Régulièrement, La Gazette se fait l’écho des incidents impactant la ligne J et plus particulièrement la branche J5 allant de Mantes-la-Jolie à Paris Saint-Lazare en passant par Poissy. Empruntée tant par les Transiliens que les trains normands, faisant l’objet de travaux dans le cadre du prolongement du RER E à l’Ouest, les sources de perturbations sont nombreuses, ce qu’Île-de-France mobilités, organisme satellite de la Région en charge des transports, reconnaît. Cependant, l’actualité récente et à venir est une source d’inquiétude pour les associations d’usagers suivant la ligne, qu’elles soient présentes depuis peu ou plusieurs décennies.

En septembre dernier, l’association Plus de trains a en effet décidé de s’ouvrir à la branche J5, en commençant par le secteur de Poissy et la mise en service du centre de commandement déporté pisciacais (voir encadré). De son côté, le très implanté Comité des usagers de l’Ouest francilien, présent sur un secteur allant de Bréval à Mantes-Station s’inquiète des conséquences à venir de la mise en place de la nouvelle grille horaire et du nouveau cadencement à partir du 15 décembre prochain et demande la mise en place d’un comité de ligne.

Sur le blog de la ligne J, on avance une « explication structurelle » pour expliquer les aléas qui se sont particulièrement accrus ces derniers mois. « Le manque de performance et les difficultés répétées sont ainsi principalement causés par les fortes contraintes de la ligne », précise-t-on, avant d’énumérer ces dernières : « Des voies partagées avec les lignes Normandes […], un nombre de circulation très important en heures de pointe, avec un train toutes les quatre minutes […], un contexte de travaux toujours très important […], des trains ­vieillissants. »

Sur ce dernier point, la présidente de la Région Île-de-France et d’Île-de-France mobilités, Valérie Pécresse (Libres), rappelait lors d’un petit-déjeuner de ligne en septembre dernier à propos de l’arrivée des nouvelles rames Franciliennes et des bénéfices attendus : « Sept rames arrivent […]. C’est complètement différent de rentrer dans un train qui est neuf, qui est confortable, […] ça apaise tout de suite […] Un train neuf ça tombe beaucoup moins en panne et il y a beaucoup moins de maintenance. »

Lors de ce petit-déjeuner, la création d’un comité de suivi pour la ligne a également été évoquée. Si cette initiative peut constituer « un plus » selon Louis Gomez, le président du Comité des usagers de l’Ouest francilien créé il y a 28 ans (également conseiller municipal à Bonnières-sur-Seine, Ndlr), elle n’est que « curative », ­ajoute-t-il.

Lui demande la mise en place d’un comité de ligne. « Si on veut faire circuler des trains dans la vallée de la Seine, il faut avoir une vision qui va de Saint-Lazare jusqu’à Rouen (Seine-Maritime), explique-t-il. Si on tronçonne, c’est évident que chaque maire préfère desservir ses propres citoyens. Il faut une conception de l’ensemble de la ligne, sans tirer d’un côté ni de l’autre, dans une démarche solidaire. »

Du côté de Plus de trains, l’heure n’est pour le moment pas à la revendication. Dans un message posté sur son compte Twitter le 18 novembre dernier, l’association recherche des « volontaires pour venir contribuer, témoigner, remonter les informations du terrain ». Il est possible de contacter l’association à l’adresse [email protected]mail.com.

« Le manque de performance et les difficultés répétées sont ainsi principalement causés par les fortes contraintes de la ligne », précise-t-on sur le blog de la ligne J.

Du processus, Arnaud Bertrand, son président, détaille : « Notre démarche c’est de ne pas intégrer plus d’une ligne par an. Il faut trouver des gens qui prennent le train, qui sont partants pour être bénévoles, nous relayer, ne pas juste être dans la critique, que ce ne soit pas des gens qui aiment juste les trains ou qui ont des ambitions ­politiques, … »

De cette ouverture à la ligne J, que l’association qualifie d’en « piteux état », Arnaud Bertrand souligne : « On voyait qu’il y avait des problèmes et qu’on avait des personnes qui nous disaient depuis un certain temps pourquoi vous ne regardez pas la ligne J, et donc on se lance. » Et si l’association attend des remontées d’usagers de terrain, elle peut déjà regarder du côté de ­Villennes-sur-Seine.

Durant la matinée de ce lundi 25 novembre, l’association Advenir Villennes, présidée par Pierre-François Degand (LREM), adjoint villennois, a distribué des tracts pour dénoncer les conditions de transports. « Avant, les incidents c’était de temps en temps, résume-t-il de la situation. Maintenant c’est deux à trois fois par jour et pas seulement le matin, mais aussi le soir. C’est devenu l’enfer. […] Il faut maintenant prendre deux trains d’avance. » Trois-cents signatures ont été enregistrées ce matin-là. Le président de l’association envisage également d’écrire au ministre des transports, au président de la République et également à la SNCF.

« Pourquoi effectivement ne pas se regrouper », souligne-t-il lorsque la présence récente de Plus de trains est évoquée. « Le but c’est d’avoir une bonne connaissance du terrain, qu’on découvre un peu les problématiques, qu’on voit les sujets qui sont communs, précise Arnaud Bertrand du travail potentiel avec d’autres collectifs. Il faut arriver avec une approche unie, quand il y a des associations qui œuvrent depuis un certain temps le but n’est pas de prendre leur place, le but est de dire que nous avons un intérêt commun. »

L’expérience du terrain est un motif crucial pour Louis Gomez, « vétéran » de ces discussions sur les problématiques récurrentes de la ligne J. « On a eu des demandes pour s’étendre au-delà de Mantes, on a refusé, fait-il remarquer. Après, il y a un risque d’être hors-sol. » Il n’est toutefois pas opposé à la création de « passerelles » entre différents collectifs.

À Plus de trains, on insiste sur le fait que les dysfonctionnements constatés suite à l’installation du centre de commandement déporté à Poissy confortent l’association dans sa prise de position. « On a eu une réunion à Saint-Lazare, détaille Arnaud Bertrand. Pour le moment, il n’y a pas de mesures qui sont prises car c’est du rôdage selon eux. » La SNCF se montre en effet rassurante sur la fin de ces dysfonctionnements dans les semaines à venir (voir encadré).

Louis Gomez redoute pour sa part l’arrivée de deux évènements importants durant le mois de décembre : la grève annoncée pour le 5 décembre et la mise en place de la nouvelle grille horaire pour l’année 2020, qui devrait être lancée au 15 décembre. « Cela va être catastrophique, prévient-il. Quand on met en place un cadencement, on rajoute des trains on fragilise la grille horaire, il faut plusieurs mois de rôdage. »

Le comité demande le report de cette nouvelle grille horaire et a envoyé un courrier à Valérie Pécresse en ce sens. « Au regard du manque récurrent de matériel, la situation va encore s’aggraver car il y aura plus de trains en circulation avec moins de matériel, y est-il indiqué. Ce qui signifie qu’il risque d’y avoir des trains encore plus courts et une cascade de suppressions de trains par manque de matériel. » Contactés, Île-de-France mobilités et la Région n’ont pas pu répondre dans les délais impartis à la ­publication.

Incidents en cascade suite à l’installation du nouveau poste de commandement

Le week-end du 1er novembre, la circulation des trains a été interrompue pendant 72 h afin de permettre le lancement du poste de commandement déporté pisciacais pour « unifie[r] la gestion des circulations entre Achères et Vernouillet qui étaient auparavant gérées par trois postes de circulations distincts », explique le site internet de la ligne J.

Dans une vidéo dédiée, la direction du projet Eole (prolongement du RER E à l’Ouest francilien, Ndlr), souligne que ce PCD peut désormais « commander tous les aiguillages simultanément, de façon centralisée, en temps réel, pour accroître la régularité des trains ».

Mais dans les jours qui ont suivi, les incidents se sont plutôt enchaînés suite à cette mise en service, les blogs des ligne J et du RER y revenant dans des billets datés du 15 et du 21 novembre. « Les premiers jours qui suivent ce type de mise en place sont particulièrement délicats et nous le savions, reconnaît-on sur le blog de la ligne J. Certaines dispositions avaient donc été prises pour anticiper les difficultés comme la réduction du nombre de circulations sur cette zone pendant les heures de pointe des deux premières semaines. »

Dès le 4 novembre, un « dysfonctionnement des balises de contrôle de vitesse ainsi qu’un décontrôle d’aiguille à Maisons-Laffitte » sont recensés peu avant 7 h du matin. Ce décontrôle empêchait la bonne communication entre le PCD et l’aiguillage, occasionnant « une rupture de l’interconnexion à Nanterre-Préfecture », souligne le blog du RER A, et interrompant la circulation jusqu’à 14 h. Plusieurs incidents de ce type seront rencontrés les 5,6, 8, 12 et 21 novembre sur les deux lignes, engendrant des perturbations de plusieurs heures durant la pointe.

Le 13 novembre, c’est une alarme incendie qui se déclenche dans les locaux du PCD, neutralisant de fait la circulation des trains durant 45 minutes. « Le PCD, ayant été mis en service récemment, est en phase de rodage et les difficultés qu’il rencontre sont réparées au fur et à mesure, comme par exemple les problèmes d’alarmes intempestives. », indique-t-on sur le blog du RER A, précisant que la ponctualité de la branche pisciacaise avait été ces deux dernières semaines de « 78,9 % ».