Alors que s’approche le premier tour des municipales, un article de Libération daté du mardi 3 mars pose la question : Mantes-la-Ville restera-t-elle dirigée par le Rassemblement national ? « A priori on est partout en situation de repasser (dans les villes gagnées en 2014, Ndlr) … Sauf à Mantes-la-Ville », souligne le quotidien, citant un cadre du parti.

La Gazette avait déjà donné la parole aux cinq candidats à la mairie pour faire le bilan des six ans de mandature du maire sortant, Cyril Nauth (voir notre édition du 5 février). Dans un débat organisé par France 3 Paris-Île-de-France, les adversaires de Cyril Nauth avaient une nouvelle fois déploré sa gestion de la ville, son manque d’investissements et d’émergence de grands projets, et la baisse de la qualité des services publics, tandis que le maire sortant, lui, se satisfaisait de ne pas avoir augmenté les impôts locaux.

Cette fois, La Gazette s’attarde sur les programmes des cinq candidats : Amitis Messdaghi (EELV), pour Printemps de Mantes-la-Ville, Eric Visintainer (Libres) de Mantes en Mouvement, Sami Damergy (SE, soutenu par LREM et le Modem), de l’Union pour Mantes-la-Ville, Romain Carbonne (liste de gauche) pour Nous Mantevillois et enfin Cyril Nauth pour Rassemblement pour ­Mantes-la-Ville.

Les quatre premiers ont pu notamment détailler les axes de leurs programmes lors de réunions publiques, ou de meetings, le maire sortant a, quant à lui, préféré présenter les axes forts de sa campagne lors d’une conférence de presse ce samedi 7 mars, et ne fera pas de réunion publique. Il espère toutefois « battre le record » de l’élection municipale de 2014, où il avait obtenu 2 027 voix au second tour à l’issue d’une ­quadrangulaire.

Pour ne pas qu’une telle situation ne se reproduise, l’association Villa’joie avait invité dans ses locaux route de Houdan ce lundi 2 mars les quatre candidats « républicains » pour qu’ils puissent présenter aux habitants les trois mesures les plus fortes de leur programme. Le deuxième objectif de cette réunion réunissant parents et jeunes des différents quartiers était de faire signer une charte de désistement aux quatre candidats en faveur de la liste la mieux placée pour n’avoir que deux listes au second tour, dans l’hypothèse où le maire sortant serait en tête.

En fin de semaine dernière, trois candidats avaient confirmé ou signé cette fameuse charte dont le texte était : « Je soussigné [nom du candidat], candidat tête de liste de [nom de la liste] aux élections municipales de Mantes-la-Ville des 15 et 22 mars 2020 atteste sur l’honneur me désister au second tour au profit de la première des quatre listes républicaines arrivée en tête afin de faire barrage à l’extrême droite et de ne pas revivre le ­scénario des ­élections de 2014. »

En fin de semaine dernière, seul Sami Damergy avait accepté de signer la liste sans conditions, Eric Visintainer ayant signé mais avec une possibilité de s’unir de même qu’Amitis Messadghi, cette dernière proposant la constitution d’une « liste unique » rassemblant à la fois « la future majorité municipale […] » et « la future opposition républicaine, issue des listes qui n’adhéreront pas au projet de la liste arrivée en tête au premier tour ».

« A priori on est partout en situation de repasser (dans les villes gagnées en 2014, Ndlr) … Sauf à Mantes-la-Ville », souligne un article de Libération du 3 mars, citant un cadre du Rassemblement national.

« Ce soir c’était un rassemblement républicain, on voulait éviter ce qu’il s’était passé en 2014, [l’] abstention et savoir le positionnement de chaque candidat, détaille Nabyl Mechaal, président de l’association Villa’joie, fondée en 2014 et faisant partie des associations n’ayant pas reçu de subventions. C’était un test pour voir s’ils allaient mettre leurs egos de côté et voir si au deuxième tour ils feront face à leurs ­responsabilités. »

Car s’il y a bien une chose que la trentaine de Mantevillois réunie ce soir-là pointe du doigt ce sont « les problèmes d’egos » ayant conduit au maintien des deux anciennes maires Monique Brochot (PS) et Annette Peulvast (DVG) en 2014, désormais colistières respectives d’Amitis Messdaghi et Sami Damergy. Des signatures à l’issue de la soirée du 2 mars, Sofiane El Khilaly, président de Villa’joie se montrait plutôt mitigé : « On a eu deux [candidats] sur quatre […] mais on ne perd pas espoir parce que y a pas eu de refus catégorique. […] Ils ont dit clairement qu’ils feront barrage au ­Rassemblement ­national. »

L’un des points forts de la soirée portait aussi sur le positionnement des candidats vis-à-vis des associations. « Il n’y a qu’un candidat issu des associations, il est là, assène Sami Damergy, l’ancien président du FC Mantois. Ce n’est pas parce qu’on se retrouve en mairie qu’on ne va pas écouter les associations, bien au contraire. » Pour Eric Visintainer, le niveau de subventions des associations augmentera mais sous certaines conditions : « Le but ce n’est pas de dire on va redonner du fric à tout le monde, le but c’est de bien cibler et subventionner les associations qui ont un projet pour les jeunes, les associations qui ont un projet pour la culture, le sport. »

Amitis Messdaghi considère, elle, que les associations sont « des expertes dans leur domaine » et s’engage à travailler avec elles pour « le mieux-être de tous ». Romain Carbonne propose de « gonfler » le budget afin d’être « raisonnable pour une ville de 20 000 habitants ». Il envisage de dédier un service au sein de la mairie pour « permettre de faire rampe de lancement et accompagner les projets » et envisage que les demandes de subventions se fassent sur trois ans « pour limiter les effets de stress d’année en année et avoir des ­projets plus ­ambitieux ».

Des propositions que le maire actuel juge clientélistes. « On n’a jamais cherché à s’immiscer dans la vie des associations », lance Cyril Nauth. Parmi l’un de ses projets phares, l’élu envisage de rénover le bâtiment des Alliers de Chavannes, pour un montant compris entre un et deux millions d’euros, pour le mettre à disposition des associations « sérieuses », dont le club de l’amitié qui ­bénéficiera de locaux ­permanents.

L’association Villa’joie demandait également aux quatre adversaires de Cyril Nauth quels étaient les trois axes de leur futur programme municipal. Sami Damergy souhaite en premier miser sur la réussite scolaire, en équipant les enfants dès la maternelle de tablettes numériques et les salles de classes de tableaux numériques interactifs, une position qu’il avait affichée devant environ 250 personnes le 20 ­février dernier. « On a chiffré ça fait un ­million d’euros, détaille-t-il du coût. On sait qu’on aura 700 000 euros par le CD et 150 000 euros par la Caf et le reste par la Ville. »

Pour Eric Visintainer, l’une des priorités est de créer « une cellule d’aide à la recherche d’emploi », gérée par les services de la mairie pour aider « les gens de tous âges pour trouver un emploi, et pas que les jeunes, faire un CV, préparer les entretiens, mettre en contact avec Pôle emploi, avec les sociétés d’intérim du territoire ». Amitis Messdaghi souhaite elle mettre en place une « maison des femmes » à ­destination des victimes de violences conjugales. « Ce serait un lieu d’accueil et d’écoute pour que les femmes victimes puissent libérer leur parole parce qu’il y en a énormément qui se taisent, souligne-t-elle. […] Il en va de l’honneur de tous les Mantevillois de défendre ce type de projet. »

Le deuxième objectif de cette réunion réunissant parents et jeunes des différents quartiers était de faire signer une charte de désistement aux quatre candidats en faveur de la liste la mieux placée pour n’avoir que deux listes au second tour, dans l’hypothèse où le maire sortant serait en tête.

Remonter les effectifs travaillant dans les crèches familiales est un engagement pour Romain Carbonne. « On sait quelles sont les priorités, avance-t-il. Des amplitudes horaires plus importantes, cela crée de l’emploi, les parents peuvent déposer leurs enfants un petit peu plus près de chez eux, ça crée du lien, ça rassure les parents. » Tous envisagent d’accorder une plus grande importance aux centres de vie sociaux en élargissant les horaires d’ouvertures et en proposant de nouvelles activités pour en faire des lieux de rencontres. Du côté du maire sortant, scolaire, rénovation et entretien du patrimoine sont une priorité, de même que la création de deux espaces verts à l’intersection des rues de la Ravine et des Plaisances et en lieu et place de l’ancien local du club de l’amitié.

« Qu’est ce que vous comptez faire si vous n’arrivez pas premier des quatre candidats républicains ? » La question fatidique est posée et est plus qu’attendue par les habitants. Mais face à eux, les réactions des quatre candidats sont différentes, même si tous affirment vouloir barrer la route au maire sortant. « En alimentant un flou artistique vous êtes en train de nous faire craindre 2014 », assume une mère de famille de ses attentes.

Sami Damergy est le premier à qui la question est posée et il y répondra sans hésiter : « On se désiste, maintenant s’il y a une liste avec laquelle on peut éventuellement s’entendre sans que ça crée de problèmes on le fera, nous on ­raisonne Mantes-la-Ville. »

Mais l’imprévisibilité de ce ­premier tour est un facteur important pour tous les candidats. Eric Visintainer lui se dit « ouvert à tout », en fonction des résultats du dimanche 15 mars. « Je prendrai la meilleure solution, ça peut être s’allier avec le deuxième, me retirer ou s’allier avec le quatrième ou ­cinquième », explique-t-il.

Les « responsabilités » de la gauche ont été prises assure Amitis Messdaghi : « Vous avez une union large de la gauche dès le premier tour. Vous avez l’opportunité de voter utilement pour des gens qui vont vous défendre […] et on vous propose un projet fédérateur. » Elle s’engage à faire son « maximum » pour qu’il n’y ait que deux listes au second tour, se disant prête à « donner ses flèches » à la liste la mieux placée, sous les ­applaudissements.

Cependant, elle ne signera pas la charte sur place, au grand dam des présents. « Je m’engage à l’emmener à mon collectif, je ne m’engage pas sans leur accord », partage-t-elle de ce choix, le public lui reprochant un manque de cohérence avec sa déclaration précédente. Dans un courrier envoyé à Villa’joie, elle détaille sa position : « Je m’engage au nom de Printemps de Mantes-la-Ville qui m’en a donné mandat, à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter une triangulaire et favoriser la constitution d’une seule liste face au RN lors des élections du second tour du 22 mars 2020. »

« Je comprends que tout le monde soit en train de flipper. […] En aucun cas on ne laissera la moindre chance au RN de reprendre la mairie », veut rassurer Romain Carbonne. Là-aussi, on regrette un positionnement qui ne va pas « droit au but », un jeune ­enchaîne : « On veut juste savoir si en gros vous allez donner votre parti à la deuxième personne ou vous désister ?» En réponse, Romain Carbonne prône la défense des valeurs de sa liste : « Si on peut gagner en défendant nos valeurs on le fera, si on ne peut pas gagner en défendant nos valeurs, on s’arrêtera là et on se mettra à la disposition de la personne qui sera la plus à même de le faire. »

S’il évoque un « effet d’aubaine » et un contexte national ayant profité à l’extrême-droite en 2014, en plus du contexte politique local, « je ne suis pas persuadé que ce soit le cas ici », fait-il remarquer. « En tout cas ne comptez pas sur moi pour lui donner une chance », poursuit-il laissant entrevoir une possibilité de fusion avec la liste d’Amitis Messdaghi, mais ne signant pas la charte.

Du jusqu’au-boutisme des Mantevillois présents pour obtenir des réponses, une jeune femme précise : « Si aujourd’hui vous le dites clairement [votre positionnement], vous prouvez à tout le monde qu’on peut [y] aller serein pour cette élection. » Et visiblement, ces derniers seront également présents durant l’entre-deux tours. « On ira aussi toquer chez les candidats pour savoir ce qu’on fait », assure un jeune.