Ils ont encore du mal à voir ce que sera leur nouveau quartier. Le 24 juin dernier, environ 80 riverains du quartier Paul Brard, ont assisté à une réunion de présentation de l’opération de réhabilitation et de démolition de leur quartier, menée par le bailleur social des Résidences Yvelines-Essonne et le promoteur Cogedim.

Propriétaires comme locataires ont notamment pointé une augmentation d’un sentiment d’insécurité et des incivilités au sein du quartier et semblent pessimistes sur une amélioration de la situation, contrairement à la municipalité. L’incompréhension demeure également autour du projet de démolition de l’arche, les locataires ne pouvant être relogés dans les nouvelles constructions, à leur grand désarroi.

« Aujourd’hui, il y a environ 139 logements [sociaux] dans le quartier, détaille de la situation Nicolas Debeney, directeur immobilier des Résidences Yvelines-Essonne. On en aura à peu près 200 in fine puisqu’on en a 88 qui sont réhabilités et 110 construits. » De ­l’objectif qu’il poursuit, Laurent Brosse (DVD), maire, rappelle : « Nous voulons d’abord ouvrir le quartier et donner une image un peu plus résidentielle […]. » Nicolas Debeney complète : « Le premier élément c’est de développer la mixité sur le quartier […]. Cela passe par différentes propositions, une accession à la propriété, par des bâtiments en construction, c’est de l’accession sociale, … »

Une volonté affichée qui passe par la démolition de l’arche emblématique du quartier et des 51 logements qui la composent. Alors qu’est évoqué l’attachement des habitants à leur quartier, un riverain prend la parole. « Il y a des gens qui habitent là depuis plus de 40 ans, 45 ans pour un certain nombre d’entre eux, […] pour autant la seule chose qu’on leur a proposé aujourd’hui c’est vous partez on vous reloge à une autre extrémité de la ville, se désole-t-il. Pourquoi ne pas avoir relogé ces familles-là sur site ? »

En réponse, le directeur immobilier des Résidences Yvelines-Essonne, explique : « Ce n’est pas qu’on ne veut pas les reloger sur place, c’est qu’en fait, pour construire, il faut d’abord qu’on démolisse. » Si toutes les familles devaient être relogées sur place « il faudrait des projets montant jusqu’à 300 logements, poursuit-il. Mais à la demande du maire, nous avons baissé le nombre de logements. »

Président de la bonne entente, association de locataires, Lionel Santanna rebondit sur le sujet. « Nous sommes dans une relation, entre guillemets, de sachant-ignorant, parce qu’à aucun moment, lorsque le projet a été construit, on a été consultés, relève-t-il. Le projet fait, on nous a invité à venir écouter le projet, les résidents l’ont très mal pris. » Et demande à « remettre l’humain au coeur du projet », estimant que l’hostilité au projet résulte d’un manque de ­concertation.

Rappelant qu’il s’agit « de la troisième réunion qu’[il] anime sur le sujet », Laurent Brosse a toutefois reconnu : « Vous êtes habitués à une vie de quartier, là où on vous demande aujourd’hui de vous projeter, on n’a pas l’habitude, c’est difficile d’imaginer ce que sera le quartier. » Concernant l’insécurité, « je ne pense pas que la situation puisse être pire qu’aujourd’hui », note-t-il.

Auparavant, l’un des résidents d’immeubles faisait part de son mécontentement. « J’ai l’impression d’habiter dans les quartiers Nord de Marseille, déplore-t-il. Il y a un vieux de 82 ans, il s’est fait agresser devant chez lui. […] On ne peut même pas ouvrir les fenêtres parce qu’à partir de 22 h, la musique est à fond. » Une riveraine en maison individuelle abonde : « Un soir de regroupement, j’étais seule, j’ai des personnes qui sont rentrées dans mon jardin. On n’est pas forcément beaucoup plus en sécurité quand on est dans un espace clos. »

Pour la municipalité comme le bailleur, les efforts faits au niveau de l’aménagement des bâtiments réhabilités et des nouvelles constructions visent à améliorer la situation. « Le réaménagement peut non seulement contribuer à mieux intégrer le quartier Paul Brard dans la ville, et plus encore à limiter les phénomènes d’insécurité, souligne Laurent Brosse. On a souhaité limiter au maximum les espaces de confidentialité, limiter au maximum les impasses en fluidifiant la circulation. On aura des vues ­derrière les bâtiments. »