« Lâche toi ! Laisse tes mains agir, fais comme si tu volais ! » Au son des encouragements de Ben Ball Bass, leur professeur, les élèves parviennent à enchaîner les notes et les accords. Ils iront même jusqu’à jouer un morceau entier avec celui qui leur a tout appris. A première vue ordinaires et donnés dans un studio de musique, ces cours ont toutefois une particularité, et pas des moindres. Djiby, Mamadou et Ervin ont appris à jouer des instruments de musique amplifiée sans même savoir lire une seule ligne de solfège.

C’est la particularité des leçons données par Ben Ball Bass dans l’enceinte de l’Usine à sons mantevilloise depuis novembre 2018. Avec lui, les musiciens en herbe, âgés de huit à 15 ans, découvrent avant toute chose comment manier les instruments de musique amplifiée. Ainsi, batterie, basse, guitare et piano n’ont plus de secrets pour les jeunes participants.

« Dans une école de musique classique, on met les jeunes devant une feuille de solfège, on leur demande d’apprendre toutes les notes, les accords par cœur et seulement après on les amène vers l’instrument, évoque Ben Ball Bass entre deux partitions, moi ce n’est pas comme ça que je vois les choses. Ici, j’essaie de vaincre ça en les plongeant directement dans l’instrument. »

En agissant de la sorte, il évite à ses jeunes musiciens de perdre goût et intérêt pour la musique. « Je suis originaire de Mauritanie et là-bas, on n‘apprend pas la musique par le solfège mais plutôt par l’alliance de sons agréables », se souvient-il. Grâce à un ensemble d’astuces, de moyens mémo-technique et surtout beaucoup de répétitions, il parvient à apprendre la musique à ses jeunes musiciens sans jamais perdre leur attention.

Un schéma et la musique expliquée en trois phrases sur le tableau, Ben Ball Bass met de côté le solfège pour que les jeunes se concentrent sur les sons et les instruments. Et ça marche.

« La musique ce n’est rien d’autre que l’art de combiner les sons de manière agréable pour l’oreille. C’est ce que je leur transmets en leur montrant comment placer les notes sur chaque instrument », poursuit le musicien funk au chapeau. « Le solfège ? Je ne sais même pas ce que c’est. En tout cas je n’en vois pas l’utilité », s’amuse Djiby, entre deux notes de piano parfaitement maîtrisées.

L’association Authentik 78 permet à des jeunes de quartiers du Mantois d’accéder à la culture. À hauteur d’une fois par semaine, elle leur propose des ateliers de culture urbaine comme la danse hip-hop et le rap. Les cours de musique de Ben Ball Bass font partie des activités proposées par Authentik 78. « On les enregistre, on les filme et ils se sentent valorisés. L’idée, c’est que les petits arrêtent de se battre entre quartiers. Il y a une notion de prévention de la délinquance. Pendant qu’ils sont là, ils ne traînent pas dans la rue et se cultivent », souligne Julien Sabik, fondateur de l’association.

Et Ben Ball Bass veille au grain. C’est avec beaucoup de rigueur sur l’attitude et le comportement de ses « petits neveux », comme il aime les appeler, qu’il leur partage les valeurs de la musique. « Les jeunes de quartier ont beaucoup de talent et ici, il est exploité. J’enlève tout ce qui peut être mauvais et je garde le meilleur. […] La musique est une thérapie et peut aider sur pas mal de choses dans la vraie vie », conclut Tonton Ben.

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES