D’ici une semaine à quelques mois, deux musées historiques de la vallée de Seine rouvriront leurs portes. A Mantes-la-Jolie, après une fermeture à l’été 2017, le musée de l’Hôtel-Dieu proposera les 16 et 17 février prochains, de 14 h à 18 h, un week-end de découverte gratuit à l’occasion de sa réhabilitation. A Poissy, après deux ans de travaux, le musée du Jouet, nouvelle version, sera inauguré le 11 mai prochain.

Tout comme le musée de la Batellerie, situé à Conflans-Sainte-Honorine, avant eux et réouvert en 2015 après travaux, ces deux musées ont choisi de se consacrer à des collections bien précises. Le musée de l’Hôtel-Dieu, offre ainsi la plus grande collection d’œuvres du peintre néo-impressionniste Maximilien Luce. La ville est également désormais inscrite sur le parcours impressionnistes entre le musée d’Orsay à Paris et Giverny (Eure). Le musée du Jouet, quant à lui, se concentrera désormais sur une exposition chronologique, dédiée à l’évolution des méthodes de fabrication du jouet, mais aussi son insertion à travers les différentes époques. Dans cette logique, un musée Le Corbusier à Poissy devrait ouvrir à l’horizon 2025 (voir encadré).

Ces trois musées ont ainsi tous connu des révisions importantes de leurs scénographies respectives. Mais les trois municipalités, de même que la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), partagent une même vision pour valoriser ces trois bâtiments au sein du territoire. Si attirer les croisièristes reste un axe fort pour la communauté urbaine, attirer le public de la vallée de Seine est également une priorité. Pour ce faire, la création de parcours touristiques est envisagée.

Selon son vice-président en charge du tourisme et également maire de Conflans-Sainte-Honorine, Laurent Brosse, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise accueille « 15 500 touristes par jour, dont 43 % d’origine étrangère ». A elles seules, les trois villes, également escales pour les croisières, recevraient « 60 000 touristes par an, sur une période allant grosso modo d’avril à octobre ».

« Le parcours initial ne permettait pas de valoriser les collections, il y avait un roulement avec les expositions temporaires », souligne Jeanne Paquet, attachée de conservation du musée de l’Hôtel-Dieu.

Capitaliser sur les atouts et les possessions de chaque escale apparaît alors primordial pour capter ces touristes, qui à Mantes-la-Jolie débarquent au pied de la collégiale Notre-Dame et donc à proximité de l’Hôtel-Dieu. « On a une collection unique qu’on veut valoriser, nous ne serons pas une annexe du Louvre, déclarait le 25 janvier dernier, lors d’une visite de fin de chantier, le maire mantais Raphaël Cognet (LR). Il n’est pas question de marcher sur les plates-bandesad’autres musées, on fait avec ce que l’on a. »

Fermé pour travaux depuis l’été 2017, le bâtiment ainsi que la scénographie ont été entièrement rénovés et repensés. « Le parcours initial ne permettait pas de valoriser les collections, il y avait un roulement avec les expositions temporaires », souligne Jeanne Paquet, attachée de conservation du musée de l’Hôtel-Dieu. Désormais, le premier étage sera uniquement consacré à l’œuvre du peintre Maximilien Luce, au sein d’une collection permanente. La Ville possède actuellement 77 œuvres et prospecte régulièrement pour en acquérir de nouvelles. « Toutes les œuvres de Luce sont là », sourit Jeanne Paquet, évoquant notamment la création d’un cabinet d’arts graphiques, afin de mettre en valeur les dessins méconnus de l’artiste du temps où il était dessinateur de presse.

Les visiteurs pourront également admirer des œuvres peintes dans le Mantois durant les dernières années de sa vie, Maximilien Luce s’étant installé à Rolleboise. Le musée proposera également, deux à trois fois par an, des expositions temporaires. La première, Mantes et ses musées, sera dédiée à l’histoire des autres musées sur la ville dont le pavillon Duhamel.

A Poissy, les travaux concernant le musée du Jouet s’inscrivent également dans cette logique de s’ancrer dans une thématique bien spécifique. « A son ouverture, en 1976, il était le seul musée du Jouet de France, c’était un musée généraliste qui se concentrait sur l’âge d’or du jouet, des années 1850 aux années 1950 », souligne Florence Xolin, adjointe pisciacaise en charge du patrimoine et du tourisme.

« A son ouverture, en 1976, il était le seul musée du Jouet de France, c’était un musée généraliste qui se concentrait sur l’âge d’or du jouet, des années 1850 aux années 1950 », souligne Florence Xolin, élue pisciacaise en charge du patrimoine et du tourisme.

Une première réflexion autour de la scénographie sera menée en 1996. « La logique retenue était une logique thématique, donc vous aviez d’un côté les jouets d’extérieurs, de l’autre les poupées, une vitrine avec les jouets techniques et scientifiques, une autre avec les nounours, … », se rappelle l’élue.

Avant de poursuivre sur la réflexion actuelle, engagée depuis plusieurs années par la Ville. « Depuis 1976, il y a plusieurs autres musées du Jouet qui se sont ouverts en France, il fallait trouver une approche nouvelle », insiste Florence Xolin, avant de détailler de la future muséographie : « Ce qui nous a paru intéressant c’est d’aborder le jouet sous l’angle qu’est-ce que le jouet nous dit sur la société d’une époque, sur sa vision de l’enfance […], quel était l’usage du jouet dans l’éducation de l’enfant ? Par nos collections, nous pouvons aussi aborder la dimension de l’évolution de la fabrication du jouet, l’apparition de l’industrialisation, puis de la standardisation. »

Une logique chronologique a ainsi été retenue. Désormais, de longues vitrines panoramiques permettront aux visiteurs de mieux admirer les collections. « Des chambres d’enfants vont être présentées », selon les périodes chronologiques, poursuit l’adjointe pisciacaise. Des travaux de gros oeuvre concernant l’isolation, la toiture mais également la mise aux normes de l’accueil des personnes à mobilité réduite ont été réalisés.

La nouvelle surface du musée s’établira à 365 m² dédiés aux collections, contre 310 m² auparavant. « Comme nous avons des espaces contraints, le choix a été fait d’utiliser tous les espaces pour la collection permanente, détaille Florence Xolin. Il y aura des expositions temporaires, inscrites dans le parcours. Le parcours chronologique permet cela, la nouvelle scénographie est modulable, donc on pourra assez facilement apporter des modifications. »

En 2015, lorsque les travaux de réhabilitation du musée de la Batellerie se sont achevés, le maire Laurent Brosse espérait que le lieu retrouve de son attractivité, tant auprès des Conflanais que des croisièristes. « Nous avons accueilli 12 000 visiteurs par an en 2016, soit le même nombre que la collégiale de Mantes-la-Jolie », explique l’édile. Du public reçu, il détaille : « Ce que nous avons voulu initier avec le musée de la Batellerie, c’est d’abord conquérir notre public local, à travers l’accueil des scolaires qui peuvent ensuite en parler à leurs parents. On souhaite vraiment développer cette dynamique locale au niveau de Conflans-Sainte‑Honorine. »

A Mantes-la-Jolie comme à Poissy, ces volontés se rejoignent également. « Il s’agit d’un musée d’abord à destination des Mantais », précise Raphaël Cognet. Toutefois, les travaux de réaménagement et la création d’un belvédère à proximité du quai des Cordeliers, de même que la réflexion autour de la création d’un parcours touristique en centre-ville sont autant de moyens pour attirer les touristes de croisières. Le musée de l’Hôtel-Dieu accueillait avant sa fermeture entre 3 et 5 000 visiteurs par an.

Du public reçu, Laurent Brosse détaille : « Ce que nous avons voulu initier avec le musée de la Batellerie, c’est d’abord conquérir notre public local, à travers l’accueil des scolaires qui peuvent ensuite en parler à leurs parents. On souhaite vraiment développer cette dynamique locale au niveau de Conflans-Sainte-Honorine. »

A Poissy, ce nombre était compris « entre 20 et 25 000 visiteurs selon l’engouement pour les expositions temporaires, rappelle Florence Xolin. On espère que ces chiffres seront dépassés ». La valorisation du lieu passera par « la reprise de la programmation dans les murs, une offre d’ateliers, de visites guidées », poursuit-elle. « Parmi nos défis, il y a l’objectif d’améliorer la fréquentation des Pisciacais, et puis aussi capter les touristes parisiens, ou même ceux qui viennent à Poissy pour autre chose, reconnaît l’adjointe. Le musée du Jouet est un élément majeur d’attractivité pour la ville. »

Ici aussi, la création d’un parcours touristique, dont le départ serait situé à la gare, est envisagée, afin de desservir les lieux emblématiques de la ville, dont le musée du Jouet. « Nous allons rendre pérennes les panneaux qui sont déjà en place et développer le marquage au sol afin d’avoir des petits repères régulièrement », précise Florence Xolin. Le développement d’outils touristiques est également envisagé par la municipalité.

Au sein de Grand Paris Seine et Oise, l’axe fort du développement touristique reste toutefois les escales fluviales, une augmentation de « plus de 27 % » ayant été observée ces dernières années. En plus de réaménagements récents sur le quai des Cordeliers à Mantes-la-Jolie pour accueillir les bateaux de plus de 135 mètres et alors qu’une réflexion similaire est engagée pour son homologue pisciaicaise, la communauté urbaine vise aussi un meilleur référencement de ses musées. « On a pour ambition que les musées soient intégrés dans la programmation des tours-opérateurs, affiche sans ambages Laurent Brosse. Quand ils accueillent les touristes sur les bateaux, qu’on puisse avoir les musées qui soient intégrés dans les programmes de visites. »

Mais pas seulement. Du cas de l’Hôtel-Dieu, et de son inscription au sein des destinations impressionnistes, Laurent Brosse espère que le musée mantais puisse « capter les flux » des touristes se rendant à Giverny et décidant de pousser un peu plus loin leur périple. Des prochains axes de réflexions, l’élu évoque « un travail de promotion à faire au niveau-même du territoire, c’est-à-dire que le musée de la Batellerie soit connu à Mantes-la-jolie, que le musée de l’Hôtel-Dieu soit connu à Conflans-Sainte-Honorine. » Une carte touristique intercommunale avait déjà été éditée, mais cette dernière pourrait être revue afin d’intégrer l’emplacement de ces musées.

Musée Le Corbusier : une ouverture à l’horizon 2025

Une statue à son image a été inaugurée le 24 janvier dernier, en présence d’une délégation russe, mais elle n’est pas le seul projet dédié à l’architecte suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous le nom de Le Corbusier. En décembre 2017, une convention signée entre la Ville, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, le Centre des monuments nationaux et la Fondation Le Corbusier, entérinait la création d’un musée dédié à l’architecte, à proximité de la Villa Savoye, afin de poursuivre le souhait de la municipalité d’ancrer plus profondément l’œuvre de l’architecte dans la ville.

« L’idée c’est de profiter du fait que l’œuvre de Le Corbusier a été récemment inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco (en 2016, Ndlr) », rappelle Laurent Brosse (DVD), vice-président de GPSEO en charge du tourisme, de la genèse du projet. La communauté urbaine a récemment lancé une étude de faisabilité, afin d’en définir le site, le projet culturel et surtout son coût de réalisation et de fonctionnement. « On est au début du projet, le site n’a pas encore été complètement retenu », poursuit Laurent Brosse. Le musée se situera toutefois dans un périmètre proche de la Villa Savoye, a priori sur le centre de diffusion et le théâtre Blanche de Castille.

« La vocation première de ce musée est la réunion en un même lieu de riches collections se rapportant à l’œuvre d’un architecte, précise pour sa part Florence Xolin, adjointe pisciacaise en charge du patrimoine. C’est déjà un objet exceptionnel car c’est compliqué à concevoir. » La présence toute proche de la Villa Savoye sera ainsi un atout. « Cela veut dire que dans ce musée on va pouvoir présenter des documents divers, des plans, des dessins, des maquettes mais on va aussi pouvoir présenter une œuvre complète, poursuit l’élue. C’est l’un des intérêts de ce site, c’est de pouvoir présenter une œuvre dans ses dimensions et pas sous forme de maquette. »

Lors de l’inauguration de la statue de Le Corbusier, d’un coût de 125 000 euros, le maire de Poissy Karl Olive s’exclamait : « Poissy est Le Corbusier ! »

L’étude de préprogrammation et de cadrage des besoins préconise toutefois que le « projet ne reste pas dédié à la seule célébration de l’œuvre de Le Corbusier » et recommande donc « que les travaux d’autres architectes, designers et plasticiens et théoriciens puissent cohabiter de manière permanente ou temporaire […], démontrant ainsi que sa pratique s’inscrit dans une période féconde de la création du XXe siècle qui connut d’autres créateurs qui ont marqué son époque. »

Concernant la fréquentation future et espérée de ce musée Le Corbusier, l’étude de préprogrammation évoque un nombre compris entre « 100 000 à 130 000 visiteurs par an », soit presque trois fois plus que la Villa Savoye, qui possède une moyenne de fréquentation « entre 38 000 et 40 000 visiteurs annuels », détaille Laurent Brosse (il s’agit du monument payant le plus visité de la Vallée de Seine, Ndlr).
Lors de l’inauguration de la statue de Le Corbusier, d’un coût de 125 000 euros, le maire de Poissy Karl Olive (LR) s’exclamait : « Poissy est Le Corbusier ! » Le musée pourra ainsi accueillir les « 500 000 documents » de la Fondation Le Corbusier. Si en 2017, les différents partenaires évoquaient une ouverture en 2022, elle aurait plutôt lieu à l’horizon 2025. L’adjointe au patrimoine ajoute, de la future participation du Département et de la Région au projet : « C’est un projet qui intéresse beaucoup d’institutions à des niveaux différents, ce qui est plutôt une bonne chose. »

En 2017, Philippe Tautou (LR), président de la communauté urbaine estimait le coût du projet à « 15 millions d’euros ». Pour l’adjointe au patrimoine, cette considération est encore un peu floue : « Les estimations étaient faites en interne, on va avoir besoin que des spécialistes affinent ça. » L’étude de faisabilité permettra également de définir le rôle des divers partenaires.

Si le futur musée vise un rayonnement international, il devra également s’insérer dans son environnement proche, à savoir le quartier de Beauregard. « Il y a actuellement une étude urbaine plus large sur le quartier Beauregard (commandée par la communauté urbaine, Ndlr), l’idée est de travailler en partenariat, que le musée ne vienne pas se poser là comme un objet extérieur et que l’étude de Beauregard ne soit pas non plus construite sans tenir compte du musée », poursuit Florence Xolin. Outre la création de ce musée, un « quartier de la création » comprenant l’implantation d’une pépinière d’entreprises est aussi prévu, afin « de stimuler la croissance économique et la création d’emplois dans le secteur culturel », détaille l’étude de préprogrammation.

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES