La chose est assez rare pour être soulignée. Lors d’un atelier de concertation mené le 5 juin dernier par la municipalité mantaise, une trentaine d’habitants et de commerçants ont semblé tomber d’accord sur les orientations à donner pour faire vivre le centre-ville. Les présents ont surtout souhaité l’organisation de plus d’animations et la diversification des types de commerces. Des divergences subsistent toutefois, notamment sur la question de l’espace accordé aux piétons.

Au printemps dernier, des questionnaires avaient été mis en ligne par la mairie et distribués dans certains commerces. Le constat est plutôt amer. « Chez les commerçants, seul un quart des répondants se dit satisfait de la vitalité du commerce », souligne Jean-Pierre Tiffon, coach et animateur de débats publics de l’agence Eker. Parmi les habitants, « ils sont satisfaits de l’accueil et du service à 84 % », poursuit ­l’animateur.

Selon les réponses à ce questionnaire, « un plus grand choix de magasins, des terrasses animées, davantage d’animations et de convivialité » inciteraient les Mantais « à effectuer un plus grand nombre d’achats dans le centre-ville ». Reste toutefois à définir ce qui pourrait rentrer dans le mot animation. « J’ai été 30 ans commerçante rue Porte aux Saints et ce que je reprochais à l’époque, c’était que toutes les animations étaient vers la mairie », souligne une commerçante ayant arrêté en 1985.

Le manque d’attractivité de la rue Porte aux Saints est également pointé par ce retraité Mantais : « Comptez les magasins qui sont des magasins de bouche qui peuvent un petit peu attirer le client, les magasins de livres, de fleurs. […] Je suis désolé, mais il n’y a pas grand-chose qui attire le chaland. » Si pour les habitants, animation et diversification vont de pair, pour les commerçants, l’animation renvoie à des activités organisées en centre-ville.

Pour l’ancien président de l’association des commerçants Coeur de Mantes, David Beautier, « cela se planifie, ça ne s’improvise pas », car « proposer des projets c’est faire ­bosser tous les commerçants ensemble ». Il insiste toutefois, invitant tout le monde à s’impliquer davantage : « Une animation de centre-ville, ce n’est pas uniquement dû aux commerçants. C’est à la mairie, aux associations locales et aux habitants eux-mêmes, c’est un état d’esprit qu’il faut avoir. »

Au terme de l’atelier, plusieurs idées ont toutefois été émises par les participants. Ils souhaitent notamment que la collégiale et la tour Saint-Maclou soient mises en valeur, ainsi que la création d’un parcours touristique. Des concerts extérieurs, itinérants, sont aussi plébiscités, de même que des aménagements paysagers comme la colorisation des façades. « Avec l’architecte des Bâtiments de France, c’est compliqué », relève une ­commerçante.

Toutefois, le partage de l’espace dédié aux piétons semble un point de friction, sans étonner le public. « Près de la moitié des commerçants pensent que l’espace public dans son état actuel est favorable, note Jean-Pierre Tiffon. Dans le même temps, on relève une volonté de reconquête de l’espace public chez les habitants. Si on traduit très concrètement, les commerçants veulent laisser les voitures approcher de leurs commerces et les habitants disent « donnez-nous un peu d’espace pour se promener au milieu des ­commerces », si je devais radicaliser. »