En octobre dernier, le syndicat des outils numériques du conseil départemental, Yvelines numérique, lance le projet pédagogique Sur les chemins de l’école, destiné à la création d’un journal scolaire par les élèves étrangers ne parlant pas français. Pour la première édition, douze collèges et 203 élèves d’UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants, Ndlr) ont participé. Mardi 21 mai, ils en ont présenté le résultat au Campus de formation des Mureaux… leur journal comme ses auteurs, collégiens étrangers des Mureaux et de Conflans-Sainte-Honorine, racontent les différences entre leur éducation là-bas, et celle prodiguée en France.

Exemple d’intégration, le conseiller régional d’Île-de-France et conseiller municipal muriautin Mounir Satouri (EELV) est le parrain de la première édition de ce projet ­éducatif. Désormais aussi député européen, cet ancien nouvel arrivant a raconté son parcours. « J’ai participé à une manifestation scolaire dans mon pays natal, le Maroc. À la suite de ça, j’ai eu des ennuis judiciaires, rappelle-t-il à l’assistance. J’ai été emprisonné durant plusieurs semaines pour troubles à l’ordre public. Poussé par mon engagement, j’ai dû quitter le Maroc à l’âge de 16 ans pour rejoindre la France. »

Alors, l’ex-élève étranger, puis syndicaliste étudiant lors d’études supérieures l’ayant mené à un solide engagement politique, a remercié le système éducatif français de lui avoir donné sa chance. Il encourage les enfants d’UPE2A à « saisir la chance d’intégration que leur offre l’école de la République ». Pour cette première édition, Yvelines ­numérique avait proposé aux collèges participants de construire un journal numérique sur les ­spécificités de la scolarité dans les pays ­d’origine des élèves.

À travers ce projet de journal numérique, ces adolescents témoignent surtout des difficultés de la scolarité dans leur pays d’origine. Si l’accès à l’école est gratuit en France, « l’école est payante en Haïti », note ainsi Naika. « En France, l’école me semble plus facile, il y a ­davantage d’aide », poursuit-elle.

« Dans mon village, l’école est privée car l’État n’a pas construit d’écoles publiques, ce sont des gens du village qui ont construit l’école », ajoute Mamadou, originaire de la commune sénégalaise de Diabougou. « Entre l’école et le village, il y a trois kilomètres », fait il également remarquer de trajets sans l’aide d’un ­système de transport scolaire.

Si les classes françaises se limitent théoriquement à une trentaine d’élèves au collège, ce nombre peut être bien supérieur hors de France. « L’école est très petite, dans ma classe, nous étions 40 élèves », témoigne Idrissa. « Dans mon école, il y avait 54 élèves par classe », surenchérit Mamadou.

« Dans notre village au Tibet, il n’y a pas de bonnes facilités de transport et il n’y a pas beaucoup d’écoles. Nous sommes allés à l’école la plus proche de la maison, vingt minutes à pied », décrit un élève tibétain. Dans cette région placée sous haute surveillance par l’État chinois, dont bien des demandeurs d’asile sont issus en vallée de Seine, « nous pouvons aller à l’école pendant cinq ans », déclare Rondul qui note que « dans les [autres] villes de Chine, il y a beaucoup de grandes écoles mais il n’y pas de cours de tibétain », déclare Ronduk. « On n’a pas le droit d’apprendre notre langue », déplore Dhadon.

Idrissa et Mamadou témoignent aussi de la discipline de fer qui régnait dans leurs écoles. « Quand un élève arrive en retard, le professeur le frappe, quand on a une mauvaise note, il nous tape encore avec une baguette », se souvient Idrissa. « Lorsqu’on fait des bêtises, il nous oblige à rester immobile en pliant les genoux et en croisant les bras », donne en exemple l’adolescent. « Les parents n’étaient pas d’accord mais il expliquait aux parents que les enfants doivent être éduqués » ajoute Mamadou de concepts pédagogiques ­autrefois communs aussi en France.