Le site de Seine-aval, plus grande station d’épuration d’Europe située sur les communes d’Achères, Maisons-Laffitte et Saint-Germain-en-Laye et gérée par le Syndicat d’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap), était une nouvelle fois au cœur de l’actualité la semaine dernière, à travers deux réunions publiques.

La première, organisée à Conflans-Sainte-Honorine lundi 14 octobre, était instaurée dans le cadre de l’enquête publique concernant le plan particulier d’intervention (PPI) dont habitants et élus avaient réclamé la mise en œuvre lors de l’incendie survenu le 3 juillet dernier et ayant entraîné panaches de fumées noires et la mort de plusieurs tonnes de poissons à cause du rejet d’eau non traitées dans la Seine.

Si les Conflanais présents ont une nouvelle fois déploré l’absence de communication et de mesures de protection, la préfecture a elle insisté sur le fait que l’incendie ne faisait pas partie des scénarios étudiés dans une étude de danger et déclenchant le PPI.

La seconde, organisée trois jours plus tard en préfecture de Saint-Germain-en-Laye, avait cette fois-ci pour but d’informer sur les deux visites d’experts survenues en septembre et octobre et notamment d’évoquer le lancement d’un audit de sécurité à la mi-novembre. Ses conclusions sont attendues pour le 30 juin prochain, mais un premier retour sur la détection incendie aura lieu le 28 février 2020. Si le Siaap et les services de l’État se veulent rassurants, l’inquiétude persiste face au site classé Seveso seuil haut.

La mise en place de ce PPI et l’ouverture d’une enquête publique avait déjà été évoquées lors de la réunion du 5 septembre dernier. « Ce document présente l’usine, les dangers qu’on considère liés à son activité, et les risques qui sont encourus par les populations avoisinantes de l’usine en cas d’incident et les mesures de protection de ces incidents contre ces risques directs et évidents qui peuvent intervenir », rappelle du contexte le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, Stéphane Grauvogel.

La rédaction des 90 pages de ce PPI a débuté après la remise de l’étude de danger réalisée par le Siaap à la préfecture, en 2016. « Une fois que ce travail est fait, cela prend environ un à deux ans, il y a une phase de consultation obligatoire », souligne Thierry Laurent, directeur de cabinet du préfet yvelinois et en charge de la rédaction du document.

Et alors que l’assistance demande pourquoi le PPI n’a pas été déclenché, il précise : « L’incendie du 3 juillet dernier était très visible depuis l’extérieur, mais pour autant cela ne justifiait pas le déclenchement du PPI. » Le PPI étant uniquement déclenché lorsque des effets évidents et immédiats sont ressentis à l’extérieur du site. « Ce qui s’est produit ne correspondait pas à l’un des scénarios de l’étude de danger, insiste le directeur de cabinet. Ce n’était pas un relâchement de chlore, ce n’était pas une explosion de biogaz ou de l’usine de méthanisation, c’était un incendie classique sur un site industriel. »

Un incendie « classique », dont la cause pourrait être liée à un court-circuit. « L’expert a localisé le départ de l’incendie au niveau des deux cuves qui étaient en maintenance au niveau des faits, précise un représentant du service expertise du Siaap. Il y a à ce jour une possible origine de feu électrique et trois équipements sont ciblés : deux dus au chantier, un cobra qui permet de ventiler et renouveler l’air à l’intérieur de la cuve, des éclairages de chantier et puis un chemin de câble qui appartient à l’installation. »

« Sous le signe le signe de l’urgence, j’apprécierai de façon libérale, au sens du contrôle légalité, si l’on ne passe pas par les appels d’offres classiques », indique le préfet yvelinois Jean-Jacques Brot, du lancement de l’audit.

Un troisième passage de l’expert est prévu au mois de novembre au sein de l’unité de clarifloculation, afin d’affiner cette hypothèse. « Vous n’avez pas des éléments d’alerte, lorsqu’il commence à se dégager des chaleurs suspectes ? » relève le maire de Maisons-Laffitte Jacques Myard (LR). La réponse de Yann Bourbon, directeur du site Seine-aval, semble presque ironique : « Certains de nos équipements, compte-tenu de l’année de leur conception, même si là c’était les années 1990, il n’y avait pas de détection incendie. […] Nous avions réalisé un schéma directeur des incendies qui prévoyait la mise en place d’une détection incendie en 2020 dans ce bâtiment. »

Parmi les objectifs de l’audit, un retour est prévu pour le 28 février prochain concernant spécifiquement cette question de la détection incendie, demandé par la secrétaire d’État au ministère de l’écologie, Emmanuelle Wargon. Les réactions suivant cette annonce, notamment par la lenteur des travaux font bondir Belaïde Bedreddine, président du syndicat d’assainissement : « Chaque année sur les routes de France, il y a 4 à 5 000 morts. Les vieilles voitures n’ont pas les équipements de sécurité d’aujourd’hui. […] Les usines étaient aux normes quand elles ont été construites, il y a eu une évolution ensuite. Il y avait une étude, en 2020 elle devait être remise aux normes, on ne peut pas dire que c’est un site tout neuf, c’est inacceptable. […] On ne met pas une usine aux normes aussi rapidement qu’on écrit un tweet. »

Sentant les esprits s’échauffer, le préfet des Yvelines Jean-Jacques Brot appelle à se « départir de ces postures de regrets, de nostalgie, d’accusation » et coupe court : « On réglera d’éventuelles questions de sensibilité ultérieurement. Dans ces réunions nous voulons marcher pour construire concrètement un environnement meilleur. » Pour cela et accélérer le lancement de cet audit, il précise de la marche qu’il compte suivre. « Sous le signe de l’urgence, j’apprécierai de façon libérale, au sens du contrôle légalité, si l’on ne passe pas par les appels d’offres classiques cela ne me gêne pas quand il y a des questions de sécurité impérieuses », précise-t-il.

Pour autant, Patrick Menon, vice-président d’Yvelines environnement demande : « Puisqu’on parle d’un audit avec résultats en fonction des urgences […], ce que je souhaiterai savoir c’est est-ce qu’on va procéder à des remises à niveau au fur et à mesure que l’on constatera des dérives importantes ou est-ce qu’on va attendre les conclusions générales de l’audit pour réparer les problèmes ? » La première option semble privilégiée par Jean-Jacques Brot : « L’entreprise s’engage à améliorer les choses au fur et à mesure. »

Le processus de la communication entre exploitant, services de l’État, maires et habitants, vivement décrié le 3 juillet dernier, a aussi été revu. Alors qu’auparavant, seul le Siaap était responsable de l’information lorsqu’un incident survenait au sein du site sans conséquence extérieure, dans le cadre d’un plan d’opération interne (POI), le préfet prendra désormais « à son compte l’information des maires quand il y a un POI de déclenché […] en leur confirmant qu’il y a quelque chose de visible mais qu’on n’est pas dans le déclenchement d’un PPI et qu’il n’y a pas lieu de décliner les mesures de sauvegarde de la population », détaille Thierry Laurent à Conflans-Sainte-Honorine.

Comme pour l’incendie du site Lubrizol près de Rouen (Seine-Maritime) le 26 septembre dernier, les Conflanais ont demandé à ce que soit accessible la liste des réactifs chimiques utilisés. « Il y a deux produits principaux, dont le mélange est incompatible, le chlorure ferrique et l’eau de javel, répond Henri Kaltembacher, chef de l’unité départementale de la direction régionale et interdépartementale de l’environnement. Plus exactement, l’accident de référence [pour déclencher le PPI] qui est craint c’est ce mélange, un nuage de chlore, aujourd’hui on dit dichlore. » Une nouvelle réunion devrait avoir lieu durant le mois de décembre en sous-préfecture de Saint-­Germain-en-Laye.