Sénégalais, Portugais, Camerounais, Antillais, et Tamouls (population vivant entre l’Inde et le Sri Lanka Ndlr), tous étaient rassemblés, dimanche 5 janvier, à l’église Saint Jean-Baptiste, située au Val-Fourré, pour les célébrations de l’Epiphanie. Réunis autour d’un buffet sur les marches de l’église fraîchement rénovée, certains découvraient encore l’éclat de la nouvelle façade, tandis que d’autres continuaient de se délecter du nouveau parvis, ­entièrement réaménagé par la Ville.

« On peut enfin être fier de notre église », lançait une paroissienne. « Maintenant je peux envisager de me marier ici. C’était impensable il y a quelques mois », ajoutait une autre. C’est dire si ces travaux de rénovation, débutés en mai et achevés en novembre 2019, étaient attendus par les fidèles du quartier du Val-Fourré.

Une façade entièrement repeinte, une porte monumentale de près de six mètres de hauteur, ouvrant sur le nouveau parvis, ainsi qu’une imposante croix chrétienne apposée au pied des marches du bâtiment… À l’occasion de son cinquantième anniversaire, l’église mantaise a retrouvé de sa superbe, venant conforter sa place de lieu de culte et d’acteur du dialogue inter-religieux dans le quartier.

Et pour cause, « au Val Fourré, l’église a toujours tenu une place particulière », rappelle le père Matthieu Williamson, le prêtre de la paroisse. Érigée au même moment que son quartier, dans le cœur vivant de celui-ci, à la fin des années 1960, l’église Saint Jean-Baptiste était clairement marquée par le temps. « À mon arrivée en 2014, mon prédécesseur, Philippe Potier, avait déjà engagé des démarches pour réaliser des travaux à l’intérieur, on est dans la continuité », poursuit le prêtre. Entre 2015 et 2018 l’église du Val-Fourré avait vu notamment son chœur, sa chapelle et son ­système de chauffage retravaillés.

Dimanche 5 janvier, les célébrations de l’épiphanie ont rassemblé des paroissiens de tout horizon.

Restait donc au père Matthieu Williamson à imaginer l’extérieur du lieu de culte qui laissait encore à désirer. « Les façades étaient très sales, certaines personnes urinaient même sur les murs. Probablement car, de l’extérieur, la lisibilité de l’église n’était pas forcément claire pour tout le monde », suppose le curé.

De ce triste constat, « l’objectif principal était de rendre le site plus remarquable », explique Benoît Ferré, l’architecte du projet de rénovation, dans un entretien vidéo publié le 24 mai par les Chantiers du Cardinal, le principal financeur du projet, et relayé par le site internet du doyenné de ­Mantes-la-Jolie, ­catholiquemantois.com.

« En règle générale, tous les huit ans, chaque diocèse peut demander notre appui pour « un grand projet » », explique Alice Fabre, directrice des Chantiers du Cardinal, du procédé du groupement d’intérêt économique qui a pioché dans les dons qu’il perçoit pour financer 300 000 des 388 000 euros que nécessitaient les réalisations. Le quart restant a été supporté par le diocèse de Versailles.

« Il y a quelques temps, certains paroissiens ressentaient un sentiment d’injustice, en comparant le visage de l’église à ceux des autres lieux de cultes situés à proximité, expliquait Véronique Tshimanga, paroissienne et adjointe au maire en charge de l’environnement. Aujourd’hui nous sommes très fiers de venir prier ici, les gens vont ­pouvoir s’approprier le lieu. »

Un objectif qui semble déjà en marche à l’image de cette paroissienne qui confie à Véronique Tshimanga, qu’après avoir vu le résultat des travaux, elle avait changé son testament pour que ses funérailles ne se déroulent, non plus à Sainte-Anne, dans le quartier voisin de Gassicourt, mais à Saint Jean-Baptiste : « C’est un symbole fort ! », commentait l’élue mantaise qui mettait également en lumière la diversité culturelle de sa paroisse.

« Ici on rencontre des Togolais, des Sénégalais, des Antillais […] on a même plus envie de prendre l’avion on a les cultures sous la main, s’amuse t-elle. C’est la définition même du vivre ensemble, car on apprend rien à se diviser par origine. Cette église nous offre l’opportunité de chanter dans toutes les langues, c’est une richesse qu’on ne soupçonne pas. » Des échanges entre cultures différentes qui ont aussi encouragé le père Matthieu Williamson à se rendre en Afrique pour rencontrer, sur place, les différentes communautés qu’il croise au quotidien sur le parvis.

Avec une façade entièrement repeinte, une toute nouvelle porte ainsi qu’une imposante croix chrétienne plantée devant le bâtiment, l’église mantaise a retrouvé de sa superbe.

En parallèle des travaux menés par la paroisse, la municipalité, elle, s’est chargée de réaménager le parvis de l’église, qui était jusque-là un parking anarchique en cul-de-sac, afin que celui-ci « corresponde en terme de couleur et ne dérange plus la pratique du culte », commente Raphaël Cognet (LR), le maire de Mantes-la-Jolie. L’édile se réjouit « que la population entière, et pas seulement la communauté catholique, semblait contente des rénovations. C’est très positif ça veut dire que l’enjeu de coexistence pacifique des religions se passe très bien et c’est un beau symbole pour la ville ».

Désormais, les dimanches, jour de marché au Val Fourré, le parvis de l’église offre un espace aéré avec du mobilier urbain et de l’éclairage au bout des étalages. Une place qui trouve tout son sens puisqu’elle est située entre la Grande mosquée de Mantes-la-Jolie et la mosquée Othmane, dans un quartier multiculturel qui fut l’un des premiers à parler de dialogue ­islamo-­chrétien.

Un échange s’est aussi inscrit au cœur des célébrations des 50 ans de l’église Saint Jean-Baptiste, entre le 24 novembre et le 1er décembre 2019, avec la représentation de la pièce de théâtre Pierre et Mohamed. « C’était notre manière de participer à cette fête », sourit Mohamed Aït Saghir, le trésorier de la Grande mosquée de Mantes-la-Jolie et responsable du dialogue islamo-chrétien du Mantois.

« C’est le genre de relation qui ne se monte pas du jour au lendemain, c’est un travail sur plusieurs décennies », explique le père Williamson de la démarche. À Mantes-la-Jolie, les premiers échanges intercultes remontent aux débuts des années 1970, avant la construction de la Grande mosquée. Si aujourd’hui le dialogue est toujours là, il a pourtant bien évolué.

« Avant les années 1990, les échanges se cantonnaient aux cérémonies officielles, alors qu’aujourd’hui il y a un vrai groupe qui se réunit régulièrement, précise Mohamed Aït Saghir. Le dialogue s’est aussi agrandi puisqu’au fil des années, d’autres communautés l’ont rejoint. » C’est le cas de la mosquée Othmane, des associations musulmanes de Mantes-la-Ville et de Limay, de l’église protestante mantaise, et la paroisse de Sainte-Anne de ­Gassicourt.

Ensemble ils organisent désormais de nombreuses activités annuelles comme celle du 18 janvier prochain, où chrétiens et musulmans du Mantois réalisent, pour la quinzième année consécutive, une importante collecte au profit de la banque alimentaire devant les enseignes Carrefour Contact de Mantes-la-Ville, Monoprix et Val Prim de Mantes-la-Jolie, les Halles de Limay, et Auchan à Buchelay.

L’heure du clocher devrait sonner

Au Val-Fourré, la transformation de l’église Saint Jean-Baptiste ne devrait pas en rester là. La paroisse mantaise prévoit déjà d’y faire installer un clocher pour travailler cette fois sur la visibilité sonore du bâtiment. Selon les Chantiers du Cardinal, l’enveloppe du projet est estimée à 730 000 euros. « Ce sont des dépenses importantes, le diocèse aura aussi un regard attentif sur ce projet », indique le prêtre Williamson, tout en confiant que, si aucun agenda prévisionnel n’est encore à l’ordre du jour, « l’idée est actée. De notre côté, nous avons lancé une souscription auprès des Mantais afin d’être en mesure de financer trois cloches ». Restera donc à solliciter d’autres organismes pour financer le réceptacle de celles-ci. « Tout l’intérêt de ce projet est de mettre en valeur cette église pour lui donner toute sa place au Val-Fourré », souligne le prêtre.