« Vous invisibilisez la chose.  » « Je regrette qu’il y ait cet affrontement. » Dans un contexte tendu lors d’une réunion organisée le lundi 11 mars dernier par les membres de la France insoumise d’Achères où Mathilde Panot, députée de la France insoumise, Marina Mesure, candidate FI aux élections européennes et Yoann Nominé, membre du groupe d’action de la FI d’Achères étaient présents aux côtés de riverains mais également de l’actuel et l’ancien maire, tous les camps ont cherché à défendre leurs bilans et expliquer leurs positions.

La pollution des sols à Achères est un sujet sensible où chaque camp tente de remettre la faute sur l’autre, où chaque parti essaye de se justifier et où au milieu de tout cela, quelques riverains, pour la plupart des Achérois de naissance, ont tenté de trouver des réponses à leurs questions et inquiétudes vis à vis de ce sujet dans leur ville et aux possibles cas de saturnisme. Révélée par Le Monde en octobre dernier, cette information fait depuis l’objet de nombreuses tensions.

Pour rappel et selon les informations données par FI, « le 15 octobre 2018, l’Agence régionale de Santé (ARS) Ile-de-France et Santé Publique France publiaient deux études inquiétantes, révélant que certains sites présentaient des risques sanitaires inacceptables pour 84 % des jardins et 17 % des parcs publics mais également des établissements sensibles ».

Une pollution au plomb pouvant entraîner de graves effets neurotoxiques, de diminution des performances cognitives et sensorimotrices chez le jeune enfant. Les membres de la France insoumise précisent également que « chez la femme enceinte, le plomb altère le développement fœtal et le déroulement de la grossesse, tandis que chez les adolescents et les adultes, une augmentation des risques de maladie rénale chronique et d’hypertension artérielle peuvent altérer la qualité du sperme et diminuer la fertilité m­asculine ».

Des faits plausibles mais non répertoriés sur la ville d’Achères puisque aucun dépistage n’est effectué sur les personnes les plus fragiles comme les enfants, les femmes enceintes ou encore les personnes âgées. Seuls deux cas ont été recensés, les deux sur la ville de Carrières-sous-Poissy.

Pour le maire de la ville, Marc Honoré (DVD), la ville met tout en place pour protéger les habitants : « Nous avons eu une réunion le 18 février dernier avec l’ARS et la sous-préfecture. Nous avons également distribué des tracts aux Achérois et Achéroises pour les informer et également communiqué dans le journal municipal ». Une bataille qui dure depuis 30 ou 40 ans selon l’actuel maire, à laquelle les organisateurs de la réunion répondent : « Lorsque l’on est un élu, on ne s’arrête pas au premier obstacle, on se doit d’aller au bout des choses. »

À Achères, ce sont les établissements scolaires qui sont principalement touchés. Au lycée Louise Weiss, un taux de plomb a été détecté à 190 mg/kg.

À Achères, ce sont principalement les écoles qui sont touchées. Un taux anormal de plomb a été détecté au niveau du sol de nombreux sites scolaires, notamment le lycée Louise Weiss où un taux de plomb a été détecté à 190 mg/kg ou encore l’école Saint-Exupéry où un taux a été relevé à 120 mg/kg alors que la valeur repère en Ile-de-France est fixée à 53,7 mg/kg. Pour ces établissements scolaires, le taux de plomb est donc deux fois supérieur à la limite ­régionale.

De leur côté, les riverains se sont étonnés des propos tenus par l’actuel maire de la ville notamment sur les tracts « qui ne sont jamais arrivés dans les boîtes aux lettres pour certains des habitants présents lors de cette conférence de presse », regrettent-ils.

Pour la plupart, leur présence révélait plus de l’interrogation qu’autre chose à propos de cette pollution et les demandes faites au maire d’effectuer un premier bilan afin de savoir quels sont les véritables risques et les conséquences que peut avoir cette pollution pour la population achéroise notamment dans les comportements à adopter. Interrogée par une habitante, « qui pensait que cette pollution pouvait être nocive uniquement en cas d’ingurgitation », la France insoumise a répondu : « Le comportement main-bouche est principalement ciblé. »

Si l’idée du dépistage ne déplaît pas forcément aux habitants de la commune, qui sont notamment prêts à soutenir les démarches et les solutions qui peuvent être prises par la mairie, certains se demandent notamment où iront les terres polluées, une fois enlevées des sols. Politiquement opposés, Marc Honoré et Alain Outreman (PCF), maire de 1998 à 2014, ont répondu en cœur en précisant « que l’ensemble des terres seront stockées et ne sortiront pas du port de Paris et des sites en général ».

Alain Outreman rejette quant à lui la faute sur les pollueurs et notamment la ville de Paris : « On parle beaucoup d’Achères mais je le répète encore une fois, nous ne sommes pas les pollueurs. Nous subissons. Les pollueurs doivent être les payeurs. Nous demandons aux pollueurs de prendre leurs responsabilités et je suis prêt à me battre avec vous pour vous retourner contre la mairie de Paris, vers le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP), afin de trouver des solutions. On ne pourra pas y arriver seuls. La ville d’Achères n’y arrivera pas. Pour vous donner un exemple, la dépollution de la butte Nicole, coûte 20 millions d’euros. »

Lancé dans une bataille contre la mairie d’Achères, le groupe France insoumise souhaite aussi mettre cette affaire sur le bureau de l’État : « Si l’ampleur du problème est connu, c’est plus facile d’aller devant les pollueurs, faire réagir l’ARS et ensuite se présenter devant l’État. Arriver avec un dossier important n’est pas la même chose que d’arriver avec peu de données ». Au terme d’un débat animé mais instructif pour les différentes parties présentes sur place, la section FI d’Achères entend continuer le combat : « C’est un sujet qui fâche. Qui est très lourd pour tout le monde mais qui doit faire en sorte que tous les Achérois soient concernés. Nous c­ontinuerons à porter ce message pour la ville, pour les habitants de la plaine. »