Selon nos informations, la ministre de la justice en visite à la prison de Poissy ne souhaitait pas vraiment passer devant le chantier du mur des Ursulines, dont une trentaine de mètres se sont effondrés le 28 mars dernier (voir notre édition du 3 avril). Trois semaines après les faits, Nicole Belloubet (LREM) s’est rendue au sein de la maison centrale pisciacaise. Et le mur effondré a bien constitué un passage obligé.

La ministre a réaffirmé son souhait, et celui de l’État, de voir maintenu dans le centre-ville de Poissy l’établissement pénitentiaire, où sont actuellement incarcérés 193 détenus de longues peines. Un schéma directeur devrait être établi d’ici décembre prochain pour définir une programmation et un calendrier de travaux, dont le coût devrait approcher la soixantaine de millions d’euros. Malgré ce nouveau revers, le maire Karl Olive (LR), souhaitant très vivement le déménagement de la prison, lancera une consultation citoyenne sur son devenir d’ici le mois de juin.

« Je souhaite que la prison de Poissy reste dans les lieux où elle est ­implantée, c’est une prison comme il y en a d’autres en centre-ville, martèle la ministre de son emplacement. Cela fait partie de la vie de la cité. » Elle reconnaît toutefois une question « de dignité » pour les Pisciacais, concernant son mauvais état extérieur : « Il n’est pas question que les murs s’écroulent, qu’ils soient fissurés, qu’il y ait une verrue au milieu de la ville », assure la ministre d’un chantier de réhabilitation qu’elle évalue à environ 60 millions ­d’euros.

« Nous n’avons pas suffisamment fait les travaux nécessaires, comme c’est parfois le cas dans un certain nombre de prisons », reconnaît-elle ainsi de l’écroulement annoncé 18 mois plus tôt dans un diagnostic. « Nous avons besoin d’une prison qui ne soit pas trop éloignée des autres services publics, parce qu’une prison, c’est un tribunal, c’est un service public de logements, d’emplois, détaille-t-elle du refus d’un déménagement hors du centre-ville. Si on veut réinsérer, ce qui est quand même la mission de la prison, nous ne pouvons pas être dans la pampa. »

« Nous n’avons pas suffisamment fait les travaux nécessaires, comme c’est parfois le cas dans un certain nombre de prisons », reconnaît la ministre de l’écroulement du mur, annoncé dès 2017 dans un diagnostic.

À ses côtés, Karl Olive n’est pas vraiment de cet avis. « Sur le fond, je suis toujours aussi inquiet que je ne le suis depuis bien des années ici, détaille-t-il de son ressenti. […] À chaque mois presque suffit sa peine, c’est le diagnostic que j’ai partagé avec Madame la ministre. » Évoquant le diagnostic réalisé en 2017, révélé par La Gazette (édition du 3 avril), l’édile a une nouvelle fois déploré le délai entre le diagnostic et le temps de réalisation des travaux.

Il a également fait part de son souhait d’organiser une « consultation citoyenne » d’ici le mois de juin prochain. « La question qui sera posée c’est : êtes-vous ou non favorable au maintien de la maison centrale en centre-ville ? », précise Karl Olive qui compte donc manifestement poursuivre son action politique en faveur d’un déménagement.

« Je ne souhaite pas que la prison parte ailleurs, précise cependant l’édile, favorable à ce qu’un nouvel établissement reste dans les limites communales. Il faut être force de proposition, et pas seulement la Ville, mais aussi le Département, la Région, la communauté urbaine. […] J’ai des idées de terrain que je partagerai avec Madame la ­ministre. »

Le sort de la prison semble toutefois fermement décidé par le gouvernement. Nicole Belloubet se dit ainsi « engagée » à entamer des travaux de rénovations, mais pas avant la fin de l’année. « Concernant le mur des Prêcheurs, nous sommes en train de vérifier la solidité de tous les murs pour que l’on ait aucune inquiétude de ce point de vue là », souligne-t-elle par ailleurs.