« Je peux comprendre que votre voisin soit insupportable, mais pourquoi n’avez-vous pas appelé la gendarmerie, la police ? […] En France, on ne se fait pas justice soi-même. » Cette question, la présidente du tribunal Anne Demortière la posera plusieurs fois dans la salle d’audience de la 6e chambre du Tribunal de grande instance de Versailles ce mardi 21 mai. Face à elle, trois prévenus : le maire de Limay, Eric Roulot (PCF), sa femme et l’un de ses gendres, Michaël Martinez, adjoint à Tessancourt-sur-Aubette.

Tous les trois comparaissent devant le tribunal pour violation de domicile, violences aggravées commises en réunion ou encore menaces de mort commises dans la nuit du 29 décembre dernier, sur leur voisin de 79 ans, dans leur pavillon secondaire de Fontenay-Saint-Père et sur fond d’un conflit de voisinage latent. La décision sera rendue le 4 juin prochain.

La victime, connue pour être « partiellement désorientée », n’était pas présente à l’audience, ni représentée par un avocat. Dans un courrier lu par la présidente, le septuagénaire se dit « effrayé ». La procureure rappelle avoir « tenté d’initier une mesure de protection » et demandé « la mise en place d’une mesure d’assistance administrative », toutes deux refusées par la victime.

C’est à la suite d’une plainte déposée par la femme de l’édile, le 31 décembre dernier pour tapages et menaces, que les gendarmes se rendent au domicile de la victime et découvrent « un visage tuméfié », indique du contexte la présidente du tribunal. Aux militaires, le septuagénaire détaille « que Monsieur Roulot s’est présenté dans la soirée du 29 décembre et [m’] a donné cinq-six coups de poing. Sa femme [m’] a ­attrapé par le col et secoué ».

Quant à Michaël Martinez, il lui est reproché d’avoir posé un doigt sur la tempe du vieil homme et de lui avoir dit : « Si tu n’arrêtes pas ta musique, je reviens et je te mets une balle dans la tête. » Ce que ce dernier nie, indiquant avoir été présent pour « jouer le rôle de médiateur, […] accompagner » son beau-père, le dialogue étant rompu avec le ­septuagénaire.

Dans ces deux maisons aux murs mitoyens, chacun se plaint des ­nuisances engendrées par l’autre. La victime évoque « des bruits de chaises traînées, ils parlaient fort » jusqu’à 22 h. Une heure plus tard, elle se rend compte que son réveil est éteint et pour cause : son compteur d’électricité a été débranché.

« On ne pouvait pas le joindre, il n’a ni téléphone, ni sonnette », explique de ce geste Eric Roulot, comme tentative d’entrer en contact avec la victime. Avant que lui, sa femme et trois autres membres de la famille ne franchissent le portail de le septuagénaire. « À chaque fois que l’on vient, on vit l’enfer », décrivait-il quelques instants auparavant de la vie au sein de ce pavillon secondaire, évoquant « des coups de masses » récurrents dans les murs. Des plaintes qu’ils n’ont pas déposées, le couple explique avoir « pris en considération le fait qu’il était âgé pour le protéger ».

« J’étais hystérique, en colère, je ne savais pas ce que je faisais », poursuit sa femme, de son propre comportement cette nuit-là. Pourtant, quelques semaines avant, elle avait demandé « à prendre un café » avec la victime, pour tenter une conciliation. « Cela ne pouvait plus continuer comme ça », souffle-t-elle. Procureure et présidente du tribunal semblent sceptiques : « Comment peut-on passer de cette tentative de concertation à une violation de domicile et des violences ? » En réponse, Eric Roulot évoque le souhait d’un « pacte gagnant-gagnant » et éviter un conflit de voisinage.

Lors de leur interpellation à la fin de mois de janvier, les trois prévenus avaient nié les faits qui leur étaient reprochés, avant de finalement les reconnaître. « On ne se reconnaissait pas », précise Eric Roulot. « On est des gens gentils, j’étais dans le déni », poursuivra son épouse. « Je n’ai pas voulu les ­accabler », terminera ­Michaël Martinez.

« Sérieux, on est où ? », questionne la procureure de la République, indiquant être confrontée à cela pour la première fois de sa carrière professionnelle : « On n’a jamais fini d’être étonné par la bêtise et la lâcheté. » Contre le couple Roulot, elle requiert 18 mois de prison avec sursis avec une amende, dont le montant reste à définir. Contre Mickaël Martinez, dix mois de prison avec sursis et une amende sont demandés. Elle demande également la privation des droits civiques, civils et de famille durant cinq ans. « Je n’ai pas l’impression que vous ayez pris conscience de vos actes », conclue la présidente du tribunal.

Lors des plaidoiries, l’avocat de Michaël Martinez précise que son client « ne connaissait pas [la victime] avant cette soirée ». S’il est venu, « c’est pour accompagner son beau-père pour éviter que cela ne dégénère », au vu du passif entre les deux hommes. Il demande également à ce que ne soient pas ­mélangées « vie privée et vie publique ».

Une ligne que suivra l’avocat du couple, maître Philippe Quimbel : « Eric Roulot a pété un plomb. Comment tout un chacun aurait réagi dans cette situation ? S’il avait été simple électricien, est-ce qu’on aurait réagi de cette manière ? » Il décrit la victime comme « un personnage sulfureux » en s’appuyant sur des témoignages du voisinage indiquant des insultes récurrentes. « Qu’on ne fasse pas un procès politique, insiste-t-il. La sanction a déjà été vécue, politiquement, médiatiquement, ils ont été vilipendés sur les réseaux ­sociaux. »