« [Au sein de la communauté urbaine], il arrive souvent qu’on ait des contacts, et puis on continue à les appeler, ça ne répond pas, mais on rappelle le lendemain. Puis on apprend quelques jours après que la personne est partie. » Prononcée lors du dernier conseil communautaire de Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) le 11 décembre, l’allocution du maire triellois Joël Mancel (DVD), du groupe Agir pour l’avenir intercommunal (APAI), évoque ainsi sans fard les difficultés des élus locaux pour joindre les différents services de l’intercommunalité.

Juste avant, Daniel Maurey (SE), du groupe Indépendants Seine et Oise (Iso), s’exprimant au nom du maire de Buchelay Paul Martinez (UDI), s’inquiétait plus directement du turn-over des agents de la collectivité ayant traversé 2018 par une réorganisation. Il explique ces difficultés, particulièrement prononcées dans certains services, par « un manque d’attractivité » de la part de GPSEO. Le président de la communauté urbaine Philippe Tautou (LR), lui, a d’abord estimé ces difficultés dues à un budget contraint (voir encadré), à l’origine de la dernière réorganisation en date.

La modification des effectifs présentée en décembre concerne « la suppression de 24 postes et la création de 22 postes, au niveau de l’activité c’est de l’ajustement à nos besoins », détaille Philippe Tautou. « Pour le reste, vous avez les documents, je n’ai pas d’autres commentaires à faire », conclut-il abruptement. « J’observe que cette délibération porte sur la création de postes d’administrateurs […], ce qui est loin d’être négligeable, relève tout d’abord Daniel Maurey. Je vous le rappelle, en deux ans et demi d’existence, nous en sommes à notre quatrième responsable des finances et à notre troisième responsable des ressources humaines. »

Alors, le maire de Boinville-en-Mantois s’interroge : « Comment se fait-il que nous n’arrivions pas à trouver les bons profils à l’extérieur ? […] Notre collectivité, qui est pourtant la plus grande communauté urbaine de France, n’attire plus. Comment expliquer que les éventuels candidats n’honorent pas leurs rendez-vous une fois qu’ils, je cite, « se sont renseignés sur la CU (Communauté urbaine, Ndlr) » ? »

L’édile de Boinville-en-Mantois évoque alors un document présenté en comité technique paritaire, relatif à la protection sociale complémentaire des agents, que La Gazette s’est procuré. Au chapitre « contexte de la CU », cette présentation rapporte « de nombreux agents, notamment transférés, ayant des problèmes de santé », souligne « un climat social tendu de par les changements survenus et vécus par les agents », et remarque à propos du turn-over, jugé « important », qu’il serait le « signe d’un mécontentement à travailler à la CU » comme « d’une attractivité à développer ».

S’exprimant à nouveau, le président de GPSEO et maire de Verneuil-sur-Seine, Philippe Tautou, relativise le nombre de départs. « Il n’y a pas une hémorragie, loin de là, oppose-t-il aux inquiétudes. Quant au total on est presque à 1 100 personnes, évidemment, […] si vous avez sur une année une petite centaine, ce n’est jamais que 10 %, en soi, ce n’est pas une hémorragie même si le chiffre est important. »

Lui impute aussi le turn-over à la condition d’avoir « une organisation qui soit finalisée », alors que GPSEO a subi une réorganisation pour motif d’économies l’an dernier. « A chaque fois, je suis obligé d’adapter nos moyens financiers à l’organisation en fonction de l’objectif que l’on a, ou pas, de réaliser certains projets », expose-t-il des affres budgétaires de la jeune intercommnualité.

« Or, vous rentrez en avril ou mai 2018 et en décembre 2018 on est obligé déjà d’annoncer des modifications dans l’organisation, poursuit-il. Et on en reparlera l’année prochaine lors du vote du budget parce que, là encore, nos moyens financiers sont en train de fondre comme neige au soleil, et que je n’ai pas d’autres solutions que de réduire le nombre de personnes qui travailleront dans cette communauté urbaine. »

La construction du Grand Paris serait aussi un obstacle à prendre en compte. « On absorbe un nombre impressionnant de cadres et équivalent de cadres supérieurs qui est en train de vider nos territoires, analyse Philippe Tautou de la situation. […] Le projet du Grand Paris est en train de mobiliser beaucoup de monde, il y a une politique salariale qui a été mise en place et moi, je ne veux pas, je ne peux pas faire de la surenchère. »

L’État limitera les dépenses de fonctionnement de GPSEO

La contrainte budgétaire est avancée par son président Philippe Tautou comme raison justifiant les difficultés d’embauche de la communauté urbaine. Pour l’exécutif, le coupable serait l’État, qui a fermement invité les intercommunalités à une « contractualisation » limitant l’augmentation de leurs dépenses de fonctionnement. Alors qu’il se posait en juin la question d’y déroger, l’exécutif devrait finalement signer cette limitation avec le préfet.

« On a contractualisé avec les services de l’État, et la problématique que l’on voulait résoudre, c’était d’être clair pour l’année prochaine 2019, avance Dominique Pierret (SE), vice-président aux finances et maire de Drocourt. […] En particulier pour pouvoir respecter, si vous voulez, le plafond qui nous a été donné par l’État en matière de dépenses. »

Le budget 2019 devrait donc être contraint par une augmentation limitée à 1,05 %. Appliqué à 2018, ce plafond revient à 180,472 millions d’euros pour les dépenses de fonctionnement rentrant dans son périmètre (contre 286 millions d’euros pour la totalité des dépenses de fonctionnement, Ndlr). GPSEO est parvenu à respecter son objectif en vue de 2019, ses dépenses s’élevant à 180,434 millions.

« On a contractualisé avec les services de l’État, et la problématique que l’on voulait résoudre, c’était d’être clair pour l’année prochaine 2019 », avance Dominique Pierret (SE), vice-président aux finances.

« Nous n’avons pas contractualisé, nous essayons de respecter le montant mais nous n’avons pas signé le contrat », nuance toutefois Denis Faist (UDI), président du groupe Indépendants Seine et Oise et premier adjoint andrésien. « Je pense qu’il faut réellement pour le budget 2019, se poser la question d’une négociation différente, voire de ne pas respecter, de travailler notre budget comme il devrait l’être et pas sous contrainte de l’État », enjoint-il d’une décision qu’il regrette donc.

Philippe Tautou, lui, s’est surtout indigné des mauvais comptes laissés par les six anciennes ex-intercommunalités ayant fusionné pour former GPSEO en 2016, d’un montant de 5,2 millions d’euros non prévu. « Ca veut dire qu’il y avait à un moment donné la volonté de mettre la poussière sous le tapis de manière à ce qu’une fois qu’on passe à la communauté urbaine, on se dise voilà c’est les autres qui vont payer », s’indigne-t-il, sans aller jusqu’à nommer les fautives.

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES