamais le commerce vient à fermer, l’agence ferme avec, en mairie, ce n’est pas le cas. »

Le cas de figure est similaire à Bouafle, où le bureau de poste n’a pas survécu aux changements voulus par la Poste. Dans cette commune, c’est l’épicier Rapid market qui a hérité de l’agence postale communale depuis octobre 2018. Pour Mathieu Voneschen, responsable à la CFDT la Poste des Yvelines (syndicat majoritaire dans le département, Ndlr), la priorité de la Poste n’est plus le courrier mais la banque.

« Je me mets aussi à la place de l’employeur, il y a une réelle baisse de fréquentation et une chute du courrier, ce que je regrette, c’est que l’on soit tous mis devant le fait accompli, explique le représentant de la CFDT. Il serait préférable d’anticiper et de mener des discussions avec toutes les parties : la Poste, les syndicats, la mairie et les habitants. »

Même son de cloche à la CGT où Vincent Fournier, l’un de ses représentants, rappelle une donnée importante de ces fermetures en séries dans les villes périurbaines : jusqu’en 2020, une convention signée entre la Poste et l’État interdit à l’entreprise de fermer l’agence d’une commune sans l’autorisation du maire. « La mairie a un rôle important dans ces fermetures. Elle a un pouvoir décisionnaire, pointe ainsi Vincent Fournier. Il faut l’aval du maire pour pouvoir transformer un bureau de poste en agence postale communale. »

Cette information est un véritable espoir pour le collectif des habitants de Flins-sur-Seine, dont la municipalité soutient pleinement et ouvertement le mouvement. Lors d’une seconde réunion le 28 novembre, dédiée aux actions à mener, Philippe Méry, le premier adjoint au maire, a rapporté les avancées du dossier.

« Suite à la délibération du dernier conseil municipal qui refuse le transfert d’activité, nous avons rencontré les dirigeants de la Poste, nous avons maintenu notre refus de réduire de huit heures les ouvertures du bureau de poste, relate l’élu à la quarantaine d’habitants présents. Ils ont fini par nous proposer un autre planning où les horaires seraient de 21 h, et non plus 17 h comme ils le voulaient au début. »

Satisfait de cette « poire coupée en deux » par l’entreprise (réduction de quatre heures au lieu de huit heures, Ndlr), le collectif ne compte pas s‘arrêter là. « Si on continue à se mobiliser, on peut obtenir encore mieux, entonnent les porte-paroles du groupe. A Juziers, ils ont gagné cinq ans en se mobilisant, nous devons faire pareil. » Pour cela, le collectif compte mettre en place son propre comptage de clients afin d’avoir une estimation de la fréquentation. Les pétitions vont également continuer bon train pour atteindre le millier de signatures.

Enfin, cette réunion du 28 novembre a abouti à la décision d’organiser un rassemblement à Flins-sur-Seine pour manifester contre les déboires des bureaux de poste. La date a été fixée au samedi 12 janvier 2019, face à l’agence communale. Tous les habitants sont conviés à rejoindre ce mouvement, ainsi que ceux des villages voisins dans le même cas. Si les bureaux de poste sont en danger, certains clients n’ont pas dit leur dernier mot.

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES