Le 3 juillet dernier, en fin d’après-midi, une partie de la station d’épuration Seine Aval du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne, située sur les communes d’Achères, Saint-Germain-en-Laye et Maisons-Laffitte, était ravagée par l’incendie. L’unité de clarifloculation (servant à l’élimination des particules en suspension des eaux usées, Ndlr) est ainsi devenue pour l’instant inutilisable.

Le jour même de l’incendie, plusieurs riverains des communes limitrophes dans les Yvelines et le Val-d’Oise s’inquiétaient d’une potentielle toxicité des fumées dégagées par le feu, information démentie par la préfecture yvelinoise. Mais le week-end suivant le sinistre environ trois tonnes de poissons morts ont été repêchés, créant une nouvelle fois ­l’inquiétude.

Plusieurs maires ayant déploré un manque d’information de la part du Siaap, comme des ­représentants de l’État, deux réunions ont été organisées au mois de juillet. Une troisième, plus récente, s’est tenue le jeudi 5 septembre dernier en sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye, réunissant préfet, responsables du Siaap, élus et représentants associatifs. Durant cette réunion, il a notamment été indiqué que le feu semblait être parti du stockage du chlorure ferrique, sans que la cause ne puisse toutefois être déterminée.

Le Siaap a notamment manifesté sa volonté d’augmenter progressivement la capacité de traitement de la station d’épuration, afin de pouvoir faire face aux pluies ­importantes, tandis que les travaux pour reconstruire l’unité de clarifloculation devraient démarrer en 2021-2022. Cette montée en capacité se traduit notamment par la remise en service des bassins d’évaporation à l’air libre, faisant craindre pour une partie du public de nouvelles nuisances olfactives.

« D’un point de vue sémantique, le Siaap n’est pas une usine qui pollue puisqu’une usine qui pollue il suffit de l’arrêter pour qu’elle arrête de polluer, tient d’emblée à faire remarquer Belaïde Bedreddine, président du syndicat d’assainissement. Le Siaap est une usine qui dépollue et c’est quand on l’arrête qu’il y a un problème. »

« D’un point de vue sémantique, le Siaap n’est pas une usine qui pollue puisqu’une usine qui pollue il suffit de l’arrêter pour qu’elle arrête de polluer », fait remarquer Belaïde Bedreddine, président du syndicat d’assainissement.

Une précision qui ne plaît pas forcément aux maires présents. « Vous nous avez dit que votre métier c’est de dépolluer c’est vrai mais c’est aussi vous qui nous emmenez 60 % des eaux usées d’Ile-de-France sur notre territoire et donc quand vous avez un défaut de traitement, ces eaux polluent notre territoire quand même », rétorque le maire d’Herblay (­Val-d’Oise), Philippe ­Rouleau (LR). Alors qu’était abordée la période estivale, le président du Siaap insistait : « Globalement on s’en sort bien […] On a fait un relevé précis des tonnages de poissons récoltés, donc six-sept tonnes, poissons et déchets mélangés pour la première phase et quatre tonnes lors de la ­deuxième phase. »

En parallèle, « une semaine après l’incendie », précise Yann Bourbon, directeur du site, des membres du Centre national de protection et de prévention (CNPP) s’étaient rendus sur place afin de ­déterminer les causes du sinistre au sein de la plus grande station d’épuration d’Europe, classée Seveso. « Ce qu’ils ont confirmé, c’est qu’effectivement à l’endroit des cuves de stockage de chlorure ferrique, les bétons avaient été le plus dégradés et donc là vraisemblablement le feu avait démarré », ajoute le directeur du site.

Difficile toutefois pour eux de déterminer à ce moment-là les causes exactes de l’incendie. « Ils avaient besoin de rentrer dans la clarifloculation […]. La difficulté était double, poursuit Yann Bourbon. D’abord parce qu’on avait des eaux d’extinction qui avaient servi à arrêter le feu qui se trouvait au fond du bâtiment mélangées à du chlorure ferrique, le réactif chimique qu’on utilise et là il était nécessaire de prendre un certain nombre de précautions, pour à la fois vider ces eaux mais également le faire sans avoir un impact fort sur le milieu et la Seine. » Un second passage a eu lieu dans la matinée du 5 septembre.

La conclusion de cet audit est attendue pour le premier semestre 2020. Un temps jugé visiblement trop long par certains maires de l’assistance. « Ça fait deux mois qu’il y a eu cet incident et depuis deux mois, vous ne connaissez pas la cause, ça pose question », verbalise de cette question l’édile herblaysien Philippe Rouleau. Le chantier lui, ne devrait démarrer qu’en 2021 ou 2022, pour un coût compris entre « 80 et 100 millions d’euros », selon Belaïde Bedreddine.

Au niveau environnemental, et particulièrement au niveau de l’oxygénation de la Seine, « les conditions étaient assez ­défavorables », note un représentant de la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (Driee). « Nous avons eu des températures [de la Seine] qui ont dépassé les 25 degrés, avec un pic le 26 juillet et dans le même on a eu des débits qui oscillaient autour de 100 m3/seconde », précise-t-il de ces conditions. Une désoxygénation profonde, due aux rejets d’eaux non traitées a ainsi entraîné une mortalité piscicole « jusqu’à 50 kilomètres à l’aval », au niveau des écluses de Méricourt.

En parallèle, « une semaine après l’incendie », précise Yann Bourbon, directeur du site, des membres du Centre national de protection et de prévention (CNPP) s’étaient rendus sur place afin de déterminer les causes du sinistre.

« Le sujet c’est bien celui-là, en tant que maire nous sommes ­régulièrement interpellés sur cette question puisque c’est l’impact visible des suites de l’incendie, fait remarquer des interrogations de ses administrés le maire conflanais Laurent Brosse (DVD). Est-ce qu’on doit encore s’inquiéter ? » En réponse, Jacques Olivier, directeur général du Siaap l’assure : « À l’automne, l’hiver, le débit de la Seine va remonter, voire tripler et la température va baisser. Nous n’avons pas de crainte d’ici l’été 2020. »

Pour pallier ces problèmes, le syndicat d’assainissement prévoit ainsi d’augmenter progressivement la capacité de traitement de la station de l’épuration. Le premier scénario, ou première étape, correspond à « la capacité actuelle, où on reste en capacité de traiter 17 m3/seconde », indique Jacques Olivier. Le deuxième scénario permet de passer à 20 m3/seconde et devrait se réaliser d’ici le mois de novembre grâce à l’injection d’un coagulant. Enfin, le troisième et dernier scénario, que le Siaap espère voir opérationnel pour le printemps prochain suppose « la remise en route d’installations qui ont été arrêtées, notamment Achères 4 ». Cette remise en route serait temporaire, le temps des travaux au sein de l’usine de ­clarifloculation.

Une déclaration que ne manque pas de relever le maire achérois Marc Honoré (DVD). « Je voulais savoir si Achères 4 c’était la remise en état des bassins à l’air libre pour l’évaporation, interroge-t-il, de potentielles nuisances olfactives. Il y a longtemps que l’on n’a plus ça sur le secteur et ce n’est pas forcément terrible pour les populations. » Reconnaissant l’éventualité de nuisances olfactives, le préfet yvelinois Jean-Jacques Brot se veut toutefois rassurant : « Cela ne va pas se faire d’un jour à l’autre, il y aura des ­discussions notamment avec la Driee. »

Jacques Olivier le confirme. « Remettre en service Achères 4, cela veut dire que l’on remet en service le bassin des boues activées en service, précise-t-il. Il faudra regarder par rapport aux plaintes olfactives lorsqu’il y avait le système je ne crois pas qu’il y ait plus de plaintes avec les boues activées que maintenant. » La décision ne ravit pas franchement un maire yvelinois. « On s’est battus pour que ces bassins ne soient plus utilisés, ils étaient sources de nuisances », ­rappelle-t-il.

« À partir d’un moment les pouvoirs publics doivent arbitrer entre des solutions moins bonnes ou pires donc si on n’installe pas cette décantation primaire, on est sûrs de ne pas passer l’été prochain », lui opposera Jean-Jacques Brot. Lui pointe la nécessité d’informer « loyalement » les populations riveraines de la ­station d’épuration.

Un manque de communication et d’informations est plusieurs fois revenu sur la table. « Nous avons fait notre acte de contrition publique, nous avons mis en place un nouveau système d’informations avec les préfectures et les communes concernées », reconnaît le représentant de l’Etat. « Depuis le premier jour on a fait paraître sur notre site internet et sur ceux qui ont bien voulu le reprendre toutes les analyses des eaux jour par jour et après chaque épisode pluvieux, souligne Belaïde Bedreddine. On n’a caché aucun chiffre. »