« Monsieur, ce que vous faites c’est du bénévolat, mais c’est quoi vos avantages ? » Le ton est donné ce jeudi 5 décembre, dans les locaux de la protection civile, rue du Général de Gaulle. Par son public, la formation aux gestes de premier secours de niveau 1 (PSC1) du jour est légèrement différente de d’habitude pour Arnaud Sepval, président de la ­protection civile yvelinoise.

Cinq adolescents âgés de 16 à 17 ans, hébergés au sein de l’unité éducative d’hébergement collectif d’Aubergenville et leur trois éducateurs ont pris place autour d’Arnaud Sepval. Depuis l’année dernière, une convention a été signée entre la protection civile et l’établissement de placement éducatif et d’insertion du Nord Yvelines, géré par la protection judiciaire de la jeunesse dont dépend le site aubergenvillois, afin de ­proposer aux adolescents hébergés et sous le coup d’une décision de justice des activités autour de la citoyenneté apour favoriser leur insertion.

« Les jeunes encadrés de leurs éducateurs suivront un cursus qui leur permettra de donner de leur temps bénévolement et de participer activement à certaines missions » détaillait des objectifs le communiqué de presse lors de la signature de cette convention en décembre 2018. Certains jeunes ont ainsi déjà participé à une collecte au bénéfice de l’association, ou se sont occupés de l’accueil d’une inauguration organisée par cette dernière. Le prochain objectif pour Arnaud Sepval est qu’après cette formation, plusieurs d’entre eux assistent à une maraude auprès des sans-abris.

Les deux parties devaient trouver leurs marques, les adolescents n’ayant plus forcément l’habitude d’une journée de type scolaire et le président de la protection civile n’intervenant pas forcément depuis très longtemps auprès du public. Cependant, à la fin de la journée, tous l’avaient trouvée intéressante, même s’il restait compliqué pour les jeunes de se projeter dans un véritable engagement bénévole au sein de l’association.

«  L’avantage, on va se parler clairement, c’est quand tu cherches un boulot, répond Arnaud Sepval à R (*)., des avantages à s’engager dans la protection civile. Lorsque vous allez passer du secourisme, il y a des choses qui sont sous-entendues, parce que l’employeur qu’est-ce qu’il va voir […] ? Vous savez gérer l’urgence, vous savez travailler en équipe et vous avez aussi la capacité de bien gérer le stress. » D., poursuit sur la lancée : « Si on fait protection civile, c’est payé ? » La réponse du président de la protection civile yvelinoise le fait vite déchanter : « La majorité non, pour être moniteur de premier secours, […], il faut que tu fasses cinq ans de bénévolat avant d’être moniteur. »

Arnaud Sepval, relève toutefois un point et rassure les adolescents : « Vous êtes des secouristes citoyens, on ne vous demande pas la lune. »

Avant d’attaquer la théorie et la pratique, la question de l’emploi fera l’objet de plusieurs interrogations de la part des adolescents. « Le partenariat qui se met en place, il y a une logique de réseaux derrière, quand Sébastien (un des éducateurs, Ndlr) envoie des CV, on fait des relais », détaille Arnaud Sepval. « Tu peux me trouver un travail ? » rétorque D. . « On va faire le nécessaire », lui répond Arnaud Sepval.

Avant d’aborder malaises, arrêt cardiaques, transmission de l’information, il fait un premier rappel. « Je vais aussi vous apprendre à comment vous vous protéger, il ne faut pas tomber dans le délire d’être un [guerrier], et je dois aller sauver tout le monde, sauf si vous voulez une médaille à titre ­posthume », indique-t-il.

Il donne un exemple : « Même pour nous en intervention, il nous arrive parfois de ne pas intervenir. Une personne qui se jette à l’eau et qu’on le voit plus dans l’eau, on ne saute pas, on va juste repérer le dernier endroit où on l’a vu. » Dans l’assistance, un peu de déception. « Ah, on ne va que parler là », soupire un adolescent.

Mais bien vite, les questions affluent, notamment sur les secours qu’ils ont pu voir au travers de différents médias. « Une fois j’ai vu à la télé, ils lui ont fait un trou dans la gorge et mis un stylo pour qu’elle [la victime] puisse respirer … », commence R.. « C’est une trachéotomie, reprend Arnaud Sepval, en donnant le terme technique. On ne fait pas ça, c’est le médecin qui le fait. J’ai vu ça une fois sur un accident de la route, j’ai cru que j’allais faire un malaise. »

Au travers de cette formation, le formateur tente également de faire de la prévention, avec plus ou moins de succès. « J’ai déjà vu des crânes explosés par terre, des gens leurs intestins ils sont ouverts », détaille N. à propos d’un accident de moto dont il a été témoin. Là-dessus, Arnaud Sepval insiste : « Ça arrive souvent quand vous ne portez pas votre casque en fait. Nous on a ramassé un jeune dans un quartier, on l’a ramassé parce qu’il était en train de faire un rodéo à moto sans casque, la police l’a arrêté une fois, il a dit non c’est pas grave, et malheureusement le jeune est tombé, la tête a tapé par terre et il est mort. »

Une heure et demie plus tard, il est temps de faire une pause. Et Arnaud Sepval est plutôt satisfait. « Je préfère les former eux que [certains autres groupes], se réjouit-il. Là les questions qu’ils posent ça se voit qu’ils connaissent et animer un groupe comme ça, je demande ça tous les jours. » Pour autant, motiver ces jeunes à se lever et à venir à Poissy n’était pas chose aisée selon Sébastien, un de leurs éducateurs et bénévole administratif au sein de la protection civile. « Vous vous rendez compte, ils se sont levés pour être là, ce n’est pas quelque chose qui est acquis, souligne-t-il. Là ils sont tous volontaires […]. Tout ce qui est aide à la population, ils y sont assez sensibles. »

Il ne s’agit en effet pas de la seule action bénévole à laquelle participent les adolescents. « On fait déjà des actions citoyennes avec les Restos dans l’entrepôt des Clayes, on intervient sur la distribution à Vernouillet, précise l’éducateur. Quelque part, pour moi, ça rentre dans des actions citoyennes qui les valorisent, généralement les bénévoles les valorisent. Souvent ils sont en binôme avec un bénévole, ça arrive qu’un jeune prenne en charge tout seul la distribution. Là, si ça ouvre des vocations à la protection civile, tant mieux. »

« C’est intéressant, c’est toujours bien d’avoir de la connaissance, ça faisait longtemps, je ne me souvenais plus ce que c’était la position latérale de sécurité », souligne R.

Cette formation rentre dans le cadre du travail mené au sein de l’unité éducative d’hébergement collectif aubergenvilloise « sur le lien avec leur famille, la scolarité, l’insertion, sur la santé, leur hygiène de vie et leur rythme de vie, alimentation, prendre des repas à des heures régulières, ça va loin, se laver le matin, prendre une douche après le sport », énumère Sébastien. Certains montreront des signes d’impatience à l’approche de l’heure du midi ou de la fin de journée. « Ils n’ont plus forcément l’habitude de rester assis toute la journée, comme dans une salle de classe », note Sébastien.

Cependant, s’il peut être difficile de motiver ces adolescents, placés à Aubergenville par une décision de magistrat, il peut aussi être compliqué pour certains bénévoles de s’adapter à ce public, plutôt inhabituel. « Au départ le partenariat devait être signé dans un autre département, mais ils ont eu un peur de ne pas maîtriser, précise Arnaud Sepval, qui est pour le moment le seul dans les Yvelines à dispenser la formation dans le cadre de ce partenariat. Pour le moment, j’ai dit que je m’en occupais. […] Le but c’est de rendre ce partenariat national, c’est un peu un ­laboratoire. »

Après deux heures et demie de théorie, il est désormais temps de passer à la mise en situation. J. est le premier à passer, il doit s’occuper de Cédric, son éducateur, en train de faire un accident vasculaire cérébral et paralysé d’une moitié du corps. « Il y a un jeune homme de 12 ans à terre, il prend pas de traitement, il se sent pas bien, il est actuellement à terre, il est conscient, détaille-t-il lors de son faux appel passé aux secours. Il n’arrive plus à bouger sa main droite et il a un mal de crâne. »

Une fois la mise en situation passée, J. confie s’être senti « un peu stressé, mais je pense avoir bien fait ». Un bon point que lui accorde également Cédric, même s’il regrette que l’adolescent « ait tout de suite agi sans me demander ce que j’avais ». J. le reconnaît : « Avant de le mettre par terre j’aurais dû lui dire bonjour, le rassurer, parce que dans la rue on ne se connaît pas. » Arnaud Sepval, relève toutefois un point et rassure les adolescents : « Vous êtes des secouristes citoyens, on ne vous demande pas la lune. »

Sur les huit à passer cette formation PSC1, tous l’obtiendront, à leur plus grande satisfaction. « C’est intéressant, c’est toujours bien d’avoir de la connaissance, ça faisait longtemps, je ne me souvenais plus ce que c’était la position latérale de sécurité », souligne R. Si lui aimerait poursuivre une formation dans la cuisine, il sait que « cette formation peut servir tout au long de la vie ».

À ses côtés, N. acquiesce : « Je n’avais jamais vu tout ça, j’étais en première transports. Je sais que ça peut servir, j’ai des petites sœurs, tout ça … » Difficile toutefois pour eux de se projeter dans un véritable engagement au sein de la protection civile. Pour la prochaine action et les intéresser davantage, Arnaud Sepval envisage de faire participer certains adolescents à une maraude ou de leur faire visiter le centre opérationnel de ­Versailles.

(*) Afin de garantir leur anonymat, seule l’initiale du prénom des personnes mineures est indiquée dans cet article.