L’heure n’est pas à la fanfaronnade chez Arianegroup, quelques semaines après l’annonce de la suppression de 2 300 postes. Le changement de PDG à la tête du groupe est ainsi venu, lundi 26 novembre, agiter encore l’actualité de l’industriel aérospatial européen, maître d’œuvre des fusées Ariane 5, Ariane 6, et du missile balistique M51.

Depuis, « l’ambiance est morose parmi les 2 500 salariés du site des Mureaux », souligne un délégué syndical, alors que du côté de la municipalité, on entend suivre de près ce dossier qui touche le fleuron de la ville. « Un nouveau PDG a été nommé, des annonces ont été faites, nous allons suivre cela avec beaucoup d’attention », a annoncé François Garay (DVG) à la fin du conseil municipal le mercredi 28 novembre.

L’information d’une suppression de poste avait fuité à l’issue du comité central d’entreprise exceptionnel d’Arianegroup, le 8 novembre dernier. Dans le cadre d’un plan « d’amélioration de la compétitivité », la direction générale du groupe aux 9 000 salariés dans le monde a entamé ce jour-là une réflexion avec les partenaires sociaux. Elle a surtout annoncé que d’ici 2022, 2 300 postes « équivalents temps plein » ne seraient pas renouvelés, soit un quart des effectifs actuels, répartis entre la France et l’Allemagne.

« Il ne s’agit pas de suppression de postes », défend le service communication du groupe. La réduction des effectifs serait en effet réalisée sans départs contraints, « par le gel des embauches et le non-remplacement des départs en retraite ». La société évoque une détérioration du marché, et notamment une baisse du nombre de satellites fabriqués, sans même compter la féroce concurrence de l’américain SpaceX comme d’autres concurrents du secteur des lanceurs.

Selon Patrice Ruellan, délégué central CFDT, la réduction d’effectifs « fait peur et ne présage rien de bon pour l’avenir et la pérennité de l’entreprise ».

L’approche viserait a éviter un plan social d’envergure à l’horizon 2022-2023. Car, après avoir embauché 10500 personnes et investi 400 millions d’euros en fonds propres dans le développement d’Ariane 6 depuis 2014, ArianeGroup se serre désormais la ceinture. «  La direction parle d’attrition naturelle, à savoir qu’il s’agit de mutations ou de départs en retraite d’une partie du personnel », précise Patrice Ruellan, délégué central CFDT, présent sur le site des Mureaux.

« On est en plein développement d’Ariane 6 (son premier étage sera assemblé aux Mureaux, Ndlr), dont le premier lancement est prévu pour juillet 2020, soupire-t-il. On va avoir besoin de talents et de compétences, cela tombe très mal. » Toujours selon le délégué central CFDT, cette réduction d’effectifs « fait peur et ne présage rien de bon pour l’avenir et la pérennité de l’entreprise ».

Aujourd’hui, il est bien difficile de savoir à quelle sauce seront mangés les salariés des Mureaux. «  On ne sait pas comment la suppression des 2 300 postes va se répartir sur les différents sites du groupe », informe Patrice Ruellan. D’après lui, les départs de certains salariés pourraient avoir des conséquences sur le travail des ingénieurs du site. « Ils ont déjà un gros challenge pour le premier vol d’Ariane 6, analyse le représentant syndical. Si, en plus, il y a a une perte de compétences et de savoir-faire pendant cette période, il y aura des risques de surmenage pour ceux qui restent. »

Le 26 novembre, une autre annonce a secoué l’entreprise. André-Hubert Roussel, directeur des opérations d’Airbus defense & space, deviendra président exécutif d’Arianegroup le 1er janvier, succédant à Alain Charmeau qui a fait valoir ses droits à la retraite. La décision a été accueillie avec étonnement aux Mureaux. « On l’a appris officiellement il y a quelques jours, même si des bruits circulaient depuis un moment, confie Patrice Ruellan. On pensait qu’Alain Charmeau allait rester au moins jusqu’au premier vol d’Ariane 6, on a été surpris de ce départ précipité. »

PHOTOS : ILLUSTRATION / LA GAZETTE EN YVELINES