« C’est une ergonomie un peu différente, mais c’est le prix à payer pour être moins fliqués. » Le 19 novembre dernier, le maire mantais Raphaël Cognet (LR) annonçait en conseil municipal la signature d’une convention avec les représentants de Qwant, moteur de recherche français. D’ici la fin de l’année, Qwant sera ainsi le moteur de recherche par défaut des ordinateurs en mairie, mais aussi dans les médiathèques et les écoles, en lieu et place du géant américain Google. Mairie comme représentants de Qwant avancent la nécessité de protéger les données personnelles.

Le 26 novembre, Mantes-la-Jolie est donc devenue la première mairie yvelinoise à signer cette convention de partenariat, qui court pour une dizaine d’années. Elle concerne environ 1 000 postes de travail au total, paramétrés en faveur du moteur de recherche français. Raphaël Cognet espère que ce changement permettra de « respecter la neutralité du web dans les structures municipales », et précise : « Cela va permettre aux Mantais qui fréquentent les structures municipales de passer par un moteur de recherche éthique, qui ne garde aucune donnée personnelle et historique. »

Fondé en 2011, officiellement lancé en juillet 2013, ce moteur de recherche emploie 160 personnes et dispose de locaux à Rouen (Seine-Maritime), Ajaccio (Corse), Nice (Côte-d’Azur), Paris et Epinal (Vosges). « Aujourd’hui, la plupart des plate-formes ont un business model qui repose sur la collecte de données personnelles pour faire de la publicité ciblée, explique Tristan Nitot, vice-président de Qwant depuis quelques mois. Ce qui est évidemment très lucratif mais pas forcément très bon pour les individus. »

Le moteur de recherche français, lui, ne dépose pas de cookies et repose sur la publicité contextuelle. « Vous arrivez sur Qwant, vous tapez vélo, et bien, on va vous mettre de la publicité d’annonceurs de gens qui s’intéressent au vélo, explique Tristan Nitot, qui fut par ailleurs président et fondateur de la branche Europe de la fondation Mozilla. Cela ne nécessite pas de traquer les utilisateurs et c’est très bien comme ça. » En 2018, environ 20 milliards de requêtes sont passées par Qwant.

« On réfléchit à Qwant Junior dans nos écoles pour interdire l’accès à tout ce qui est pornographie et tout ça », détaille Raphaël Cognet de la probable installation de la déclinaison « enfants » du moteur de recherche. La convention inclut également un temps de formation pour les fonctionnaires. « C’est vrai que le côté Google ou quand tu tapes les mêmes mots, il te recherche les machins, c’est super, reconnaît le maire mantais. Là, c’est un peu moins simple, mais plus efficace au niveau éthique, c’est pour ça que, si des agents en ont besoin, on les formera. »

La décision a été saluée en conseil municipal le 19 novembre par Joël Mariojouls, conseiller d’opposition pour le groupe Ensemble pour une gauche citoyenne. « La route sera très longue, nous avons en face de nous un certain nombre d’entreprises qui ne vont pas se laisser faire, donc il ne faudra pas lâcher », a-t-il enjoint.

« Depuis un an, un an et demi, on en voit de plus en plus souvent, se félicite le vice-président de Qwant de l’intérêt croissant manifesté par les collectivités locales. Cela prouve une certaine volonté de dynamisme et d’intérêt sur les questions liées au numérique. » Le Département pourrait suivre le mouvement. « Le collège innovant (de Mantes-la-Jolie, Ndlr) en sera équipé en 2021 », a déclaré lors de la signature de la convention Pierre Bédier (LR), le président du conseil départemental.

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES