N’ayant toujours pas renoncé à faire déménager la prison, pour laquelle il a lancé une consultation publique, le maire de Poissy Karl Olive (LR) n’a pas dévoilé ses plans, malgré les demandes émanant du public. Lundi 27 mai, une centaine de personnes a assisté à la réunion organisée par la municipalité autour de l’avenir de la maison centrale pisciacaise et sur la consultation numérique lancée le 1er jusqu’au 16 juin.

Plusieurs questions ont notamment porté sur les possibles emplacements futurs de la prison, d’autres ont concerné le déclassement de la maison centrale en centre de détention et les nuisances que cela pourrait engendrer. S’il n’a pas répondu directement, l’édile a toutefois donné deux indications sur cette future relocalisation, si elle devait avoir lieu : il propose ce mercredi 5 juin deux endroits possibles, l’un à Poissy, l’autre hors de Poissy, lors d’un rendez-vous avec la ministre.

Seule véritable voix soutenant le maintien de la prison dans le centre-ville, dans laquelle sont incarcérés environ 200 détenus condamnés à de longues peines, Maryse Berault, la vice-présidente de l’association des Amis de la centrale, a tenté de faire entendre ses arguments. Mais ce soir-là, une majorité du public semblait acquise à la cause du maire.

« Les détenus, il n’en est pas question, et les familles encore moins, regrette-t-elle des débats autour de l’établissement pénitentiaire. Or, il faut savoir que c’est une prison pour hommes, ce sont des femmes, des enfants, des familles qui ont très peu de moyens, et qui sont bien contents de venir à Poissy. Pour les détenus, le lien avec les familles est déterminant pour leur survie. […] Il faut aussi, peut-être, penser à la dimension humaine du problème. »

Rejoignant certaines questions posées plus tôt, aux moyens de feuilles distribuées au public, elle insiste : « Comment peut-on se prononcer […] sans savoir le futur lieu d’établissement ? » À ces questions, Karl Olive répond avoir choisi de « réserver » à la ministre de la justice Nicole Belloubet, « les deux pistes de relocalisation » qui seront présentées lors du rendez-vous du 5 juin. « L’une sera aux portes de la ville », indique toutefois l’édile, et pourrait concerner des anciens terrains de PSA, côté Technoparc.

Sa solution alternative serait une réimplantation « dans une autre ville très proche », termine-t-il face au public. Lors de la venue de la ministre le 17 avril dernier, plus de deux semaines après l’effondrement du mur, l’édile avait en effet appelé « Région, Département et communauté urbaine à se mettre autour de la table » pour compléter, cette fois-ci en vue d’un déménagement, les 60 millions d’euros promis par l’État pour la rénovation de l’actuelle prison, mais aussi pour proposer des parcelles.

La parcelle étant actuellement considérée « comme une zone urbaine dense […]. La vocation de ce site, c’est de construire en hauteur, avec une partie de bâti à préserver », note un fonctionnaire du Département ce soir-là.

Ce déménagement devrait également engendrer une future modification du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). La parcelle est en effet actuellement considérée « comme une zone urbaine dense […] pour permettre un développement urbain et une évolution du tissu urbain existant […] La vocation de ce site, c’est de construire en hauteur, avec une partie de bâti à préserver », note un fonctionnaire du Département ce soir-là.

« Il n’est pas question de bétonner », oppose en réponse le maire pisciacais. Il précise une nouvelle fois ses intentions : « Un poumon vert au cœur de ville, un musée d’art et d’histoire. Tout ne sera pas rasé, il y a des bâtiments qui sont sinon classés du moins inscrits, donc il n’en est évidemment pas question. »

En fonction des retours de Nicole Belloubet, la mairie, si elle obtient le déplacement de la maison centrale, pourrait ainsi placer le site en « zone d’emplacement réservé », ajoute Sandrine Dos Santos (LR), adjointe en charge de l’urbanisme. « Cette zone devient totalement inconstructible et ce quelque soit le propriétaire de la zone », précise-t-elle des modalités.

« Cela est totalement en différence par rapport aux projets traditionnels, là, nous avons la main sur le projet, nous décidons quel projet nous souhaitons mettre en place et nous bloquons la constructibilité même si nous ne sommes pas propriétaires », détaille l’adjointe. Un appel à projets serait ensuite lancé pour retenir trois projets, qui seront à nouveau présentés aux Pisciacais, afin d’en déterminer la destination finale.

Le futur déclassement de la maison centrale en centre de détention, lui, reste « prévu pour la fin de l’année », rappelle par ailleurs Ambroise Kouby, secrétaire régional de la CGT pénitentiaire. Certains riverains de la rue des Prêcheurs indiquent craindre l’apparition de nouvelles nuisances. « Quand il y a des transferts, on nous arrête à la sortie de l’immeuble, c’est normal […], commente de la situation une riveraine. Là, il y aura des passages beaucoup plus fréquents, on va faire comment ? » Elle évoque également une crainte de voir se développer « des parloirs ­extérieurs ».

L’opposition demande le maintien de la prison en centre-ville

Lors du conseil municipal du 20 mai dernier, la majorité a soumis au vote un vœu concernant le « non-maintien » de la maison centrale en centre-ville. « Vous nous faites voter un vœu sur un sujet dont vous ne maîtrisez pas l’issue », souligne Anne-Marie Vinay, conseillère d’opposition du groupe J’aime Poissy. « Outre l’histoire de Poissy qui est très liée à ce lieu, il faut aussi voir l’intérêt des familles des détenus et des personnels à ne pas être relégués en rase campagne, loin de tout transport et de tout hébergement », poursuit l’élue, favorable au maintien en centre-ville.

« Nous prenons acte de la volonté affichée, je vous cite « d’impliquer de plus en plus les Pisciacais dans les décisions [….] ». Nous serons attentifs à ce que les actes correspondent à vos paroles », a de son côté prévenu Eric Falzon pour le groupe d’opposition Vivons notre ville. Dans les rangs de la majorité, l’adjoint aux finances Fabrice Moulinet, constate « une politique de résignation » de l’opposition face à ce vœu purement consultatif, la décision finale revenant à l’État. « Il faut pouvoir exprimer le sentiment que peuvent ressentir un bon nombre de citoyens », insiste-t-il.