« On vous prend au sérieux au TCPM ! », s’enorgueillissait le Tennis club de Mézy-sur-Seine au moment d’annoncer, dans le bulletin municipal de septembre, l’arrivée d’un nouveau professeur de tennis de « très bon niveau ». Présenté comme un entraîneur polyglotte, le prétendu préparateur physique et mental était en réalité un escroc. Le 19 novembre, l’homme, âgé de 33 ans, a été interpellé sur les courts mézièrois après que le club l’ait d­énoncé à la police.

Alexandre Louis, le président du club de tennis, n’a pas mis longtemps avant de démasquer le faux prof de tennis qui se faisait appeler « Enricko ». Ce dernier avait été recruté le 15 septembre dernier pour donner des cours aux adhérents. La particularité de l’association yvelinoise voulait que l’entraîneur soit mis à disposition par le club, mais que chaque élève règle ses cours directement avec celui qui le dispensait. L’homme de 33 ans, réclamait ainsi près de 150 euros par tête et par trimestre. Un montant conséquent, mais qui semblait être le gage d’une formation de grande qualité. Cependant, sur les courts, le niveau de jeu du trentenaire a laissé plus d’un adhérent perplexe.

« Il se disait classé -30 (c’est-à-dire proche du top 100 Français Ndlr), mais ça ne collait pas du tout, explique Alexandre Louis, qui était lui-même l’un de ses élèves. Face à nous, ça lui arrivait fréquemment de ne pas réussir à renvoyer la balle. » Selon le président du club, l’entraîneur aurait même conseillé à ses élèves de changer leur façon de tenir la raquette pour les affaiblir et éviter que ses lacunes ne soient trop visibles.

Sur le site internet tennisexplorer.com, qui répertorie les joueurs de tennis et leurs résultats, un profil correspondant à celui du suspect a été identifié par La Gazette. Sur celui-ci, on retrouve les résultats d’un fameux « Enricko » entre 2007 et 2010. Si aucune ligne n’indique le classement du joueur à cette époque, le tableau des rencontres ne fait état d’aucune victoire sur les vingt-quatre matchs qu’il aurait disputé durant ces quatre ans.

« Pour beaucoup d’adhérents ça ne passait pas », rapporte Alexandre Louis, expliquant que son club a perdu plus de la moité de ses effectifs dont « une bonne partie à cause de la pauvreté des cours qu’il proposait ». Le club qui comptait plus de 150 licenciés en début de saison, n’en relève aujourd’hui qu’à peine soixante.

Commençant à soupçonner une supercherie, le dirigeant lui a demandé sa carte professionnelle. « Il avait toujours une bonne excuse, affirme Alexandre Louis. Comme il ne me l’a jamais donnée, j’ai moi-même contacté la Direction de la jeunesse et des sports d’Occitanie, pour vérifier la régularité du diplôme d’État qu’il m’avait présenté à l’embauche : on m’a répondu qu’il ne figurait pas dans les fichiers. »

Le 14 novembre dernier, le président a donc déposé une plainte au commissariat des Mureaux pour escroquerie. Mais ce dernier était loin de se douter que l’entraîneur, qu’il était venu dénoncer, n’en était pas à son coup d’essai. Les investigations des enquêteurs ont relevé que l’homme, était « connu des services pour des faits similaires ». Selon une source policière, ce dernier avait déjà été mis en cause pour s’être attribué un faux diplôme d’haltérophilie.

Les policiers découvrent qu’il encaissait les chèques des licenciés sur son propre compte au lieu de le faire sur celui de sa société. De plus, il s’avérait que le prévenu menait la même arnaque avec un club de tennis de Créteil (Val-de-Marne), où il ne déclarait aucun revenu.

Le 9 décembre, sur le site internet du tennis club de Créteil Mont-Mesly, le faux prof de tennis figurait toujours, encarté de son Brevet d’État imaginaire, parmi l’équipe pédagogique. Contactée, la présidente du club assurait « ne pas avoir connaissance de cette affaire ». Cela dit, cette dernière se montrait moins sévère avec l’escroc présumé : « De notre côté, nous sommes satisfaits de son travail avec les enfants du club. »

Un son de cloche qui trouve plus ou moins résonance lorsqu’on retrace le parcours du tennisman itinérant. En effet, La Gazette a retrouvé plusieurs clubs dans lesquels « Enricko » a dispensé ses cours. Et la liste de ceux-ci pourrait laisser penser que le faux prof de tennis ciblait en priorité des clubs modestes, présentant des difficultés à trouver des entraîneurs, comme c’était le cas à Mézy-sur-Seine. En Seine-Maritime, dans le club de tennis des Grandes-Ventes, Romuald Roger, le président, a lui aussi embauché « Enricko » en 2013 avant que celui-ci ne s’évapore au bout d’une année. « Après lui avoir dit qu’il ne serait pas payé s’il ne me présentait pas son diplôme, je ne l’ai jamais revu », témoigne le président normand. « C’est difficile de trouver un entraîneur lorsqu’on dirige un petit club, la fédération ne nous aide pas beaucoup sur ce terrain-là », ­ajoute-t-il.

Plus récemment, c’est le club breton de Servon-sur-Vilaine (Ille-et-Vilaine) qui avait été démarché, la saison dernière, par l’entraîneur sans diplôme. Régis Quatreboeufs, le président, se souvient d’un éducateur « un peu baratineur » mais dont les enfants et les parents semblaient apprécier le coaching. « On ne l’a pas gardé, car il était trop cher pour nous, visiblement on a bien fait », ­souffle-t-il.

Interpellé le 19 novembre dernier, le faussaire de la balle jaune a été placé en garde à vue. La fouille de sa voiture a permis de mettre la main sur vingt-deux chèques d’adhérents, pour un montant de 3 463 euros. Il sera jugé le 20 avril prochain par le tribunal correctionnel de Versailles pour « escroqueries », « faux et usage de faux », « usurpation de diplôme » et « exécution d’un travail dissimulé ».

Le TC Mézy va se constituer partie civile au nom de ses adhérents, tout comme la CAF, la CPAM et le Trésor public. « Il a trahi notre confiance et profité de nos adhérents, j’espère que le club pourra s’en remettre », regrette le président qui espère parvenir à recruter un nouvel entraîneur, ­honnête cette fois-ci.