En octobre dernier, l’agence nationale de santé publique, Santé publique France, publiait un rapport analysant la pertinence d’une campagne de dépistage du saturnisme infantile, maladie aigüe liée à une intoxication au plomb, sur les plaines d’Achères, de Carrières-sous-Poissy et de Triel-sur-Seine, anciennes zones d’épandage des effluents parisiens. L’organisme soulignait qu’aucun cas de saturnisme n’avait été détecté auprès de la population générale, mais incitait fortement à des plombémies, mesurant le taux de ce métal lourd dans le sang. Cinq mois plus tard ont été découverts, à Carrières-sous-Poissy, un cas de saturnisme infantile et l’intoxication d’une femme enceinte.

Dans un communiqué de presse daté du 20 février dernier, l’Agence régionale de santé (ARS), qui avait initialement minimisé les inquiétudes de Santé publique France compte tenu de l’absence de cas relevés depuis près de deux décennies, a indiqué avoir « renforcé » son dispositif sanitaire suite à ce rapport. Une campagne de prévention sera menée auprès des familles et des médecins généralistes exerçant dans le secteur. Entre le 15 octobre, date de publication du rapport de l’agence nationale de santé publique, et le 31 janvier dernier, 49 plombémies ont été réalisées, dont six à Carrières-sous-Poissy.

« Entre 2 000, qui est la date à laquelle la culture maraîchère a été interdite, et 2018, il y a eu zéro cas, ou du moins pas de cas dont la plombémie était supérieure à 100 µg/L de sang qui était l’ancien seuil d’alerte (il est aujourd’hui de 50 µg/L par litre de sang, Ndlr) », souligne le maire de Carrières-sous-Poissy, Christophe Delrieu (DVD). Il appelle une nouvelle fois à l’incitation au dépistage. « Cela ne pourra jamais être systématique », fait-il remarquer tout en indiquant avoir demandé aux médecins carrièrois de prescrire des plombémies pour les personnes à risques.

Les plaines d’Achères, de Carrières-sous-Poissy (photo) et de Triel-sur-Seine sont d’anciennes zones d’épandage des effluents parisiens.

Concernant le nombre de plombémies réalisées dans sa commune, « on ne peut pas ne pas être insatisfaits », souligne-t-il, ajoutant que « les six plombémies réalisées correspondent au nombre de plombémies effectuées entre 2016 et 2017 ». Selon l’ARS, le chiffre de 49 plombémies réalisées « reste faible au regard du bassin de population concerné », même s’il est supérieur à celles réalisées « en 2016 et 2017 réunis ».

Outre le cas de saturnisme infantile, une concentration en plomb dépassant le seuil d’alerte a été relevée chez une femme enceinte, conduisant l’ARS à accentuer sa campagne d’incitation au dépistage. « Ce ne sont pas des gens du voyage (dont des communautés s’installent régulièrement dans l’ex-plaine maraîchère polluée, Ndlr), précise le maire des personnes concernées. La cause de l’exposition n’a pas encore été identifiée, il peut y avoir plusieurs facteurs. »

Face à ces deux cas problématiques, l’ARS a indiqué avoir transmis « un courrier aux familles et aux professionnels de santé pour que soit réalisée une plombémie chez les enfants de moins de six ans ». La Ville va quant à elle poursuivre ses actions de prévention auprès des populations à risques, gens du voyages, propriétaires de parcelles et de jardins, enfants de moins de six ans et femmes enceintes. En octobre dernier, elle avait décaissé une partie des terrains de l’école des Dahlias, pour réduire le risque. « On décaissera probablement certains espaces publics, confirme le maire. Par exemple, nous allons réaliser des travaux au parc Provence, nous allons en profiter. »

Une fois un taux de plomb dans le sang trop élevé détecté, des dispositions sont prises par l’ARS auprès de la personne concernée. « Pour chaque cas de saturnisme identifié, l’ARS mène une enquête visant à identifier l’ensemble des sources d’exposition afin de prendre les mesures appropriées pour réduire le risque d’intoxication au plomb et de ramener la plombémie à un niveau inférieur au seuil de vigilance », indique son communiqué.

Un dispositif qui pourrait rebuter certaines personnes. « Il y a un déploiement d’agents qui viennent chez vous, c’est assez lourd, ce n’est pas sûr que les personnes acceptent, analyse Christophe Delrieu. On peut aussi avoir peur du regard des autres, du jugement. » Une fois la cause de contamination connue, la personne est tenue à l’écart de cette source pendant plusieurs mois, le temps que la concentration diminue. « En un mois, la concentration baisse de 50 % », estime l’édile carriérois.

Quelques règles d’hygiène à respecter

Pour réduire le risque d’intoxication au plomb, il est préconisé de respecter certaines règles simples. Les autorités sanitaires insistent notamment sur la nécessité de se laver fréquemment les mains et de garder des ongles courts, de varier la provenance des fruits et légumes, et surtout de nettoyer et éplucher ceux cultivés dans les jardins. Enfin, il est aussi recommandé de laver « régulièrement » à la serpillère les sols, balcons, terrasses et rebords de fenêtres.