Les entreprises, à l’exception de celles qui sont spécialisées dans l’activité adaptée, attendraient-elles trop de leurs salariés répondant au statut de travailleur handicapé ? Vendredi 23 novembre, pas moins de 70 chômeurs handicapés et de longue durée de Mantes-la-Jolie et des Mureaux, ainsi que six entreprises du Mantois et des Yvelines, ont répondu à l’invitation de Pôle emploi.

Ce jour-là, l’agence de Mantes-la-Jolie a organisé dans ses murs une session de recrutement pour les demandeurs d’emploi de longue durée ayant une reconnaissance de travailleurs handicapés. Les candidats avaient l’opportunité de déposer des CV et des lettres de motivation, mais aussi de rencontrer directement les recruteurs, à travers des entretiens sous forme de speed dating.

Parmi les présents, Christopher Perret, sans activité depuis plus de deux ans, a pu échanger avec l’agence d’intérim Adecco et l’entreprise d’insertion temporaire Id’ée intérim. « Cela s’est bien passé », confie le Mantais à l’issue des courts entretiens. Il cherche du travail comme chauffeur-jockey, activité qui consiste « au déplacement de véhicules dans les usines ou dans les entreprises de location de voitures », explique-t-il.

« Depuis un moment, mes recherches d’emploi se passent très mal », confie l’homme de 34 ans qui veut en finir avec la précarité. « Je subis de nombreux refus car mon état de santé ne me permet pas de faire le travail que ces entreprises recherchent », poursuit-il, en évoquant son handicap relevant de tension articulaire, d’une mauvaise circulation sanguine et d’un souffle respiratoire.

« Souvent, les entreprises recherchent des travailleurs handicapés mais, au final, elles attendent que l’on travaille comme tout le monde, ça ne va pas, poursuit Christopher Perret. Je veux reprendre le boulot mais il faut que l’on me laisse ma chance. Actuellement, j’ai un enfant à charge et plus de ressources. » Les sociétés rencontrées ce jour-là pourraient être, selon lui, susceptibles « de [lui] proposer quelque chose d’adapté à [sa] situation ».

Magnanvilloise en recherche d’emploi, Layla Radigh est pour sa part plus discrète sur la nature de son handicap. « J’ai besoin de connaître certaines choses pour pouvoir adapter le poste en fonction de la pathologie : le port ou non de charge, la position de travail assise ou debout ou les deux… », explique cependant Magalie Mindeau, assistante de direction chez ANR services à Epône.

« L’opération de recrutement permet un retour à l’emploi à moyen terme des candidats », assure une conseillère.

Lors du job dating, les deux femmes ont pu retracer le parcours professionnel de la candidate âgée de 44 ans, qui fut notamment agent d’accueil à la SNCF. Mais ce qui intéresse maintenant Layla Radigh, c’est le secteur de la cosmétique : l’association dispose d’une branche qui s’occupe du conditionnement, de la préparation de commandes et de l’assemblage de produits de beauté.

« ANR services est une entreprise adaptée dans le sens où nous devons embaucher 85 % de nos salariés en situation de handicap, rappelle Magalie Mindeau de sa présence ce jour-là. Layla a un profil intéressant malgré son absence d’expérience dans le domaine de la cosmétique, il y aura peut-être besoin d’une formation. »

Même si la recruteuse n’a pas forcément de besoins en main d’œuvre actuellement, cette journée de rencontre lui permet de repérer des profils pour la suite. « On fait un peu notre marché ce matin, sourit-elle. Plutôt que de recevoir des candidatures spontanées, je peux avoir un premier contact avec les candidats, c’est toujours une bonne chose. »

« L’opération de recrutement permet un retour à l’emploi à moyen terme des candidats », assure Edith Bonhomme, membre de l’équipe de référents chargée de l’accompagnement des personnes en situation de handicap au sein de l’agence Pôle emploi de Mantes-la-Jolie. « Cela peut prendre un peu plus de temps car il faut tenir compte du handicap, détaille-t-elle des travailleurs handicapés. Pour rassurer les entreprises, une période d’immersion en milieu professionnel peut être mise en place pour garantir la compatibilité entre le poste et les contraintes médicales du futur salarié. »

Ce type de rencontres entre chômeurs et recruteurs permettrait « aux travailleurs handicapés de retrouver confiance en eux », souligne Edith Bonhomme. « Cela leur donne envie de poursuivre leur recherche d’emploi, ça les remobilise car ils sont souvent isolés, conclut-elle. C’est donnant-donnant, il n’y a pas de perdants. »

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES