L’initiative avait quelque chose d’inédit ce samedi 21 septembre en salle C de l’Agora. Une première réunion du conseil citoyen du quartier du Val Fourré a été organisée par Ramata Deme, une jeune habitante du quartier de 24 ans. Une réunion lancée après un été particulièrement lourd en termes de dégradations et de casse dans le quartier et un ­certain ras-le-bol.

« Si on est là aujourd’hui tous ensemble c’est pour qu’on puisse discuter ensemble de l’état de notre quartier, de l’état social, des évènements de cet été, présente-t-elle de la situation face à une petite quinzaine de personnes. Et aussi qu’on puisse discuter ensemble des solutions qu’on pourrait apporter pour accompagner nos jeunes ­aujourd’hui. »

La jeune femme ne souhaite toutefois pas que tous les jeunes soient pointés du doigt et mis dans le même panier et lors des échanges, plusieurs personnes proposeront d’aller les voir pour tenter d’entamer un dialogue. D’autres pointeront un manque de structures municipales dédiées, ou du moins un manque de communication autour de ces structures. Tous estiment en tout cas que parents, éducation nationale et mairie ont leurs ­responsabilités.

« On est bien conscients que le décrochage scolaire ne se fait pas au hasard, de manière automatique, ce n’est pas naturel, c’est un choix, pourquoi est-ce que les jeunes choisissent de délaisser l’école pour la rue », pose du problème Ramata Deme. « Je viens pour participer, essayer de comprendre ce qu’il se passe, on se sent tous concernés, réagit une ancienne habitante du quartier. Pourquoi à 14, 15 ans on est dans la rue en permanence et tout le monde trouve ça normal ? »

Une autre habitante, plus âgée, pointe elle des enfants dehors « dès l’âge de quatre, cinq ans. Ils sont où les parents ? » Elle évoque la disparition progressive du lien social entre les habitants d’un même immeuble : « J’ai connu l’époque où il n’y avait qu’un téléphone pour tout le quartier, on se connaissait tous. Aujourd’hui, il n’y a plus tout cela. » Une autre avance des pistes : « Il y a un décalage entre des parents qui sont parfois retraités et des adolescents de 15, 16 ans, ils peuvent se retrouver dépassés. » Une autre acquiesce : « Je ne pense pas que les parents soient contents de voir leurs enfants dehors. »

De jeunes vingtenaires évoquent elles des activités, des structures les ayant accueillies pendant les vacances scolaires, n’existant plus aujourd’hui. « Il n’y avait pas autant de structures à mon époque », souligne toutefois Mamoudou Ba, président de l’association Label histoire Mantes Val Fourré. Lui déplore « un manque d’instances représentatives, comme un conseil municipal des jeunes. Il faut les impliquer. » Un non ferme lui est opposé par le maire Raphaël Cognet (LR) : « Je ne pense pas que ce soit ces jeunes qui s’impliqueront si on lance un conseil municipal des jeunes. »

Une femme tient toutefois à nuancer ce tableau plutôt sombre : « Individuellement ils sont gentils […]. Des fois, quand ils sont en bas, il ne font rien de mal. » Une autre ajoute : « Ils n’ont pas forcément un mauvais fond. » Ce que Ramata Deme concède : « Un jeune peut être dehors, ce n’est pas le souci. […] Mais casser, brûler, ce n’est pas un moyen de communication viable. […] Ils sont en train de tirer un signal d’alarme. »

Les propositions d’aller les voir « sur le terrain » émergent alors, reste désormais à en définir la forme. « Il faut réinvestir la rue, recommande Mamoudou Ba. Si vous vous parlez, il y aura un cadre commun. » Reste toutefois à réussir à « briser la barrière », comme le relate Ramata Deme : « Cet été, je suis allée les voir pour essayer de les arrêter, de leur parler. Ils ne m’ont pas répondu, ils ne me voyaient pas, j’étais comme un ­fantôme. »