Que l’information soit ou non fondée, elle a énormément fait parler. En annonçant dans son édition du 19 mai que le groupe Renault présentera le 29 mai un plan d’économie d’ « au moins deux milliards d’euros », le journal satirique Le Canard enchaîné, affirme que la direction du fabricant automobile envisage de cesser son activité dans quatre sites français dont celui d’Aubergenville. Bien qu’il soit précisé que la fermeture du site en vallée de Seine qui emploie environ 4 200 personnes « viendra plus tard », élus et salariés s’interrogent d’ores et déjà sur le devenir du site industriel. Tous attendent avec « impatience » les mesures qui seront communiquées le 29 mai.

Elles font suite à l’annonce du 14 février dernier dans laquelle le groupe Renault envisageait, selon France Bleu Paris, de « déclencher un vaste plan d’économies après avoir enregistré sa première perte depuis 2009 ». Dans le rapport d’activité 2019 publié par le groupe automobile, il est effectivement mentionné une « baisse de -3,4 % » des ventes de véhicules de la marque au losange et des pertes de l’ordre de « 141 millions d’euros ».

« On ne parle que de cela à l’atelier, affirme le délégué syndical de la CGT, Thierry Gonnot. Il y a une forte préoccupation mais, comme il n’y a pas encore d’annonces officielles et que le directeur (Jean-Luc Mabire, Ndlr) dit qu’il n’est pas au courant […], les gens sont un peu dans l’expectative. » Si le groupe Renault, contacté le 20 mai, confirme l’existence d’un plan d’économies, il refuse néanmoins de s’expliquer sur la possible fermeture du site aubergenvillois. « À ce stade, on ne commente pas des rumeurs », indique-t-on.

Reconnaissant que le groupe Renault connaît des difficultés ­économiques pouvant l’obliger à fermer certains de ses sites, le président du Département, Pierre Bédier (LR), ne veut néanmoins pas croire à la fermeture immédiate de l’usine, inaugurée en 1952, qu’il juge pourtant « menacée » tout comme l’usine PSA de Poissy. « Je pense qu’il y a un emballement médiatique sur Flins […], assène-t-il le 20 mai. Je ne crois pas, pour ma part, que Flins soit visée [par une fermeture prochaine] puisque Flins vient d’investir des centaines de millions [d’euros] pour faire la nouvelle Zoé et elle marche. Après la Zoé, peut-être, je n’en sais rien, ils ferme[ront]. »

Outre la Nissan Micra, la voiture Renault Zoé est effectivement produite à Flins. Selon un article de Capital paru le 13 janvier dernier, la Renault Zoé est « le modèle [de voiture électrique] le plus vendu en France ». D’après le rapport d’activité 2019 du groupe Renault, les ventes de véhicules électriques de la marque ont augmenté de « 23,5 % », dues à la demande des pays ­scandinaves.

« On ne parle que de cela à l’atelier, affirme le délégué syndical de la CGT, Thierry Gonnot. Il y a une forte préoccupation mais, comme il n’y a pas encore d’annonces officielles et que le directeur (Jean-Luc Mabire, ndlr) dit qu’il n’est pas au courant […], les gens sont un peu dans l’expectative. »

Ces ventes ne garantissent néanmoins pas la poursuite de la fabrication automobile à Aubergenville. Alors qu’en juin 2018, La Gazette indiquait que l’arrivée d’une nouvelle base de voiture était synonyme de celle « d’un nouveau modèle en 2022 », ce projet paraît aujourd’hui compromis. « Ils ont annoncé que la prochaine voiture [électrique] ne se ferait pas à Flins […], déclare Philippe Gommard, délégué syndical CGT et élu d’opposition à Aubergenville. Donc, pour l’instant, l’avenir on se sait pas trop [de quoi il sera fait]. »

Le son de cloche concernant la production de véhicules électriques au sein de l’usine n’est guère plus rassurant du côté de Force Ouvrière. « Le pôle électrique sera […] pour nos collègues à Douai (Nord) […], affirme Éric Contoux, du syndical Force Ouvrière. Donc, voilà, on sait bien que la remplaçante de la Zoé, je dis bien la remplaçante, pas la nouvelle Zoé, sera faite à Douai. » L’arrêt de la production de véhicules électriques pourrait s’avérer dommageable pour le site. « Pour l’instant, la Micra ne se vend pas énormément. D’ailleurs, la cadence de la Micra a baissé. Actuellement, il y a beaucoup plus de Zoé de fabriquées », confie Philippe Gommard. Son propos est confirmé par Thierry Gonnot, qui ajoute que, depuis la reprise de l’activité en avril, l’usine ne fabrique « seulement [que] la Zoé ».

L’État est actionnaire de Renault à hauteur de 15 %. Selon Le Canard Enchaîné, il « vient de garantir un généreux prêt de cinq milliards à Renault » pour l’aider à surmonter ses difficultés. Interrogé le 20 mai par la sénatrice des Yvelines et ancienne maire d’Aubergenville, Sophie Primas (LR), lors de la séance de questions au gouvernement, le premier ministre Édouard Philippe (LREM) a évoqué sa position vis-à-vis du groupe automobile Renault. Sans pour autant garantir l’absence de fermetures de sites en France, il affirme qu’en privilégiant un plan « offensif sur la compétitivité », le site de Flins « doit, dans toute la mesure du possible être préservé ».

Le premier ministre n’est pas le seul membre du gouvernement à avoir été interrogé sur la situation du site Renault Flins. En effet, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire (LREM) a également été interrogé le 22 mai par les journalistes d’Europe 1 et a déclaré que « Flins ne doit pas fermer ». La radio nuance cependant ce propos en ajoutant, dans un article publié le même jour, que « la production automobile pourrait cependant être mise à l’arrêt pour consacrer le site à une autre activité ». Interrogé, le groupe Renault n’a pas souhaité communiquer sur la possibilité de reconvertir le site de Flins. La nature de la nouvelle activité n’est donc, à l’heure actuelle, pas connue.

« Le pôle électrique sera […] pour nos collègues à Douai (Nord), affirme le délégué syndical de Force ouvrière, Éric Contoux. Tout ce qui sera véhicule électrique, ce sera à Douai. Donc, voilà, on sait bien que la remplaçante de la Zoé, je dis bien la remplaçante, pas la nouvelle Zoé, sera faite à Douai. »

Pour un élu de vallée de Seine, l’annonce probable d’une fermeture de Renault Flins s’inscrirait dans « une tactique » du groupe automobile Renault. « Ils annoncent plus de fermetures pour voir comment les gens réagissent, affirme-t-il. Ils disent ensuite avoir entendu le gouvernement [en les limitant]. » Si cet élu perçoit l’annonce comme une stratégie du groupe automobile dans sa communication vis-à-vis du gouvernement, la CGT y voit, elle, plutôt un « chantage à l’emploi » envers les ouvriers. Bien qu’il confirme ne pas être angoissé, Thierry Gonnot attend la réunion du 29 mai avec impatience et colère. « Soit c’est une annonce de fermeture et il va falloir se battre, soit c’est une annonce comme il y a dix ans pour obtenir des accords […] où il y avait eu 18,5 jours de congés supprimés. Dans tous les cas, on n’est pas en mode peur mais en mode bagarre », ajoute-t-il en imaginant les différents scénarios pouvant se produire le 29 mai.

Si la fermeture de Renault Flins devait être annoncée, la vallée de Seine devrait alors se passer d’une de ses principales entreprises. « Qui pourrait remplacer cette activité ? », interroge Ali Kaya de la CGT. La question est similaire pour Philippe Gommard. « Cela va avoir un impact économique pour la ville, [ne serait-ce que] pour la taxe foncière […], déclare-t-il. Il y a également tous les restaurateurs, les kebabs d’à côté qui, eux aussi, vivent de Renault. [Cela] aura des conséquences économiques à tous les niveaux pour la ville et les alentours. »

C’est sans doute pour cette raison que Sophie Primas (LR) a répondu le 20 mai à Édouard Philippe : « Nous (les élus territoriaux, Ndlr) ne supportons plus la ­désindustrialisation continue de notre territoire et, pour cela, nous sommes prêts à investir auprès de l’État et auprès de Renault pour assurer la transformation de notre département. »

Se disant « choqué » par la possible fermeture du site, l’édile des Mureaux, François Garay (DVG), s’y oppose fermement. « Il n’est pas question que Renault Flins ferme, lance-t-il le 21 mai. Il n’est pas question non plus de ne pas associer les élus […]. C’est un sujet important pour la vallée de Seine et pour toute [une partie] de la population. »

Pour le maire muriautin, l’entreprise automobile étant « un poumon industriel de notre région », sa conservation est donc essentielle « quelles que soient les activités [de production] qu’il y aura en 2030 ou en 2040. » Son avis est partagé par l’édile de Limay, Éric Roulot (PCF). « Cette annonce constitue une très mauvaise nouvelle pour notre territoire déjà frappé lourdement par le chômage généré par des fermetures d’usines industrielles », déclare-t-il.

Selon 20 minutes, le président de la République, Emmanuel Macron (LREM), envisage d’annoncer le 26 mai (soit après l’envoi à impression de La Gazette) « d’importantes annonces sur le plan de soutien de la filière automobile ».

Le site choisi pour fabriquer les masques chirurgicaux du groupe

Dans son édition du 14 mai, La Gazette révélait que Renault Flins avait été contrainte d’investir « plusieurs centaines de milliers d’euros » pour s’adapter aux normes sanitaires durant l’épidémie. Indépendamment des « rumeurs » sur la fermeture du site, le groupe automobile a publié le 20 mai un communiqué de presse affirmant qu’il se dote d’une « ligne de fabrication de masques » sur le site de vallée de Seine. Conçu pour « subvenir à ses besoins » tant en France qu’en Europe, le groupe Renault affirme qu’il pourra fabriquer « jusqu’à 1,5 million de masques de type chirurgical par semaine ».

Bien que le démarrage de l’activité est prévu en « juillet », le groupe indique qu’une « vingtaine de collaborateurs seront formés en juin ». Selon la direction du site, cette ligne de production fonctionnera en « 3×8 ». Si l’activité venait à se pérenniser et que les capacités de production le permettaient, Éric Contoux, du syndicat Force ouvrière est favorable à la commercialisation des masques aux autres entreprises. « Dès l’instant où cela peut ramener de l’emploi à Flins, on est preneur », affirme-t-il.

Néanmoins, l’ensemble des syndicats interrogés ne pensent pas que la fabrication de masques pourrait être la nouvelle activité du site Renault Flins à l’avenir. C’est le cas d’Ali Kaya, de la CGT, qui considère que cela serait « peu probable » en raison du faible nombre de personnes qui seront amenées à travailler sur la fabrication des masques chirurgicaux.