La salle du conseil municipal était comble malgré l’horaire inhabituel, ce jeudi 21 février. Et pour cause : cette séance, débutée à 17 h 30, avait pour dernière délibération, le retrait des délégations du maire Pascal Collado (DVD), à la demande de 15 élus appartenant au groupe majoritaire. Délibération adoptée à la majorité après presque 5 h de conseil. Les 15 élus espéraient que le maire démissionnerait également de son mandat, ce que Pascal Collado n’a pas souhaité faire.

Cette situation fait suite à plusieurs mois de tensions entre le maire et la majorité de ses adjoints. Le 24 janvier dernier, ces derniers avaient refusé de siéger au conseil municipal, provoquant de fait son annulation, le quorum n’étant pas atteint. Ils dénonçaient des conditions de travail dégradées au sein de la mairie et une concentration des pouvoirs entre le maire et ses soutiens (voir notre édition du 30 janvier). Lors de ce conseil, l’édile, désormais sans délégations, a réfuté les accusations de ses colistiers. Deux délibérations concernant les travaux de l’école du centre-ville et la réalisation de nouveaux tennis couverts et d’un club house n’ont pas été adoptés.

« Ce sera la seule et unique fois que je m’exprimerai sur le sujet », prévient en préambule Pascal Collado. Regrettant que le personnel communal se retrouve « pris en otage dans une querelle politicienne », il a souligné que lors des dernières élections professionnelles, en novembre 2018, « aucune candidature n’a été émise pour notre ville […] et pourrait bien être surprenant si vous conviendrez s’il y avait réellement mal-être généralisé et caractérisé au sein du personnel communal ».

Concernant le deuxième grief, le maire a préféré répondre en citant le code général des collectivités : « Le maire est le seul chargé de l’administration de la commune. Toutefois, il peut sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et en l’absence ou cas d’empêchements de ces derniers ou dès lors que ceux-ci sont titulaires d’une délégation à des conseillers municipaux. » Au lendemain du conseil municipal, il déclarait se réserver le droit de poursuites judiciaires à l’encontre des élus pour des propos qu’il juge « diffamatoires ».

Il a par ailleurs souligné avoir remarqué « un absentéisme régulier » de certains élus, dont des signataires. « Est-il normal en retour de se voir se faire reprocher de ne pas leur laisser prendre part aux décisions ? », interroge-t-il, avant d’accuser ses opposants d’agir « par intérêt personnel, ou en vue des municipales de 2020 ». Et alors que tous se demandaient s’il allait démissionner, la réponse a été sans appel : «  Je resterai donc votre maire. »

À deux places de lui, Jean-Yves Denis, adjoint aux finances, porte-parole du groupe majoritaire et frondeur, a appelé à « restaurer la confiance dans la sérénité, la collégialité et la bienveillance ». Avant de rappeler que « nous ne sommes pas dans un tribunal prud’homal ou administratif, en train de juger les qualités managériales des uns ou des autres, les agissements de tel ou tel individu ». Face à l’assemblée nombreuse, il a proposé « qu’un cabinet indépendant vienne réaliser un audit des risques psychosociaux au sein du personnel communal ».

Proche du maire, Henriette Larribau-Gaufrès (au centre) s’est insurgée « publiquement contre cette tentative de déstabilisation organisée par les 15 élus signataires de la lettre » et évoque une « trahison ».

Sur d’éventuelles ambitions communales, il précise : « Si notre calcul était politique, nous aurions bien évidemment choisi un planning plus favorable et nous le réaffirmons ici, personne n’est en campagne pour 2020, pas dans la majorité municipale en tout cas. » Et quand le maire évoquait de « nombreuses réunions de travail », Jean-Yves Denis objecte que « seulement quatre séances d’échanges, les fameux bureaux municipaux, sont programmés ou étaient programmés sur les six premiers mois de 2019 dans l’agenda ».

En conclusion, le porte-parole de la majorité déclare qu’elle est « prête à assumer la fin de mandat en restaurant la confiance, prête à œuvrer dans l’intérêt des Vernolitains ». Immédiatement, le tacle de Pascal Collado fuse : « Si cela n’est pas un discours de campagne, les gens ne sont pas dupes. » Prenant la parole en dernier, et faisant partie de l’entourage proche du maire, Henriette Larribau-Gaufrès s’est insurgée « publiquement contre cette tentative de déstabilisation organisée par les 15 élus signataires de la lettre » et évoque une « trahison ».

Tout au long du conseil, les deux groupes ont montré leurs désaccords sur différentes délibérations concernant les investissements évoqués. « On va s’opposer, explique Serge Mesa, adjoint en charge des travaux. Il faut revenir à quelque chose de plus raisonnable. » Nouveau tacle appuyé de la part de Pascal Collado : « Je suis sincèrement très désolé de cette décision qui retardera le projet. »

Il est un peu plus de 21 h lorsque la délibération tant attendue arrive dans les débats. « Si les élus ici présents votent à la majorité le retrait de cette délégation, cela n’aura aucune conséquence, ni sur le fonctionnement des services et encore moins, contrairement à ce que j’ai pu lire dans la presse, sur la limite de mes pouvoirs d’administration de la Ville », tient à rappeler Pascal Collado.

Mais il précise toutefois, des conséquences : « Tant que le budget n’aura pas été voté, aucune dépense d’investissement ne pourra être faite. […] Vous pouvez voir, Mesdames et Messieurs, que ce sont des délibérations très techniques et peu de portée politique. » En début de conseil, il avait alors indiqué que les futurs conseils municipaux se réuniraient désormais en journée, donc « sur les heures de travail » des personnels de la direction générale des services.

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES