Construite dans un ancien couvent de religieuses de l’ordre des Ursulines datant de 1645, transformée en maison centrale en 1821, la prison de Poissy croule aujourd’hui sous le poids des ans. Alors, faut-il conserver la maison centrale à quelques pas de l’hôtel de ville ? La réponse est non pour le maire Karl Olive (LR) élu en 2014. Mais l’administration pénitentiaire oppose lettre morte, arguant d’un plan de rénovation déjà lancé pour la remettre aux normes, tandis que syndicat et association d’aide aux détenus défendent sa situation en centre-ville.

Si le maire continue de plaider pour un déménagement en périphérie, le gouvernement souhaite y créer 60 nouvelles places destinées à la réinsertion, selon un plan national dévoilé en octobre. L’établissement pénitentiaire de 4 ha renferme actuellement 223 détenus condamnés à des peines supérieures à dix ans, dont 12 détenus particulièrement signalés (DPS). Une quarantaine sont placés en réclusion criminelle à perpétuité (RCP), notamment le terroriste Carlos, qui purge une peine de prison à vie pour l’attentat du drugstore Publicis en 1974.

Le 23 mai 2018, le maire Karl Olive a remis un rapport accablant de huit pages au premier ministre Édouard Philippe, demandant « le déplacement de la maison centrale ». Le premier magistrat y pointe du doigt la vétusté de l’établissement, le coût de la mise aux normes et la valeur des terrains. Pour appuyer ses dires, il met en avant un avis défavorable à la poursuite des activités, émis le 17 octobre 2014 par la sous-commission départementale de sécurité.

Dans sa missive, l’édile liste un certain nombre de dysfonctionnements. Au total, il relève « 630 observations sur les installations électriques, des vannes fuyardes, des canalisations rouillées sur l’alimentation en gaz, un système de sécurité incendie et de désenfumage hors service ». La municipalité s’inquiète également de « l’état de délabrement des murs d’enceinte, des problèmes d’hygiène récurrents avec la présence de rats et des jets réguliers d’objets (stupéfiants, téléphones) au dessus des murs d’enceinte ».

Invité de l’émission de débat Etat et civils sur LFM Radio le mercredi 5 décembre, l’édile persiste et signe. « J’ai remis une note blanche au premier ministre pour lui expliquer que la prison présentait un état d’insalubrité et de vétusté de plus en plus important, précise ce jour-là Karl Olive. Les conditions de travail pour le milieu pénitentiaire, celles de détention des prisonniers ne sont pas optimales alors que la sécurité de nos administrés n’est pas assurée. »

L’administration pénitentiaire, elle, affiche sa volonté de rectifier le tir. « La maison centrale de Poissy fait l’objet, depuis plusieurs années, de travaux de rénovation conséquents », communique la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris (DISPP). Des crédits ont en effet été alloués par l’État pour une rénovation technique globale.

« En 2017-2018, 903 000 euros ont été engagés pour la rénovation de la production d’eau chaude sanitaire, la remise en état des douches et d’une partie des canalisations, souligne l’administration pénitentiaire. La rénovation électrique du bâtiment de détention fait l’objet d’une opération pluriannuelle pour un montant de 1,8 million d’euros. »

Les mises aux normes de la sécurité incendie font elles aussi l’objet de travaux pluriannuels (2018-2021) pour un montant de 2,2 millions d’euros : « A ce sujet, la majeure partie des réserves émises par la sous-commission sécurité incendie sont aujourd’hui réglées », selon la DISPP. Il était question d’un système de sécurité incendie obsolète, d’absence de détection incendie ou de difficultés pour les sapeurs-pompiers à intervenir dans l’urgence.

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, certains problèmes demeurent. Les murs d’enceinte de la rue des Ursulines et celle des Prêcheurs sont ainsi source d’inquiétudes pour la municipalité. A la fin du mois de novembre, le maire Karl Olive a pris un arrêté temporaire interdisant le stationnement aux abords de la rue des Prêcheurs. Les boursouflures, fissures et chutes de pierres de ce côté du mur d’enceinte ont conduit l’édile à réclamer des travaux d’urgence.

Malgré les travaux entrepris, le mur d’enceinte de la rue des Prêcheurs présente des signes de fatigue, constate La Gazette…

Sa requête a été entendue puisqu’une opération de purge des enduits sur la partie basse du mur a été entreprise. « Désormais, le maire peut récupérer ses 17 places de parking », indique Alain Richefeu, secrétaire local FO Pénitentiaire, qui compte un siège sur quatre au sein de la délégation syndicale de la prison. Pourtant, pour La Gazette qui s’est rendue sur place jeudi 6 décembre, le mur en question présente toujours des signes de fatigue…

La façade de la rue des Ursulines est également dans la ligne de mire de Karl Olive. Selon lui, comme selon les diagnostics commandés par le ministère de la justice, « elle présente une ondulation et un défaut d’aplomb ». A l’heure actuelle, le mur d’enceinte présente de vrais risques d’effondrement. « Les travaux vont débuter sous peu pour s’achever en janvier 2019 », annonce Alain Richefeu. Le montant des travaux de renforcement « est estimé à 330 000 euros », fait savoir de son côté la DISPP.

Le maire, lui, reste campé sur ses positions… et avance ses pions. Car au-delà de la vétusté de l’établissement, Karl Olive met en avant la valeur potentielle du foncier pour justifier son déménagement. « Un déplacement de la maison centrale serait une opération intéressante financièrement pour l’État », argue-t-il. La vente éventuelle de 4 à 6 ha de terrain appartenant au groupe PSA constitue depuis longtemps le terrain souhaité pour faire migrer la prison en périphérie.

Une perspective accueillie froidement par le représentant syndical FO, Alain Richefeu. « Cela fait neuf ans que je travaille à Poissy, j’y suis attaché, indique celui qui est chargé de l’encadrement des surveillants. Les transports sont à cinq minutes de la prison pour les familles, le maintien des liens familiaux est très important pour les détenus. Et puis, une grande partie des surveillants habitent en centre-ville. Ils viennent travailler à pied. »

Des arguments partagés par Bernard Barthélémy, qui assiste les familles des détenus. « Le personnel, les surveillants et la direction veulent que la prison reste en centre-ville car elle est proche du RER A, et nous aussi nous le souhaitons », explique le président de l’Association des amis de la centrale de Poissy, qui accueille notamment les familles en attente de parloir.

Pour Karl Olive, « un déplacement de la prison serait aussi l’occasion de repenser une grande partie du centre-ville de Poissy », au moment où la municipalité est engagée dans un vaste chantier de rénovation de l’hypercentre. La présence de la prison y ferait désordre. Sur les ondes de LFM Radio, il soumet l’hypothèse « d’en faire à l’avenir un poumon vert, un havre de paix avec des coulées vertes et des parcs ».

L’annonce laisse Alain Richefeu sceptique : « Quand on connaît le prix des loyers à Poissy, c’est pour construire des logements que le maire veut récupérer la prison », affirme le délégué syndical. Pour appuyer sa volonté de maintien de la prison en centre-ville, l’administration pénitentiaire met en avant les interactions du milieu carcéral avec les entreprises, les associations et les commerçants pisciacais. « La maison centrale fait appel aux commerçants locaux pour ses achats réguliers et les cantines, explique la DISPP. On estime les échanges financiers à hauteur de 100 000 euros par an. »

Karl Olive va donc devoir se montrer très persuasif vis-à-vis de l’État car l’administration pénitentiaire entend bien prolonger l’aventure à Poissy. Elle a même pour objectif affiché de transformer la maison centrale en centre de détention. « Dans les années qui viennent, la prison ne devrait plus accueillir les détenus particulièrement signalés (DPS), mais on va accueillir d’autres prisonniers proches de la réinsertion », informe Alain Richefeu.

Par ailleurs, le plan pénitentiaire présenté dernièrement par la ministre de la justice Nicole Belloubet évoque « la création d’une Structure d’accompagnement à la sortie (SAS) de 60 places supplémentaires à l’horizon 2022 ». Elle accueillerait des prisonniers en fin de peine ou des personnes condamnées à moins d’un an de prison, témoignant là encore du désir de l’État de maintenir la prison. « C’est le ministère qui aura le dernier mot dans ce dossier face à la mairie, conclut Bernard Barthélémy. S’il souhaite le maintien en l’état de la prison en centre-ville, elle ne déménagera pas. »

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES