Le 17 janvier dernier, le tribunal de grande instance de Versailles prononçait la liquidation de l’association Grain de soleil, gestionnaire du centre social éponyme, au grand dam des habitants, des six salariées de la structure et de la municipalité chantelouvaise. Baisse des subventions, difficultés de réaliser ou de poursuivre certaines activités et problèmes organisationnels ont été fatals à l’association. Créés dans les années 1990, l’association et le centre social étaient implantés place de la Coquille, en plein cœur de la cité de la Noé, et ont notamment été le porte-voix des habitants lors des premières réalisations de la ­rénovation urbaine.

Considérant comme nécessaire la poursuite des actions engagées par Grain de soleil, une série de réunions publiques a été organisée par la mairie à la mi-mars, afin de définir de nouveaux projets et les actions attendues pour le successeur de l’association considérée comme vitale dans ce quartier populaire. Cinq grands thèmes avaient été pré-définis lors de ces réunions, lors desquelles habitants et responsables associatifs se sont prononcés en faveur d’actions auprès des jeunes et des seniors.

La mairie ne souhaitant pas municipaliser ce projet, une nouvelle association, qui sera porteuse de cette nouvelle structure, a déjà été mise en place. Elle comprend parmi ses membres Pierre Cardo, l’ancien maire de Chanteloup-les-Vignes, et Mounir Satouri (EELV), directeur de Grain de Soleil de 2007 à 2015 (et élu d’opposition aux Mureaux, Ndlr). Ce dernier voit dans les centres sociaux, ou leur équivalent, un moyen de porter la parole des habitants lors des prises de décisions publiques, et de les associer à ces décisions.

« Un territoire, et notamment un territoire comme Chanteloup, quand on parle d’un projet de proximité comme le centre social Grain de soleil qui est important pour beaucoup de gens, c’est un peu de la matière inflammable, il ne faut pas mettre d’huile sur le feu, indique-t-on prudemment de la fin de Grain de soleil dans l’entourage de la maire DVD Catherine Arenou. Des tensions pouvant apparaître suite à la fermeture. Il y avait des gens qui se retrouvaient, qui avaient un lieu sur lequel ils pouvaient se reposer, qui disparaît du jour au lendemain, qui faisait de l’accompagnement : c’était un peu la panique à bord. »

« L’idée de la co-construction était de faire remonter les besoins auprès des habitants directement, qu’eux-mêmes nous disent de quoi ils ont besoin, donc c’est ce qu’on a en main, c’est ce qu’eux ont exprimé, il y a des idées qui ont été partagées, est-il précisé de la démarche mise en place. Il va falloir maintenant recréer cette émulation associative, et reconstruire un projet qui donnera lieu à des actions, mais là, il faut donner du temps au temps. »

« Il y avait des gens qui se retrouvaient, qui avaient un lieu sur lequel ils pouvaient se reposer, qui disparaît du jour au lendemain, qui faisait de l’accompagnement : c’était un peu la panique à bord », témoigne l’entourage de la maire de la fermeture.

Lors de la réunion de concertation auprès des habitants et des responsables associatifs, le 19 mars dernier, tous ont montré leur attachement à l’ancien centre social, et l’envie de faire émerger rapidement une ­structure identique. « Je venais d’Andrésy car il n’y a pas de service d’écrivain public, le centre social de Chanteloup avait des portes très ouvertes, regrette notamment Samira, mère de famille. Je venais y prendre des conseils, discuter, vider mon sac. » À ses côtés, Nacera, Chantelouvaise, abonde : « On est un petit peu ­perdus. »

Le centre social n’en était pas à sa première crise, mais la dernière lui a été fatale. « Quand j’ai accepté en 2007 [le poste de directeur], le centre social était fermé depuis plusieurs mois, une mandataire judiciaire avait été désignée par le tribunal de grande instance, se rappelle pour sa part Mounir Satouri. Le projet était en stand-by, une partie du personnel avait fait le choix d’être licencié économique, c’était un moment de crise semblable à ce que l’association a connu récemment. »

L’ancien directeur voit en ces crises la fin d’un cycle. « Dans ce type d’aventures, tous les dix ans, il y a un besoin de renouvellement de la dynamique, du projet, analyse-t-il. C’est une crise financière qui fait une alerte importante, mais en réalité, elle démontre une crise de positionnement stratégique, une crise de projet, et donc, qu’il est temps de repenser le projet. »

Un constat que partage son successeur à la tête du centre social, Fabrice Llinares, pointant une « situation financière subie ». Il précise, de la baisse des subventions : « En l’espace de quatre ans, le budget de l’association a été divisé presque par deux, avec le même type d’actions. […] Chacun a dû composer avec ses contraintes budgétaires. » Repartir d’une nouvelle structure permettrait, selon lui, « de se reposer les bonnes questions, analyser ce qu’il s’est passé pour tenter de rebâtir quelque chose de nouveau ».

Comme ancien directeur, Mounir Satouri voit aussi en ces centres sociaux une manière d’impliquer les habitants dans les prises de décisions publiques. « De la phase de diagnostic, du besoin réel, jusqu’à l’élaboration et la réalisation des activités, l’habitant est au coeur, analyse-t-il. On ne fait pas avec les habitants, mais on fait du sur-mesure en fonction de la population locale.  »

Il cite en exemple une action portée en tant que directeur lors de la première rénovation urbaine, ­l’instauration d’un pôle d’éco-citoyenneté : « Cela allait de l’occupation de l’espace public à travers des plantations et du jardinage local, au travail de la commune pour la création de jardins familiaux, jusqu’à l’implication des habitants pour la mise en place du tri enterré dans la ville. »

Des actions mises en place entre 2016 et 2018, Fabrice Llinares a vu émerger « une demande très forte pour l’accès au droit, détaille-t-il du changement de situation. La dématérialisation a accéléré la fracture numérique, les gens ont eu besoin d’être de plus en plus aidés, il y a eu un besoin du centre social sur cette question », poursuit-il.

Mairie comme anciens directeurs insistent toutefois sur la nécessité de conserver dans la ville ce type de structure. « Le rôle d’un centre social, c’est de mettre les joints d’étanchéité entre la population et les services qui sont là pour répondre à leurs besoins », résume sobrement Mounir Satouri.

« Quelles sont les difficultés que vous repérez chez certains ? », interroge l’animatrice du petit groupe seniors, une travailleuse sociale du Département.

Le 19 mars, jour de réunion de concertation, la vingtaine de personnes présentes se répartit en trois ateliers de travail dédiés aux seniors, aux jeunes et à l’éco-citoyenneté. « Quelles sont les difficultés que vous repérez chez certains ? », interroge l’animatrice du petit groupe seniors, une travailleuse sociale du ­Département.

« Ils s’éteignent, ne sortent pas, ne demandent rien, il faut inverser le processus », pointe Gil Augis, retraité et administrateur de l’Association vie éducative Chanteloup. « ­Aujourd’hui, il y a un vieillissement de la population immigrée, souligne Diane, ancienne salariée de Grain de soleil. À l’époque, il y avait une vraie envie de mixer les populations. »

Pour créer du lien social auprès des plus fragiles, elle évoque notamment l’action portée par l’ancien centre social : « Pendant la canicule, on téléphonait pour savoir si les personnes seules avaient besoin d’eau. » Une bénévole du Secours catholique pointe, elle, la difficulté à organiser des « cafés-tricot », par manque de participants. « On pourrait peut-être aller les chercher, aller chez eux, ­apporter cette ­mixité », pointe-t-elle.

Dans une autre salle, à l’atelier dédié aux jeunes, l’accent est surtout mis sur l’emploi et la prise en charge des enfants et adolescents traînant dans la rue. « Le centre social était un point de repère, eux connaissaient les familles », souligne une participante de la qualité de la prise en charge et de l’orientation. Une autre, mère de famille, insiste sur la nécessité de faire « participer tout le monde », parents compris. « Comment peut-on avoir cinq ans, dix ans et être dehors ? », s’indigne-t-elle. Des dispositifs tels que Sport passion existent, mais « comment avoir l’information ? », demande un père de famille.

Dans l’entourage de la maire Catherine Arenou, on précise que la nouvelle structure sera située à un emplacement différent, « plus ouvert », afin de ne pas donner l’idée qu’elle est réservée aux seuls habitants du quartier populaire Noé. « C’est la passerelle entre les habitants du Village (le centre ancien, Ndlr) et les habitants de la cité de la Noé, espère pour sa part Mounir Satouri. Parce que quand les gens ne se rencontrent pas, on est dans les clichés […] qui peuvent être ­négatifs. »