« Feignants, bons à rien, j’espère que vous n’allez pas vous reproduire,… » Ludovic, agent commercial dans le secteur de Mantes-la-Jolie depuis 2013, énumère les insultes que lui et ses collègues reçoivent ­quotidiennement.

Outre les mots, lui et ses collègues dénoncent également une augmentation des agressions physiques. Sept ont été recensées durant l’été. Ils se sont mis en grève ce jeudi 22 août, demandant un renforcement des effectifs de sécurité et que plus aucun agent ne soit isolé en gare.

Une trentaine d’agents commerciaux, d’agents de départ, de mécaniciens et de conducteurs manifestent près du bâtiment voyageurs côté mantevillois pour toucher la direction, réunie en commission santé, sécurité et conditions de travail. Sur le parvis, une agression est dans tous les esprits, celle du jeudi 15 août.

Un agent commercial a été frappé et laissé inconscient une vingtaine de minutes avant d’être pris en charge. « Il a un stress énorme de revenir, note Anne-Marie Kunz, élue Sud-Rail au comité social d’entreprise (CSE) et agent de départ. Les agents habitant dans le coin ont peur de représailles, d’être suivis jusqu’à chez eux. […] Les gens ont peur de mourir. »

La syndicaliste indique que dès 2015, plusieurs alertes ont été déposées. Mais depuis la grève de l’an dernier « il y a une haine énorme envers les cheminots », conduisant à une augmentation de ces violences. Depuis une agression verbale survenue à Herblay (Val-d’Oise) en mars dernier, Amrouni est en mi-temps thérapeutique. « La gare n’avait pas été ouverte de la journée, se souvient-elle, ­imaginez l’état des gens. »

Sur le parvis, une agression est dans tous les esprits, celle du jeudi 15 août. Un agent commercial a été frappé et laissé inconscient une vingtaine de minutes avant d’être pris en charge.

Contactée par La Gazette, la direction de la SNCF a indiqué condamner ces agressions, « quelle que soit leur nature ». Concernant les agressions dans le secteur de Mantes-la-Jolie, « les dirigeants locaux sont sur l’affaire », poursuit-elle. Elle évoque cependant des mesures existantes comme « la ­présence de la sûreté ferroviaire (Suge), la vidéosurveillance et une formation pour les agents. »

Des mesures jugées insuffisantes par les cheminots. « La Suge est volante, elle prend son poste à Mantes et part sur l’ensemble de la ligne, note Anne-Marie Kunz. Il n’y a qu’un seul agent de sécurité, qui n’a pas le droit d’intervenir. Ce n’est pas un dispositif adapté. »

Ludovic, regrette lui que la formation à la lutte anti-fraude soit « trop courte » et ne permette pas d’endiguer les comportements violents : « La direction part du principe que les gens vont accepter de se faire ­verbaliser. »

De la présence de la Suge, Francis Bédie, directeur ­d’établissement, fait remarquer que « ­l’effectif est déployé sur les tronçons L A et J par rapport à des évènements signalés […]. Notre rôle est de protéger les agents ». Selon les chiffres de la SNCF, 60 % des agressions auraient été commises par des personnes n’ayant pas de titre de transport. L’installation de portiques de validation à Paris-Saint-Lazare puis progressivement à Mantes-la-Jolie et sur le reste de la ligne devrait limiter les agressions, selon elle.

La situation reste toutefois tendue. « Aucun accord n’a pour le moment été trouvé », indiquait à la suite de la commission Anne-Marie Kunz. La syndicaliste n’exclut pas de « refaire une mobilisation, jusqu’à temps que la direction prenne les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des agents ».