L’image est saisissante et fait écho à la vidéo devenue virale des arrestations des lycéens qui a fait le tour du monde. Mercredi 12 décembre, ils sont une cinquantaine de parents d’élèves, de professeurs et d’adolescents agenouillés au sol, les mains derrière la tête sur le parking du lycée Saint-Exupéry. « Voilà une classe qui se tient sage ! », ironise un manifestant présent à la marche blanche qui s’est tenue depuis le quartier du Val Fourré jusqu’à l’entrée du lycée Saint-Exupéry pour dénoncer les méthodes de la police.

« Au bout de 30 secondes, on est déjà endolori, alors vous imaginez rester comme cela pendant cinq heures », fulmine un parent d’élève à genoux sur le bitume. En reproduisant la scène de façon quasi identique, les parents d’élèves des lycées Jean Rostand et Saint-Exupéry ont tenu à exprimer ce jour-là, à quelques mètres seulement du lieu des échauffourées, « leur solidarité » avec les 151 lycéens arrêtés par les forces de l’ordre le jeudi 6 décembre.

Des affrontements entre policiers et lycéens en marge des manifestations lycéennes avaient conduit à une vague d’arrestations aux abords des deux établissements voisins qui jouxtent la cité du Val Fourré. Les lycéens avaient été interpellés dans des circonstances qui ont fait polémique, comme le rapportait La Gazette dans la précédente édition.

Dans le quartier, un collectif « de défense des jeunes du Mantois » s’est constitué à la suite des événements, il regroupe une vingtaine de familles à l’heure actuelle. Mercredi dernier, il avait appelé à une marche blanche en milieu d’après-midi pour dénoncer les conditions « humiliantes » d’interpellation de leurs enfants. Plusieurs slogans comme « lycéens humiliés, parents mobilisés » ou « violences policières, parents en colère » ont été repris en cœur par les deux cents manifestants présents au sein du cortège.

Celui-ci est parti de la dalle du Val Fourré sur les coups de 14 h 45, puis a emprunté le boulevard Georges Clemenceau et la rue Marcel Fouque, avant de rejoindre dans le calme le parking du lycée Saint-Exupéry.aLeasentiment d’injustice était perceptible ce jour-là. « La vidéo qui tourne, c’est une humiliation pour les jeunes, souligne une maman qui a pris part au défilé. Ils sont très en colère et nous, on est perdu concernant leur avenir. Je suis dévastée. »

Dans le quartier, un collectif « de défense des jeunes du Mantois » s’est constitué à la suite des arrestations polémiques de 151 lycéens le 6 décembre.

« Les forces de l’ordre ont été dépassées et les interpellations ont été massives. On a pris tout le monde sans faire de distinguo entre les fauteurs de trouble et les autres, s’emporte une autre femme dont le neveu a fini en garde à vue. Certains qui n’avaient rien fait ont été relâchés seulement au bout de 24 heures avec un rappel à la loi et une inscription dans le fichier de la police. C’est inadmissible puisqu’ils n’ont pas participé aux violences et à la dégradation du mobilier urbain… »

Les images des arrestations tournent toujours en boucle dans les têtes des parents d’élèves. « Pourquoi nos enfants ont-ils été parqués dans un jardin ?, s’interroge une manifestante. Ils ont subi des insultes à caractère racial. Les policiers étaient là pour les violenter, voilà l’image que l’on donne à nos enfants. »

« Mon fils ne voulait pas aller à l’école ce jour-là en raison des risques de débordements. Mais le lycée Jean Rostand où il est scolarisé m’ a dit que les cours étaient maintenus, je l’ai donc envoyé au lycée. Je m’en veux beaucoup, témoigne au bord des larmes Hanane, la jeune mère d’un lycéen interpellé. Lorsqu’on m’a dit qu’il avait été interpellé, j’ai failli tomber par terre. Il a été gardé 24 heures au commissariat, je n’ai pas dormi de la nuit. »

Outre les parents d’élèves présents, les principaux syndicats d’enseignants se sont joints au cortège. « On est venu en soutien au mouvement pour montrer que les parents et les jeunes ne sont pas seuls dans la galère, confie François Hébert, représentant du syndicat FSU. À l’origine, on oublie que les élèves avaient des revendications légitimes qui concernaient leur avenir comme la suppression de la réforme du bac et de Parcoursup », rappelle l’ enseignant d’histoire au lycée Saint-Exupéry.

Certains parents d’élèves ont déjà fait savoir qu’ils intentaient une action en justice. « Cinq plaintes ont été déposées auprès du parquet de Versailles, a ainsi fait savoir Arié Alimi, l’avocat de plusieurs familles. Elles concernent notamment des infractions de violences sur mineur par dépositaires de l’autorité publique ou encore des actes de torture. »

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES