Il suffisait de voir le visage fermé de Catherine Arenou, ce lundi 4 novembre, devant le chapiteau de l’Arche, incendié durant le week-end dernier, pour comprendre le choc qui a frappé Chanteloup-les-Vignes. Ce n’est seulement qu’une fois les mots de tristesse posés que les traits de la maire (DVD) s’assouplissent, laissant, au fil des gouttes d’eau transparaître un demi-sourire. Comme pour symboliser que le temps des heurts et des flammes est désormais révolu.

Dans la soirée du samedi 2 novembre, les habitants du quartier de la Noé ont été les témoins d’affrontements entre les forces de police et une trentaine de jeunes, « dont la plupart étaient cagoulés», comme le rapporte le parquet de Versailles dans un communiqué de presse.

C’est aux alentours de 19 h, que la bande masquée aurait, selon le préfet Jean-Jacques Brot, mis intentionnellement le feu à des poubelles dans « l’intention de tendre un guet-apens » aux agents de police et aux pompiers, rapporte Le Monde, car « dès leur arrivée, les forces d’intervention ont été la cible de projectiles et de cocktails Molotov ». Dans le même temps, le bureau d’information jeunesse, centre d’accueil pour les jeunes de 15 à 25 ans, était vandalisé et aspergé d’essence dans le but d’y être incendié, sans succès.

Il suffisait de voir le visage fermé de Catherine Arenou, ce lundi 4 novembre, devant le chapiteau de l’Arche, incendié durant le week-end dernier, pour comprendre le choc qui a frappé Chanteloup-les-Vignes.

Vers 22 h, c’est l’Arche, résidence de la Compagnie des contraires qui propose toute l’année des activités de découvertes des arts circassiens aux enfants et adolescents des quartiers en politique de la ville qui était ravagée par les flammes. « Un drame » pour la maire de la ville, Catherine Arenou : « C’est le travail de toute une équipe qui œuvre pour les jeunes depuis plus de 20 ans qui a été mis en pièces et celui de toute une collectivité qui a construit un bâtiment pour les ­recevoir », déplore-t-elle.

Une émotion partagée par Neusa Thomasi, fondatrice et directrice de la Compagnie des contraires qui confie que la structure a déjà été victime des incivilités dans le passé : « Je ne dirais pas qu’on l’a vu venir, mais ce genre de quartier c’est des cocottes-minutes : on ne sait jamais quand les problèmes vont survenir », souffle Neusa Thomasi.

« Il y a quelques années, c’était des agressions verbales, ensuite les pneus crevés, et puis notre camion qui avait brûlé. Je pense que ces personnes ne comprennent pas notre travail, c’est la seule explication », rajoute la fondatrice de la compagnie artistique installée sur la commune yvelinoise depuis 28 ans.

Ironie du sort, l’Arche avait été inaugurée en juin 2018, comme un message positif envoyé aux incendiaires de l’école maternelle Roland Dorgelès, détruite par les flammes dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2018. Le bâtiment rouge et jaune d’une superficie de 600 m² et d’un coût de 900 000 euros était perçu comme le « symbole » représentant « l’évolution de la ville », se réjouissait à l’époque Catherine Arenou.

L’Arche avait été inaugurée en juin 2018, comme un message positif envoyé aux incendiaires de l’école maternelle Roland Dorgelès, détruite par les flammes dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2018.

Si l’identité des auteurs des faits, reste encore à découvrir, deux jeunes, dont un mineur âgé de 17 ans, ont tout de même été « interpellés et placés en garde à vue », selon un communiqué du parquet de Versailles. Au cours de ces affrontements deux policiers auraient été blessés. Selon Le Parisien, deux enquêtes distinctes ont été ouvertes et confiées respectivement à la sûreté départementale des Yvelines et au commissariat conflanais. « Les auteurs seront retrouvés et punis » a assuré sur Twitter Jean-Jacques Brot.

Si les tensions étaient toujours latentes depuis plusieurs mois entre jeunes et forces de l’ordre, difficile de connaître les raisons ayant poussé à l’incendie de l’Arche. L’une des hypothèses avancées par Catherine Arenou comme d’autres membres de son entourage serait la démolition prochaine de l’immeuble de trois étages et de 20 logements dans le cadre du projet de rénovation urbaine et de construction de cité éducative. L’immeuble est situé place du Trident, connue pour ses trafics de stupéfiants et également à proximité de l’ex-école maternelle Dorgelès, prise plusieurs fois pour cible car servant de planque aux forces de l’ordre.

« C’est la triste réalité lorsque vous faites de la rénovation urbaine », explique Pierre Bédier (LR), le président du Département. « Depuis le temps qu’on réclame qu’on remette les banlieues à l’ordre du jour, il ne faut pas s’étonner qu’il se passe des phénomènes comme ça. Ces individus ne sont pas dans le raisonnement, mais dans la colère. Il faut redonner de l’énergie, des projets et des moyens dans les quartiers », insiste-t-il.

C’est aux alentours de 19 h, que la bande masquée aurait, selon le préfet Jean-Jacques Brot, mis intentionnellement le feu à des poubelles dans « l’intention de tendre un guet-apens » aux agents de police et aux pompiers, rapporte Le Monde.

Ce 4 novembre, Catherine Arenou, entourée de Pierre Bédier (LR), chiffrait le montant des dégâts à près de 1,6 million d’euros. Une masse financière à laquelle il faudra rajouter tout le matériel de cirque perdu dans le brasier. « C’est aussi la destruction de trente ans d’histoire et d’objets en tous genres qui appartenaient à la Compagnie des contraires, regrette Catherine Arenou. Si l’on met tout bout à bout, on va vraisemblablement multiplier l’enveloppe de 2018 par deux. » Une charge impensable pour la commune qu’est Chanteloup-les-Vignes, c’est pourquoi Pierre Bédier a annoncé, ce lundi, que le Département se tenait prêt à supporter l’intégralité de la charge financière pour reconstruire le « même bâtiment en moins d’un an ».

Catherine Arenou pourra ­également compter sur un soutien du Département pour s’entourer davantage. « Nous allons nous entretenir sur les besoins de Chanteloup-les-Vignes en termes de médiation, de prévention et s’il faut investir pour que la ville bénéficie d’agents de police municipale pour agir la nuit, nous le financerons aussi », affirme Pierre Bédier.

« Lorsque ces cités populaires sont confrontées à cet « océan de conneries », nous serons là aux côtés des maires quels qu’ils soient ». Un soutien largement salué par Catherine Arenou, même si l’élue divers droite n’a pas attendu le président du département pour réagir : « Avant même cette annonce, j’ai embauché, ce matin, un médiateur supplémentaire, confie l’élue. Maintenant, on va retravailler les équipes et les missions pour que le maillage préventif soit encore plus efficace. »

Durant le week-end et ce lundi encore, les témoignages de soutien ont afflué en direction de la maire et de la fondatrice de la Compagnie des contraires. Lors d’un déplacement en Seine-Saint-Denis, le premier ministre Edouard Philippe (LREM) a condamné les actes « d’une petite bande d’imbéciles et d’irresponsables ». Le gouvernement a déployé les grands moyens puisque trois ministres, Nicole Belloubet pour la justice, Christophe Castaner pour l’intérieur et Julien Denormandie en charge de la cohésion sociale étaient attendus ce mardi 5 novembre pour faire un état des lieux.

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