Après le déploiement du RER E, (projet Eole, prolongement du RER vers l’ouest, Ndlr) en 2024, deux trains normands soit les trains reliant Vernon à Paris Saint-Lazare et directs entre Mantes-la-Jolie et Paris pourraient s’arrêter en gare des Mureaux. C’est en tout cas ce qu’a annoncé mardi 24 septembre Xavier Gruz, directeur du projet Eole lors de la réunion publique aux Mureaux sur les travaux en gare. L’annonce de cette nouvelle desserte a créé la surprise pour les habitants comme pour le maire François Garay (DVG), qui s’est réjoui de la nouvelle.

Soutenue par la SNCF et le STIF, désormais Île-de-France mobilités, (organisme satellite de la Région en charge des transports, Ndlr), cette hypothèse de renforcement de la desserte grâce aux trains normands date du dossier d’avant-projet Eole de juin 2015. La Région Normandie exclut pourtant ce nouvel arrêt à court comme à long terme face à la Région Île-de-France qui garde tout de même en tête de négocier à l’avenir. Élus du Mantois et comités d’usagers étonnés restent eux prudents face à cette annonce, compte-tenu des récentes et tendues négociations ayant abouti à conserver les dessertes de Mantes-la-Jolie et Rosny-sur-Seine.

« La principale rupture d’offre, ou progrès d’offre ou le choc d’offre qu’on mettra en place, c’est l’arrêt de deux trains supplémentaires des trains dits normands », annonce Xavier Gruz, mardi 24 septembre devant une cinquantaine de Muriautins lors de la réunion publique s’appuyant sur un slide présenté en même temps. Sur le site internet dédié au projet Eole, un tableau présente également cette nouvelle offre de desserte s’ajoutant aux six trains par heure de pointe grâce aux RER E.

Peu de réactions de la part de l’assistance, mais Xavier Gruz l’assure, depuis Les Mureaux, Paris Saint-Lazare ne sera plus qu’à 25 minutes en train. « Vous aurez un train direct des Mureaux à Saint-Lazare. Deux par heure et là vous aurez un temps de parcours, que vous n’avez pas aujourd’hui pour aller à Paris Saint-Lazare », précise le directeur de projet de l’offre en 2024.

« Je n’étais pas très au courant non plus. S’il s’arrête aux Mureaux le train normand et qu’il va direct à Saint-Lazare ça vaut le coup quand même, réagit François Garay (DVG), l’édile muriautin, à la fin de la réunion. Je l’ai entendu mais je ne peux pas vous en dire plus. Mais c’est important ce qu’il a dit. »

« C’était une demande de la Région Île-de-France, c’est de dire que dès 2020 des trains normands pouvaient s’arrêter aux Mureaux donc on a dit non et ils ont accepté cette décision », précise la Région Normandie.

Une surprise similaire pour les élus du Mantois dont les gares sont déjà desservies par les trains normands et dont ils ont la plus grande ­difficulté à en conserver les arrêts. « Je ne sais pas, je l’apprends, ça ne me dit rien, ça serait des directs ? Ils feraient Rosny, Mantes, et ils feraient un arrêt supplémentaire aux Mureaux ? », s’interroge Pierre-Yves Dumoulin (LR), maire de Rosny-sur-Seine et vice-président à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) en charge des transports ce jeudi 26 septembre.

Pour Raphaël Cognet (LR), maire de Mantes-la-Jolie, rien de mieux que d’interroger le principal concerné à la fin du conseil communautaire, François Garay : « Tu es au courant des trains normands qui s’arrêteraient aux Mureaux en 2024 ? » L’édile muriautin se réjouit alors de cette nouvelle : « On a fait une ­réunion avec Xavier Gruz, c’était avant-hier. Donc ce qui a été dit c’est qu’il y aurait des trains tu sais des trains de Vernon […]. Si tu veux moi je prends pour argent comptant ce qu’il me dit. »

En guise de conclusion à la discussion Raphaël Cognet assène : « Si Xavier Gruz l’a dit, c’est que ça doit être vrai.» Avant d’indiquer son ressenti, plus personnel : « Si c’est basé sur des études solides on verra. Pour l’instant, rien ne laisse à penser que c’est le cas et en tout cas moi j’en ai jamais entendu parler […]. Valérie Pécresse nous a parlé des trains ligne J là il y a quelques jours quand elle est venue à Mantes, elle ne nous a jamais parlé de ça. ».

Même si cette annonce étonne le plus grand nombre, à la fin de la réunion du mardi 24 septembre Xavier Gruz précisait que cet arrêt supplémentaire pour les trains normands avait toujours été prévu pour compléter l’offre du RER E. « Si vous prenez le dossier d’enquête, le dossier d’avant-projet, il y a toujours eu le renforcement de l’offre prévu », explique-t-il.

Dans ce dossier, validé le 5 mars 2014 par la SNCF et le STIF et publié en juin 2015, consultable sur le site internet du projet Eole, le schéma de desserte à la mise en service du RER prévue à l’époque pour 2022 expliquait qu’il y aurait « un lien rapide en Seine Aval et vers La Défense et Paris, avec deux RER E semi-directs et deux trains semi-directs de Vernon s’arrêtant dans les grandes gares de Seine Aval ». Plus loin, l’évolution du schéma de desserte prévoyait que « au niveau des Mureaux, la desserte est augmentée de l’arrêt de deux TER Vernon ».

Contactée par La Gazette en Yvelines, la Région Normandie a été surprise de cette annonce. « Ce document, on en dispose mais pour nous il n’a pas de statut de notre point de vue, c’est-à-dire, qu’il n’a jamais été soumis aux élus normands et encore moins évidement validé, réagit-elle. Ça a toujours été dans le projet de la SNCF, soutenue par la Région Île-de-France, mais ça n’a jamais été validé ­officiellement par la Région ­Normandie. »

« Durant l’avant-projet du projet Eole qui a été fait en juin 2015, il était effectivement prévu […] deux trains par heure de pointe [aux Mureaux], sur la ligne Vernon-Paris Saint-­Lazare, […] et donc ce serait mis en place à partir de 2025 », explique de son côté Île-de-France mobilités du contenu du dossier d’avant-projet et de l’hypothèse de cette nouvelle desserte.

Cet arrêt supplémentaire des trains normands dans une gare francilienne avait même été abordé dès les négociations pour le service de 2020. « C’était une demande de la Région Île-de-France, c’est de dire que dès 2020 des trains normands pouvaient s’arrêter aux Mureaux donc on a dit non et ils ont accepté cette décision », précise la Région Normandie.

« Je n’étais pas très au courant non plus. S’il s’arrête aux Mureaux le train normand et qu’il va direct à Saint-Lazare ça vaut le coup quand même », réagit François Garay (DVG), maire des Mureaux.

Les négociations concernant cet arrêt supplémentaire pourraient reprendre malgré pour l’instant une position ferme du côté des Normands : « La position qu’on a tenu jusqu’à présent sur le sujet post-Eole, c’est que, à ce stade, on n’est pas favorable à plus d’arrêts à Mantes. Ça on l’a toujours dit et on le redit et on n’est pas favorable non plus à arrêter les trains aux Mureaux. Pour nous, c’est un point dur. »

Une volonté de renforcer la desserte aux Mureaux répondrait à différents besoins notamment liés au nombre de voyageurs en gare. « La nécessité de l’arrêt aux Mureaux pour pallier plein de problématiques, la charge dans la gare, tout ça, nous, il a été bien identifié, explique Île-de-France mobilités. Le besoin, il a été exprimé très tôt. Il a bien été pris en compte donc pour cette mise en service pour 2025 ».

« Si ça devait arriver, moi a priori, tout ce qui retarde les trains directs pour aller à Saint-Lazare me gène », souligne Raphaël Cognet. « Après ce que je dis aussi, c’est qu’aujourd’hui l’impact d’Eole personne n’est capable de le mesurer notamment sur les reports de charge, poursuit-il de son ­raisonnement. Est-ce-que les gens vont aller à la Défense par un tel biais ? Prendre d’autres trains ? Les gens ils sont très malins donc ils adaptent leurs trajets. »

Pour Pierre-Yves Dumoulin, l’arrêt supplémentaire qui serait bénéfique pour la communauté urbaine ne le serait pas forcément pour les Rosnéens, au niveau du confort des voyageurs : « Après, c’est un problème de montée parce que je ne sais pas où ils vont mettre les gens puisque ce train là risque d’être très utilisé parce qu’un Mureaux-Saint-Lazare ça mettrait quoi 25 minutes à peine donc ­évidemment ça va être blindé. »

Un confort dans les trains qui préoccupe également la Région Normandie. « La tendance, elle est à ce qu’il y ait de plus en plus de voyageurs et c’est bien », remarque la Région inquiète de l’avenir de la ligne et du confort des normands. « On est sur des infrastructures qui sont limitées et on a quand même des voyageurs qui payent des abonnements qui n’ont rien à voir, précise-t-elle parlant de pass Navigo à 75 euros contre des abonnements Paris-Vernon d’« au moins 300 voire 400 euros par mois ».

« Pour l’instant, c’est encore au stade de la négociation. Il n’a pas encore été décidé si ces trains seraient opérés par nous Île-de-France Mobilités ou bien si ce serait les TER de la Région Normandie donc c’est encore, hautement hypothétique », tient tout de même à nuancer Île-de-France mobilités.

Plutôt favorable à un nouvel arrêt en gare des Mureaux pour offrir un train direct aux Muriautins, Louis Gomez, président du comité des usagers des transports de l’ouest francilien reste tout de même prudent : « 2024, ce n’est pas une échéance à court terme, on ne sait pas dans quel contexte ça se ferait et avec quels moyens. »