Le casse-tête de l’aménagement de la plaine de la boucle de Chanteloup, répartie sur les trois communes de Triel-sur-Seine, Chanteloup-les-Vignes et Carrières-sous-Poissy, est-il en passe de se dénouer ? C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre l’exécutif de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise lors du conseil communautaire du 11 avril dernier.

Cet après-midi là, son président Philippe Tautou (LR), également maire de Verneuil-sur-Seine, annonce qu’un comité de pilotage, réunissant élus locaux, départementaux et régionaux, représentants de l’État et députés a été mis en place par la préfecture yvelinoise. Il indique également qu’un aménageur, chargé de l’aménagement de cet espace de près de 300 ha a été désigné en la personne de l’Etablissement public d’aménagement du Mantois Seine aval (Epamsa).

Charge à l’aménageur de lancer un appel à projets afin de définir un projet global, condition sine qua none émise par GPSEO, comme la député de la sixième circonscription yvelinoise, Natalia Pouzyreff (LREM) et autres opérateurs institutionnels pour lancer toute opération de nettoiement et d’évacuation de plusieurs milliers de tonnes de déchets. Toutefois, impossible pour l’heure de définir le projet, ni le calendrier de sa réalisation. Mais pour l’un des deux co-fondateurs du collectif Déchargeons la plaine, Alban Bernard, l’évolution est bien trop lente par rapport aux engagements pris lors du colloque des 8 et 9 juin derniers.

« Il ne se passe rien depuis un an, vous imaginez ce que les gens pensent ? », s’indigne ce dernier, de la lenteur du processus depuis les 8 et 9 juin derniers. À cette époque, un colloque avait été organisé afin d’échanger sur les différentes possibilités d’aménagements de cette ancienne plaine maraîchère aujourd’hui connue sous le nom de « mer des déchets ».

Centrale photovoltaïque, poursuite de la culture du miscanthus, mais aussi création d’une filière d’agriculture de circuit court utilisant la chaleur issue de l’incinérateur Azalys pour chauffer les serres, ou encore création d’un centre de valorisation horticole et d’un centre de compostage sont autant de pistes qui avaient été alors évoquées.

« On s’est engagés au mois de juin, on a soi-disant ouvert un livre blanc, d’ailleurs il est toujours blanc, on ne sait toujours pas ce qui est prévu, enfin en tout cas au niveau de la communauté urbaine, note, amer, Alban Bernard. Il y a énormément de choses, il y a des gens qui sont prêts à venir et à s’investir. » Il évoque notamment un appel reçu la semaine dernière d’une personne prête à « proposer un projet avec du photovoltaïque et à prendre en charge la dépollution, en tout cas enlever les déchets » mais dont les appels à la communauté urbaine restent sans réponse.

« Il ne se passe rien depuis un an, vous imaginez ce que les gens pensent ? », s’indigne Alban Bernard, de la lenteur du processus depuis les 8 et 9 juin derniers.

Lors du conseil communautaire, la délibération proposée à l’assemblée visait à déterminer l’intérêt communautaire de cette phase d’aménagement. « Si on veut amener des solutions sur cette plaine des déchets, il faut qu’on ait les moyens de coordonner nos actions », insiste Philippe Tautou de la nécessité de définir ce périmètre.

Du comité de pilotage mis en place récemment, il détaille : « Cette opération se fait sous l’égide du préfet […] pour évoquer ce sujet et voir comment on pourrait […] réaliser un projet pour résoudre d’une part le problème de mer de déchets et deuxièmement valoriser la plaine de Chanteloup et réaliser un projet global. »

« La communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise est maître d’ouvrage mais il s’agissait de passer à une phase opérationnelle en désignant une maîtrise d’œuvre, telle fut la conclusion du premier comité de pilotage », détaille pour sa part la députée de la sixième circonscription Natalia Pouzyreff, de la tenue de cette première assemblée. Elle reconnaît toutefois que : « Cela a pris un peu plus de temps que prévu mais le projet va enfin entrer dans une phase d’appel d’offre. »

C’est donc à l’Epamsa qu’échoue cette maîtrise d’œuvre. « L’opération ne peut pas consister simplement à enlever les déchets, il faut trouver un usage durable, un usage rentable à ces terrains, souligne pour sa part Pierre Bédier (LR), vice-président au développement économique, président du Département et président de l’Epamsa. […] Ces différentes activités nécessiteraient d’abonder en subventions publiques pour arriver à un équilibre budgétaire, voilà pourquoi je pense que nous sommes au début d’un processus qui sera long, qui sera compliqué, mais nous sommes enfin au début d’un processus. »

De la mission de l’aménageur public, il s’agit « de faire en sorte que cela ne coûte plus rien, qu’on trouve un système qui s’équilibre tout seul pour que ce soit durable », conclut-il sèchement, en réponse à Ghislaine Senée (EELV). La maire d’Evecquemont, présidente de Citoyens pour un territoire solidaire et écologique ironisait quelques minutes plus tôt : « Lorsqu’on nous présente le budget, on nous explique à quel point la situation est critique, à quel point on ne peut pas prendre de décision qui engagerait sur le long-terme […] et là tout d’un coup nous avons un projet d’intérêt ­communautaire. »

Si elle reconnaît la nécessité de « mener » une réflexion sur ce territoire, elle demande à ce qu’ « une étude préalable », donne les tenants et les aboutissants. « Je pense que nous pouvons encore attendre quelques mois pour pouvoir faire notre opinion, souligne-t-elle. Rien n’empêche de sécuriser la zone pour que les dépôts de déchets ne puissent plus s’accumuler. »

« L’opération ne peut pas consister simplement à enlever les déchets, il faut trouver un usage durable, un usage rentable à ces terrains, » souligne pour sa part Pierre Bédier (LR), vice-président au développement économique, président du Département et président de l’Epamsa.

Elu du groupe Démocratie et solidarité, mais également adjoint triellois à l’environnement, Frédéric Spangenberg a lui appelé la communauté urbaine à « accélérer le processus ». Il regrette toutefois que la délibération ne soit pas accompagnée « des éléments de réflexion qui n’ont pas manqué de voir le jour depuis la conférence de juin 2018 sur l’avenir de la plaine ».

Il se voit opposer un refus poli mais ferme du président de GPSEO : « Au niveau des avant-projets, on ne peut pas mettre ses projets sur les délibérations puisqu’on va faire un appel à projets, commente-t-il. C’est dans le cadre de cet appel à projets que toutes les idées, qui avaient su émerger pour ce territoire, sont les bienvenues et feront l’objet d’une réflexion. »

La situation agace particulièrement Alban Bernard, lui donnant une impression de repartir à zéro : « On attend d’avoir un projet d’ampleur sur les 330 ha pour se dire ah oui, enlever les déchets ça coûte trois, quatre millions, même si je pense qu’on en est loin, pour que ce soit une petite ligne dans un devis global, on a 800 000 euros (avancés par l’État à l’automne dernier, Ndlr) sur la table, on attend quoi ? »

Alors que les participants au colloque s’étaient engagés à organiser une seconde édition en 2019, cette dernière semble repoussée. « Une communication sur la procédure d’appel d’offre aux citoyens intéressés me semblerait être la suite logique du colloque organisé l’année dernière », souligne toutefois Natalia Pouzyreff.

La députée indique également avoir « organisé un entretien avec le ministère de l’Intérieur pour s’assurer que toutes les mesures seraient envisagées afin de pouvoir engager des poursuites notamment contre les sous-traitants peu scrupuleux dans le petit BTP qui se débarrassent de leurs déchets hors des déchetteries professionnelles prévues à cet effet ». Elle précise qu’un projet de loi est également en cours de rédaction « et la question des déchets sauvages sera abondamment traitée ».

Face à la colère des associations environnementales et riverains directement impactés et dénonçant « un manque de visibilité », elle invite à « poursuivre et intensifier » les échanges d’information avec les citoyens concernés en fonction de l’avancée du projet ­d’aménagement.

Parmi les projets, un belvédère dans l’axe des Champs-Elysées

Il avait fait l’annonce, quelque peu surprenante, lors de ses vœux, au mois de janvier dernier, avait alors relevé Le Parisien. Le maire carriérois Christophe Delrieu (DVD) envisage d’occuper une partie de l’ex-plaine maraîchère par un belvédère. Il permettrait ainsi de continuer la voie royale, de Saint-Germain-en-Laye aux Champs-Elysées et faire profiter les visiteurs d’un point de vue sur l’Ouest parisien. « L’axe historique passe au millimètre près sur la plaine, justifie Christophe Delrieu dans les colonnes du quotidien francilien. Notre idée, c’est de faire du beau avec du pas beau. » L’installation se tiendrait sur une trentaine d’hectares et serait réalisée grâce aux terres d’excavation des chantiers du Grand Paris Express. L’entreprise retenue financerait le retrait des déchets et leur tri par une redevance pour l’accueil de ces terres.