Il a affirmé s’y attendre, mais le maire carriérois Christophe Delrieu (DVD) a néanmoins accusé le coup ce mardi 9 avril. Au soir du conseil municipal, le budget 2019, voté en fin de soirée, a été rejeté par 18 voix contre et 15 pour. Parmi les 18 votants, dix membres de sa majorité, dont deux adjoints au maire, Khadija Gamraoui-Amar (LR) et Laurent Bernard, ainsi que l’ancien adjoint à l’urbanisme démissionnaire, Lucas Charmel.

La date-butoir du vote du budget des communes est exceptionnellement fixée cette année au 18 avril (et non au 15 avril comme habituellement, Ndlr). Le refus du vote du conseil municipal entraîne, au terme de deux mois d’instruction, une prise en main du préfet sur les finances de la ville, accompagnée du gel des subventions et investissements programmés. Alors que le maire avait dû faire face à la démission de son adjointe aux finances en février dernier, ce nouvel épisode dévoile une crise au sein de sa majorité, à moins d’un an des prochaines élections municipales.

Le coup de tonnerre est intervenu après plus de deux heures et demie de débat. Alors que les deux groupes d’opposition ont appelé leurs collègues de la majorité à ne pas voter le budget, Eddie Aït (GE), ancien maire et président du groupe Agir en commun pour Carrières-sous-Poissy, demande à ce qu’un vote à bulletins secrets soit réalisé. « On avait prévu l’urne et l’isoloir », soulignera à la fin du conseil municipal un Christophe Delrieu préparé à cette éventualité, qui sera finalement écartée.

Entourant le maire, ses deux adjoints Laurent Bernard et Khadija Gamraoui-Amar ont rejeté le budget carriérois, l’ancien adjoint à l’urbanisme Lucas Charmel (en vert) également.

Dans la majorité, Lucas Charmel est le premier à prendre la parole. Le désormais ex-adjoint à l’urbanisme, ayant posé sa démission la semaine précédente, précise qu’il votera contre ce budget, étant en désaccord avec ses orientations budgétaires. « Nous endettons considérablement la ville, je pense que cela aura un impact sur le long terme, détaille-t-il de son vote en visant notamment un emprunt programmé entre 12 et 13 millions d’euros. Il faut être prudent. »

S’exprimant à son tour, la première adjointe Kadhija Gamraoui-Amar, aussi conseillère régionale, s’est quant à elle étonnée « de la façon dont sont conduits et portés les projets [carrièrois] », qu’elle voit passer à la Région pour l’obtention de subventions. Elle dénonce également un manque d’informations entre l’édile et elle-même : « Je ne trouve pas normal d’être informée huit jours avant, c’est-à-dire quasiment en même tant que vous, de l’envoi des dossiers […] Je voudrais également dire que je suis perplexe sur le chemin que l’on a pris. »

S’il s’attendait à ce que le budget ne soit pas voté, le premier magistrat pointe « un gros décalage » dans le comportement des adjoints et conseillers municipaux. « L’après-midi, ils me demandaient quand est-ce que l’on se voit, à propos de diverses manifestations, explique-t-il. Mais ce soir, ils se sont soustraits à leurs responsabilités […] On voit qui est contre moi. » Et de pointer des « points de désaccords majeurs », révélés lors de bureaux municipaux et réunions de groupe. « Je ne suis pas surpris de ce vote, mais seulement une ou deux personnes m’ont réellement fait part de leurs intentions », poursuit le premier magistrat.

Il évoque alors le retrait des délégations aux adjoints et conseillers frondeurs, dont la sécurité et le culte pour Khadija Gamraoui-Amar, et la jeunesse pour Laurent Bernard. Un conseil municipal extraordinaire se tiendra ce mercredi 17 avril, pour décider du maintien de leurs fonctions d’adjoints, mais sans tentative de faire revoter le budget. La situation pourrait-elle dégénérer comme à Vernouillet, ou le retrait des délégations au maire a été entériné le 21 février ? « Je peux les rendre mes délégations, sans soucis, insiste Christophe Delrieu. Mais cela n’atteint en rien ma motivation. »