Chaque dimanche matin, en hiver, le choc des balles de baseball sur les battes résonne au gymnase Lécuyer à Mantes-la-Jolie. Ce lieu accueille, durant la saison hivernale, le club de baseball local, Les démons de Mantes-la-Jolie, qui délaisse son terrain extérieur situé au niveau de la butte verte au profit du gymnase. Le 22 décembre, parmi la dizaine de joueurs présents à l’entraînement ce jour-là, on y trouve quelques femmes. Pour le président du club, Jean-Marc Vincendet, sur la « vingtaine de licenciés » que compte le club, « quatre » seraient des femmes. Elles partagent le championnat en Régionale 3 aux côtés de leurs coéquipiers ­masculins.

« Vu le nombre relativement faible de joueurs en France (10 678 licenciés en baseball-softball en 2013, ndlr), organiser des rencontres mixtes est une évidence, déclarait en 2013 Ghislaine Éthier, l’entraîneuse nationale de l’équipe de France au journal Le Monde. Si vous avez cinq garçons et quatre filles, vous ne pouvez faire ni une équipe masculine ni une équipe féminine [car le baseball se joue à neuf]. Mais tous ensemble ils peuvent jouer ! ».

À en croire Ghislaine Éthier, cela expliquerait pourquoi la fédération française de baseball et softball aurait autorisé la mixité au sein des clubs recensés sur le territoire national. Lorsqu’on interroge Jean-Marc Vincendet sur ce sujet, il date cette décision à une « dizaine d’années » seulement. « J’ai ouvert le club ici il y a trente ans, se souvient-il. Il y a trente ans, il n’était pas question de pouvoir faire jouer une fille dans une équipe d’hommes. Ce n’était même pas ­envisageable ».

Clémence, une joueuse de baseball de 36 ans qui pratique ce sport aux Démons de Mantes-la-Jolie depuis environ cinq ans, se félicite en tout cas d’une telle évolution. « C’est même vachement plus agréable d’être dans une équipe mixte plutôt que masculine ou féminine, déclare-t-elle lorsqu’on l’interroge sur d’éventuelles difficultés de cohabitation. On est plutôt chouchoutées parce que c’est assez nouveau d’avoir des filles avec des garçons ».

Alors qu’elle pratiquait autrefois le softball, une variante du baseball essentiellement plébiscitée par un public féminin, à Paris, Clémence reconnaît à demi-mots que la mixité peut favoriser la bonne entente au sein d’une équipe. « C’est la mentalité qui m’a fait arrêter le softball, se remémore-t-elle. Parce que, justement, il y avait une sorte de tension entre les filles. C’est pour cela que j’avais arrêté ».

En ce qui concerne les remarques éventuellement machistes qui pourraient être faites à l’encontre des joueuses du club, Jean-Marc Vincendet nie en connaître l’existence. Interrogée sur ce sujet, Clémence est du même avis puisque c’est justement cette bonne ambiance qui l’aurait poussée à s’inscrire dans une équipe mixte de baseball. « Il n’y avait pas [avec les hommes] de « tu es une fille, tu ne vas pas pouvoir lancer, tu ne vas pas pouvoir frapper ». Non. Ils n’ont pas fait de différences […]. Et là, c’est impressionnant, on est de plus en plus de filles donc c’est agréable [d’être mélangés]. En cinq ans, il y a eu une évolution ­exceptionnelle […] ».

Si le nombre de licenciées adultes augmenterait progressivement dans le club de baseball des Démons de Mantes-la-Jolie, Jean-Marc Vincendet déplore néanmoins qu’en raison d’un manque d’« effectif suffisant », il n’a « malheureusement pas cette année d’équipe d’enfants » en raison notamment d’un « manque de ­médiatisation » de ce sport.