« Nous avons une bonne nouvelle à vous annoncer messieurs les commissaires-enquêteurs, vous êtes en week-end ! » Vendredi 7 juin, une centaine de personnes se sont rassemblées devant la mairie de Sailly à l’appel de l’Association de lutte contre la carrière cimentière (AVL3C) prévue à Breuil-en-Vexin. Ils y ont bloqué la permanence du commissaire-enquêteur, tenue dans le cadre de l’enquête publique menée sur le Plan local d’urbanisme ­intercommunal (PLUI) par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO).

Ils entendaient ainsi protester contre les récents avis favorables émis pour l’exploitation par la société Calcia d’une carrière cimentière à Brueil-en-Vexin. Alors que la validation par les ministères de la transition écologique et de l’économie semble imminente (elle n’était toujours pas annoncée lors du bouclage de ce numéro, Ndlr) et que l’autorisation préfectorale devrait suivre d’ici la fin du mois de juin, ils ont réaffirmé leur rejet de ce projet. Mais chez les présents, l’idée d’une Zone à défendre a fait son chemin.

« Cela fait trois enquêtes publiques qu’on se fout de notre gueule, en tant que citoyens, nous ne sommes pas respectés », fulmine Dominique Pélegrin, la présidente de l’association. « Maintenant, cela risque de prendre un autre tournant, on est arrivé à bout de ce que l’on pouvait faire, souligne un habitant d’Aincourt (Val-d’Oise). On a ça en tête : est-ce que les Zadistes vont venir ? » Philippe Laborde, militant de l’AVL3C, ex-conseiller municipal juziérois et féroce opposant au projet du cimentier Calcia, destiné à alimenter en calcaire sa cimenterie de Gargenville, tempère : « On aimerait éviter d’en arriver là, mais est-ce qu’on aura le choix ? »

Une ligne se forme face aux deux commissaires-enquêteurs. « On vous faisait confiance, on n’a rien contre vous, mais c’est ce que vous représentez […] Les seules choses que vous représentez c’est la multinationale », précise Olivier Nillus, vice-président de l’AVL3C. Jean-Christophe Mantoy, un autre militant, enchaîne : « Comment avez-vous pu donner cinq avis favorables malgré ce que pensent les gens ? »

Face à eux, le commissaire-enquêteur souligne : « au niveau juridique, les réserves sont aussi importantes que l’avis favorable. » Et d’ajouter que ces avis étaient rendus « pour montrer que ce qui était proposé allait dans le bon sens », entraînant des réactions outrées des manifestants, rappelant les risques que font selon eux peser la carrière sur la nappe phréatique, et la ­cimenterie sur la pollution de l’air.

Avant la Zad, une bataille juridique se profile. « À l’instant où le préfet signe, on attaque, pour nos avocats c’est de l’or en barre », argue Olivier Nillus. « Il faudra se mettre en travers physiquement. À la seconde où le premier bulldozer arrive, je dégaine ça », note Philippe Pernette (SE), maire de Montalet-le-Bois, en désignant son écharpe tricolore. « Ce sont les résistances locales qui feront bouger les choses, insiste une Jambvilloise. Il faut que les habitants, plus largement, réagissent. » Commissaires-enquêteurs et membres de l’association seront toutefois amenés à se revoir rapidement : deux nouvelles permanences ont lieu vendredi 14 et samedi 15 juin, respectivement à Juziers et à Brueil-en-Vexin.

Pollution de l’air : la cimenterie pourra rester hors des normes jusqu’en 2022

Dans un arrêté daté du 30 avril dernier, le préfet des Yvelines a retardé la date « de mise en place effective du dispositif d’épuration de filtre à manche », afin de limiter les rejets aériens de la cimenterie de Gargenville au 1er juin 2022, au lieu du 31 octobre 2021. Faisant déjà l’objet d’un arrêté dérogatoire depuis 2015, l’usine est donc autorisée à dépasser sept mois de plus les normes actuelles en matière de pollution de l’air.

« Il se trouve que les normes évoluent aussi, ce qui est normal, il faut aussi qu’on fasse des aménagements, rappelle la direction de Calcia en indiquant son respect des normes précédentes en matière de pollution de l’air. La dérogation nous a été donnée parce que les modifications sont conditionnées par le projet. » En cas d’accord de l’État pour créer la carrière calcaire de Brueil-en-Vexin, « toutes les modifications qui ont été présentées et actées seront faites, ce sera de facto une usine complètement modifiée sur le plan environnemental », poursuit la direction.

« Je crois que les ministères en charge de l’arrêté ne vont pas manquer d’interpeller là-dessus […], note Jean Lemaire (UDI), maire de Gargenville et soutien du projet. Ça me paraît évident, si cela n’était pas le cas, ce serait inadmissible. » Pour Dominique Pélegrin, présidente de l’AVL3C, « l’arrêté les autorise à ne pas se mettre en conformité ». La responsable de l’association opposée au projet de carrière estime donc que « le préfet fait preuve d’une tolérance accablante ».

Mise à jour, 14 juin 2018 : une précision contextuelle et historique a été ajoutée concernant l’arrêté dérogatoire auquel est soumis l’usine de Gargenville depuis 2015.