« Il n’y a eu qu’une seule question pendant ces ateliers, c’est : quelle est votre bibliothèque idéale ? » Le 12 novembre dernier, à la médiathèque des Mureaux, Pascal Desfarges, directeur de l’agence Retiss, a présenté les conclusions des quatre ateliers organisés à Poissy, Nézel, Les Mureaux et Mantes-la-Jolie par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) entre septembre et octobre.

Ces ateliers avaient pour but de sonder habitants et professionnels sur leurs critères que devrait avoir cet équipement idéal en se basant sur quatre axes : les nouveaux usages, dont le numérique, la participation citoyenne à la vie de cette bibliothèque-médiathèque, la création de lien social et le partage des compétences, savoir-faire.

Situés dans des communes différentes, les ateliers ont permis de faire émerger certaines spécificités propres à leurs villes, mais plusieurs demandes ont été ­largement plébiscitées par tous, notamment des horaires d’ouverture élargis en semaine et le week-end, voire la nuit et l’instauration d’espaces de restauration. Des actions « modestes », seront ainsi menées dans les prochains mois a souligné Cécile Zammit-Popescu (LR), maire de Meulan-en-Yvelines et vice-présidente en charge de la culture à la communauté urbaine.

« On voulait réfléchir, faire émerger des idées », souligne Hélène Beunon, directrice de la lecture publique au sein de la communauté urbaine. En parallèle, elle souligne qu’un travail de « modernisation » est en cours, de même qu’un projet de « portail commun » au sein des différentes médiathèques de GPSEO, afin « que les documents puissent venir aux lecteurs ». Un chantier qui devrait s’étaler durant trois ans.

Si les trois grandes communes ont chacune leur médiathèque, à Nézel, la situation était un peu différente le 24 septembre dernier. « J’ai demandé à ce qu’on organise un atelier car nous avons un projet de bibliothèque, ça me paraît intéressant de savoir ce que les gens souhaitent », détaille de la démarche le maire sans étiquette Dominique Turpin. « C’est d’autant plus intéressant, car nous sommes dans un petit village, il peut y avoir moins de services », analyse Hélène Beunon.

À Mantes-la-Jolie comme à Poissy, on se concentre sur une médiathèque comme outil d’accompagnement aux personnes les plus fragiles pour les impôts, les démarches administratives, ou encore l’aide aux devoirs ou aux seniors.

Et justement à Nézel, on demande avant tout que la médiathèque soit un lieu de rassemblement et de diffusion de concerts, d’opéras, de films voire d’évènements sportifs. « On pourrait installer une fan-zone, par exemple pour la Coupe du monde », fait ainsi remarquer lors de cet atelier Christine, ­bibliothécaire.

Lors du premier atelier s’étant déroulé le 17 septembre à la médiathèque Christine de Pizan à Poissy, les demandes des participants s’orientaient vers le confort : « Je rentre dans la médiathèque je dois m’y sentir bien, zen, c’est la première chose que vous attendez. » Est ainsi souhaitée une ouverture élargie, un espace restauration voire même de pouvoir amener son plat chaud. « C’est très très affirmé », poursuit Pascal ­Desfarges.

Pour autant, il ne sera pas possible de mettre tout en place, prévient Cécile Zammit-Popescu. « Cette question est problématique, reconnaît la vice-présidente à la culture de la possibilité de mettre en place des horaires élargis. Pour ouvrir, il faut des agents et c’est ce qui coûte le plus cher, c’est un point sur lequel je me dis aujourd’hui ce n’est vraiment pas envisageable. »

La communauté urbaine gère actuellement deux médiathèques, celle des Mureaux et celle de l’école nationale de musique et de danse de Mantes-la-Jolie. « Avec de petits moyens on peut faire évoluer les lieux, fait-elle remarquer. Le simple fait de poser une machine à boisson, une machine à gâteaux et de pouvoir sortir lire dans le jardin avec sa boisson c’est tout bête, ça ne coûte pas très cher et on est déjà dans l’idée de détente. »

Aux Mureaux, « la nature est au coeur du projet : ateliers de sensibilisation à l’écologie, jardin partagé, collection de plantes, créations de parfums, cours et atelier autour des odeurs, collections d’odeurs, ateliers d’oenologie, ateliers de dégustation, de culture et du goût […] tisanerie », énumère Pascal Desfarges. « On n’est pas dans le même environnement », note Hélène Beunon.

À Mantes-la-Jolie comme à Poissy, on se concentre sur une médiathèque comme outil d’accompagnement aux personnes les plus fragiles pour les impôts, les démarches administratives, ou encore l’aide aux devoirs ou aux seniors. À Poissy, il est également proposé d’intégrer des initiations au codage, à la programmation, ou encore des conseils sur l’utilisation des réseaux sociaux.

« J’ai demandé à ce qu’on organise un atelier car nous avons un projet de bibliothèque, ça me paraît intéressant de savoir ce que les gens souhaitent », détaille de la démarche le maire sans étiquette Dominique Turpin.

La question de l’intégration de la médiathèque au sein de la ville en elle-même, voire des alentours s’est également posée lors de ces ateliers et pour justement toucher un plus large public. Et aux Mureaux les idées, même les plus insolites ne manquent pas, pour réaliser des actions en dehors des murs.

Une bibliothécaire propose ainsi de réaliser des collections spécifiques à installer dans les quartiers en politique de la ville, des lectures en plein air. Du côté de Mantes-la-Jolie, les participants sont également favorables à des actions disséminées dans toute la ville, avec pourquoi pas « des vélos qui se ­promènent avec des caissons de livres ».

Dans chaque atelier, les participants demandent à ce qu’un travail soit fait sur l’espace et le mobilier afin d’être dans un espace aéré, plus chaleureux. « Il y a une demande de coussins, de plaid, d’un mobilier de couleur, d’une organisation spatiale aérée, la géolocalisation des documents, tout est fluide », ­synthétise Pascal Desfarges.

« Je suis étonnée que le cadre soit si important, souligne à Nézel, Lucienne, enseignante à la retraite. Cela doit rester un lieu de culture. » Mais cette image austère serait synonyme d’un certain manque d’attractivité. « Il faut que les gens qui rentrent dans la médiathèque restent » lui opposera Marie-Paule, éducatrice spécialisée, parlant ­notamment des jeunes.

Reste désormais à faire un travail sur la place du livre au sein de la médiathèque. « l’ADN d’une ­bibliothèque c’est ses collections et donc à quoi servent ces collections […] À quoi sert le livre, comment il s’utilise ? », interroge ainsi Pascal Desfarges. « Il y a des livres on voit bien qu’il ne sont jamais sortis, il faudrait les enlever », pointait Gérard, retraité du Mantois, lors de l’atelier à Mantes-la-Jolie le 3 octobre. « Il faut faire du tri », note Pascal Desfarges.

De quoi provoquer un petit pincement au coeur pour cette bibliothécaire : « Si on commence à les enlever, ils seront encore moins empruntés. » Et alors que l’intervenant recommande de valoriser des collections liées aux thématiques contemporaines, comme la transition écologique, elle objecte : « Les livres de cuisine, les archives, monographies d’art, trucs écolos permaculture ça sort très peu et je pense que ce n’est pas vivant, on fait des tables de suggestions, mais ça ne prend pas… […]. On a des collections qui végètent bien qu’elles soient ­ultra-connectées au monde actuel. »

Tous les ateliers ont toutefois insisté sur la notion de partage entre usagers et professionnels et entre usagers eux-mêmes par l’organisation de Repair-café, d’ateliers d’échanges, de conférences sur des thématiques données, des ateliers d’écriture et de slam. « Il faut une nouvelle formation des bibliothécaires car il y a une importance du lien social, insiste Pascal Desfarges. Ce qu’il faut rechercher comme première compétence chez une bibliothècaire, c’est l’humain, le fait d’aimer les autres. »