Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer était attendu aux Mureaux ce lundi, cette visite a finalement été reportée à une date qui reste pour l’instant inconnue. La faute à la révolte des enseignants ? Il y a deux semaines, les parents d’élèves étaient invités à une réunion d’information concernant la réforme du primaire. Avec un double objectif : faire part aux parents, peu informés, des inquiétudes des enseignants concernant ce projet de loi, et les motiver à se mobiliser. Mais ils sont restés peu nombreux à la manifestation organisée samedi devant la mairie.

« On n’a plus de salles de réunion avec le dédoublement des CP » explique Bastien Deschamps, délégué du SNUIPP, à une mère pour justifier la réunion dans le froid, mardi 26 mars sous le préau de l’école Paul Raoult. Le ton est donné. Une cinquantaine de parents sont présents, les enseignants sont rassurés : « On ressent qu’ils ne sont pas du tout au courant parce qu’on n’en parle pas assez. » Une impression confirmée par une mère d’un élève de CM2 : « Je ne connaissais même pas la loi Blanquer, j’ai appris ce que c’était avec les photocopies distribuées à l’école, c’est d’ailleurs pour ça que je suis venue. »

« On est en train de se battre pour les conditions d’enseignement et d’apprentissage de nos élèves, de vos enfants, on ne se bat pas pour nos conditions de travail », répète Bastien Deschamps aux présents. « Tous les points de la loi sont inquiétants, les enseignants n’ont pas été mis au courant, la loi n’est pas passée par les canaux habituels, il n’y a pas eu d’étude d’impact pour savoir ce que la modification de la loi va impliquer, on craint que ce soit un désastre », explique Clémence Allaoui, jeune professeure.

Le projet de loi qui a été voté à l’Assemblée nationale, et dont l’étude d’impact a été publiée en décembre dernier, reste actuellement dans les mains du Sénat qui l’examinera mi-avril. « Je n’ai jamais vu ça, il y a eu une levée de boucliers incroyable dans les Yvelines, affirme Bastien Deschamps. Ici, il y avait 11 enseignants sur 16 en grève, on a fermé sept écoles aux Mureaux. »

Les professeurs tentent de déchiffrer le projet de loi et de l’expliquer aux parents tout en essayant de pointer leurs grandes inquiétudes. « C’est une école à deux vitesses qui en réalité, existe déjà, mais on peut dire que cette loi va creuser encore plus les inégalités », tente de résumer Clémence Allaoui. Deux points ont particulièrement retenu l’attention des parents : la possible disparition du directeur d’école au profit d’un unique directeur regroupant différentes écoles, et la scolarisation obligatoire dès trois ans, qui pourrait bénéficier aux maternelles privées se voyant octroyer des fonds par les municipalités.

Concentrés, les parents peu informés sur la réforme du primaire écoutent attentivement les enseignants qui leur font part de leurs inquiétudes.

Les premières questions se font entendre, les parents semblent se décomposer au fur et à mesure des réponses. Les visages sont inquiets. « Cette loi est floue, elle énerve, elle stresse, on est embrouillés », confie une mère. « C’est inquiétant, on a l’impression que le gouvernement joue avec nous, qu’on est pris pour des pions, affirme une autre. Ils ne connaissent pas la réalité des choses. » Pour celle-ci, il est d’ailleurs incompréhensible que si peu de parents soient venus à la réunion d’information : « Je suis déçue qu’on soit si peu, il manque beaucoup de parents, il faut vraiment se battre pour l’avenir de nos enfants parce qu’on ne peut pas jouer avec ça. »

Les parents étaient invités à se mobiliser samedi dans la matinée devant la mairie des Mureaux. S’ils avaient tous montré de l’engouement pour participer au rassemblement au soir de la réunion, une petite cinquantaine de professeurs et parents étaient finalement au rendez-vous. « Si tous les parents étaient là, ça bougerait peut-être », pouvait-on entendre dans les rangs de la manifestation. « Ce n’est pas énorme mais c’est rare qu’il y ait aux Mureaux un rassemblement autour de l’éducation, tempère Clémence Allaoui. On est en face d’une communication nationale, c’est difficile d’informer localement, avec nos propres moyens, une réforme qu’on nous impose. »

Peu importe le nombre de personnes présentes à la manifestation, l’objectif reste le même pour les manifestants : continuer de se mobiliser jusqu’à l’abrogation de la loi. « Il est possible que le ministre réagisse s’il y a une énorme mobilisation citoyenne, c’est pour ça que c’était important de convoquer les parents », explique Bastien Deschamps. L’objectif semble cependant difficile à atteindre. « On a peu d’espoir mais on le fait quand même », expliquait la directrice de l’école publique Molière.