C’est une sirène d’alarme qui a été activée le 16 octobre par 26 chefs de services pédiatriques d’Île-de-France via un communiqué de presse. L’Agence régionale de santé (ARS), les doyens de faculté, les syndicats d’internes et la coordination de médecine générale a relevé à 327 le nombre de postes ouverts aux internes dans les services de pédiatrie ­franciliens contre 204 l’an passé.

Du fait de cette augmentation, bon nombre de postes dans les centres hospitaliers de grande couronne n’ont pas été pourvus, provoquant l’inquiétude de ces chefs de services sur la prise en charge à venir des jeunes patients à partir du 4 novembre, date du début des stages.

En passant de sept à 12 postes offerts au centre hospitalier ­François Quesnay à Mantes-la-Jolie, aucun n’a été attribué contrairement à l’année précédente. Même résultat pour le centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (Chips) où aucun des dix postes d’internes de médecine générale en pédiatrie n’a été pourvu.

« Depuis quelques années, les internes de médecine générale semblent déserter les services de pédiatrie de la grande couronne au profit de ceux [de Paris] ou de la petite couronne, plus proches de leurs domiciles avec moins de contraintes de travail », remarque le docteur Philippe Blanc, chef du service pédiatrique au Chips. Ce constat est partagé par Béatrice ­Pellegrino, son homologue mantaise au centre ­hospitalier François Quesnay qui ajoute : « Il y a aussi des services en petite couronne de Paris qui se retrouvent avec trop d’internes parce qu’on leur a ouvert un nombre de postes qui ne correspond pas non plus à leur besoin dans les services. »

Contactée, l’ARS reconnaît le problème. Pour y remédier, « une réunion de crise » a eu lieu le 14 octobre. « L’idée est que les services qui accueillent le plus d’internes puissent prêter main forte aux services en difficulté sur la base du volontariat des internes concernés, affirme l’ARS des solutions envisagées. Cette démarche doit permettre de faire jouer la solidarité et de répondre aux besoins de l’ensemble des territoires. »

Ni Béatrice Pellegrino ni Pascal Blanc ne croient en cette solution. Ils auraient préféré l’annulation de la décision. Elle est impossible juridiquement. « Ça me paraît déraisonnable de fermer les services des urgences, déclare ­Béatrice Pellegrino en songeant à la façon dont elle gérera son service dont les urgences enregistrent 20 000 ­passages annuels. Ce serait un risque sanitaire majeur. Ça veut dire qu’il va falloir annuler nos consultations pédiatriques en journées, reporter des interventions chirurgicales, annuler tout et ne faire que les urgences et les hospitalisations d’urgences sur un semestre entier. On est très inquiets de cette situation […]. Il va y avoir des répercussions sur les conditions de prises en charge de maladies variées en service de pédiatrie. »

« Il nous faut recruter dans l’urgence des internes de pédiatrie étrangers qui voudraient venir se former en France », affirme Pascal Blanc pour tenter de limiter au maximum les répercussions du manque d’internes sur les urgences pédiatriques qui ont enregistré 25 000 passages en 2018 et qui connaissent une progression annuelle de 3 %. Si Béatrice Pellegrino reconnaît cette nécessité, elle ajoute néanmoins que cela « prendr[a] plusieurs semaines pour qu’ils ­arrivent ».