En première ligne, les associations et mouvements solidaires tentent, chacun à leur manière, de faire face aux difficultés engendrées par la crise sanitaire et le confinement auprès des plus précaires. Dans le Mantois, la rédaction a suivi deux d’entre elles dans leurs actions, l’association Au cœur de la fraternité et le mouvement d’entraide « La cuisine des Kaïras ». Des deux côtés, la mobilisation bénévole semble être au rendez-vous avec une hausse de 10 % des effectifs pour Au cœur de la fraternité et des fortes mobilisations ponctuelles dans le quartier du Val Fourré.

Mercredi 6 mai, c’est entourée de plusieurs kilos de denrées alimentaires, qu’une dizaine de bénévoles de l’association mantevilloise, Au cœur de la fraternité, s’active. Réunie à la salle associative Maupomet, située dans le quartier du même nom, rue de Moulins, sa mission du jour nécessite une bonne organisation. Ensemble, les bénévoles, préparent pas moins de 70 paniers-repas qu’ils distribueront aux sans-abris du Mantois au pied de la collégiale Notre Dame, en début de soirée. Dans les paniers, les bénévoles y glissent une portion de pâtes, de l’eau, une barre chocolatée et quelques fruits. « Généralement, on y met pour deux repas, précise Icham Boustit, responsable financier de l’association créée en 2015. On organise ce genre de distribution trois fois par semaine entre le lundi et le ­mercredi. »

Pour poursuivre cette mission pendant le confinement, l’association, partenaire de l’aide sociale, a reçu des instructions de la part du Département des Yvelines. Munis de masques et de gants, les bénévoles installent quatre points de distributions aux quatre coins de la dalle pavée. « Ça permet de respecter la distanciation sociale et que la distribution se déroule correctement », souligne Icham Boustit. Dans les files d’attentes les traits du visage se détendent peu à peu et donnent ­naissance à quelques sourires.

Depuis le 15 avril, les bénévoles mantevillois eux aussi, sont comblés. En effet, l’association Au cœur de la fraternité a obtenu une convention auprès de la banque alimentaire lui permettant de piocher dans les stocks de l’organisme, une à deux fois par semaine. « Une aubaine » pour le collectif qui, jusque-là, composait avec les dons et le ramassage des invendus chez certaines enseignes locales. « Avec le contexte actuel, la banque alimentaire a adouci ses critères qui permettent de bénéficier de la convention, relate le responsable financier de l’association. Le [fossé] est indescriptible tant il multiplie en ­diversité, et en quantité, les denrées que nous pouvons ­distribuer. »

Pendant le confinement, l’association a mis de côté l’aide aux devoirs, et les cours de français qu’elle dispense habituellement pour concentrer toute son énergie sur la livraison des paniers repas aux familles en difficultés. Concernant ces dernières, « on est passé de 50 à 250 par semaine et je crains que ça n’augmente encore d’avantage avec l’arrêt du dispositif de chômage partiel en juin, s’inquiète un bénévole. Nous n’aurions probablement jamais pu suivre le rythme sans l’approvisionnement de la banque ­alimentaire. »

Pour autant ce soutien revêt une date de péremption : le 2 juin. « Nous ferons un état des lieux à ce moment-là et on verra dans quelles mesures il est possible de poursuivre cette convention, indique Icham Boustit. Le point positif, c’est que maintenant, le contact est là. » Pour augmenter ses chances de poursuite, l’association espère être soutenue pour acquérir un camion frigorifique.

Pour tenir cette cadence extraordinaire, l’association Au coeur de la Fraternité a également profité d’un élan de solidarité remarquable avec l’engagement de plusieurs nouveaux bénévoles.

Pour tenir cette cadence extraordinaire, l’association a également profité d’un élan de solidarité ­remarquable avec l’engagement de plusieurs nouveaux bénévoles. « Une quinzaine de nouvelles personnes nous a rejoint pendant le confinement, ça représente une hausse de 10 %, se réjouit Icham Boustit. C’est formidable, surtout quand on voit que dans certaines structures, de nombreux bénévoles, plus âgés, ont été contraints de rester chez eux. » Dans la commune voisine, et plus précisément dans le quartier du Val Fourré, c’est aussi tout un collectif de jeunes qui s’est mobilisé durant la période de confinement pour venir en aide aux personnes dans le besoin. Initié par l’un des « grands frères » du quartier, Oumar Cissoko, le mouvement baptisé « La cuisine des Kaïras » se veut concret et dans l’air du temps.

C’est à l’aide de son smartphone et par le biais des réseaux sociaux que le Mantais et son équipe lancent quotidiennement des appels aux dons. « On ne demande rien dans le vide et toujours des choses bien précises, explique Oumar Cissoko dit « Youv », au moment de réceptionner, le vendredi 7 mai, une dizaine de paniers-repas, offerts par l’enseigne mantaise Val’prim qu’il distribuera aux familles de son quartier. Si on demande une paire de chaussures, c’est qu’on a rencontré une personne qui en a besoin. En plus les gens aiment toujours mettre un visage, sur leur don ça rend les choses plus concrètes, plus humaines. »

« Au début, on voulait surtout bien faire comprendre aux jeunes du quartier qu’il ne fallait pas sortir pendant le confinement et puis en rencontrant leurs parents on s’est rendu compte que tout le monde avait des petits besoins », raconte le fondateur du mouvement. Il a très rapidement été rejoint par une quinzaine de volontaires déterminés. L’une d’entre eux, Soda, âgée d’une vingtaine d’années, confie qu’elle « ne se voyait pas rester chez elle à rien faire pendant le confinement. »

Mercredi 6 mai, cette dernière sillonne, avec Youv, les rues du centre-ville a la recherche d’Aimé, un sans-abri pour lui offrir la fameuse paire de chaussures. « Cet engagement m’a ouvert les yeux sur la détresse des gens, livre la jeune femme. Mais ça m’a aussi fait du bien : je réfléchis même à m’engager dans le social ­professionnellement parlant. »

Paniers repas, vêtements, ustensiles de cuisine voire même téléphones, depuis plusieurs semaines l’initiative est quasiment victime de son succès, si bien que la question du stockage devient un problème. « Au début, on arrivait à distribuer immédiatement mais les gens ont tellement répondu présent qu’on a du mal à stocker, les voitures sont pleines, tout le monde en a chez soi, sourit Youv. L’idéal, ce serait que la Ville puisse nous fournir un local afin d’être encore plus efficace. »