Annoncé le 14 février, le plan de restructuration de deux milliards d’euros sur trois ans du groupe Renault était attendu avec « impatience » par les syndicats de Renault Flins. Conçu, selon France Bleu Paris, pour faire face à la « première perte [de chiffre d’affaire] depuis 2009 » de la marque au losange, le contenu du plan d’économies a été dévoilé le 29 mai. Comme le relatait La Gazette dans son édition précédente, l’avenir de Renault-Flins était incertain. Entre fermeture et reconversion, les doutes étaient nombreux. Les dirigeants du groupe automobile ont retenu la seconde hypothèse.

D’après la direction, une fois la Renault Zoé et la Nissan Micra arrivées en fin de cycle, Renault-Flins cessera sa production automobile à l’horizon 2023-2024. Le site aubergenvillois récupérera alors l’activité de l’usine de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), spécialisée dans le reconditionnement de pièces automobiles que le groupe considère comme appartenant à l’économie circulaire. Depuis l’annonce du 29 mai, les doutes, quant à la pérennité de ce ­transfert d’activité à Renault-Flins, restent néanmoins nombreux.

Une interrogation qu’exprime la sénatrice des Yvelines et ancienne maire d’Aubergenville, Sophie Primas (LR). « L’économie circulaire, en réalité, c’est l’économie du recyclage […], affirme-t-elle. Alors, je sais bien qu’on est dans la tendance du recyclage, et c’est une bonne chose, je sais bien que les politiques publiques vont dans ce sens-là sauf que, dans l’industrie automobile, à ma connaissance, on n’a pas trouvé de modèle économique [pour l’économie circulaire] qui montre une rentabilité. »

Si la sénatrice espère que la reconversion fonctionnera toutefois à Renault-Flins, elle ajoute : « Je pense, en réalité, qu’il n’y a pas de projet précis. En réalité, tout est devant nous à construire. » Par conséquent, Sophie Primas affirme qu’elle sera « vigilante » concernant les ­transformations de Renault à venir.

Cette attention est également observée du côté du président du conseil départemental, Pierre Bédier (LR). « Nous serons vigilants sur les engagements de Renault concernant la reconversion des sites et, surtout, le maintien de l’emploi dans une vallée de la Seine déjà meurtrie par la désindustrialisation », affirme-t-il dans un communiqué daté du 29 mai.

Du côté des syndicats Force Ouvrière (FO) et CGT, la peur des suppressions de postes demeure. Le site d’Aubergenville emploie environ 4 200 personnes. Bien qu’il ne fasse pas allusion au devenir des intérimaires et des sous-traitants, le journal Les Echos a annoncé que la diminution de 4 600 postes, annoncé par le constructeur à l’échelle nationale, n’épargnera pas Renault-Flins car « son effectif de 2 600 salariés [en CDI] tombera à 1 600, à terme » et se fera « via les départs en retraite, les démissions ou les mutations ». Contactée par La Gazette, la direction du groupe n’a cependant pas voulu confirmer ces chiffres.

Si cette réduction d’effectif s’avérait réelle, le délégué de la CGT, Thierry Gonnot, y voit une « dégradation des conditions de travail » car il faudra compenser les postes non remplacés avant l’arrêt de la production automobile. Son avis est partagé par Philippe Gommard, lui aussi délégué de la CGT à Renault-Flins et élu d’opposition ­aubergenvillois.

« Ils disent 1 600 mais ce n’est pas [le nombre d’emplois] à Choisy-le-Roi qui garantit les 1 600, ajoute-t-il en exigeant que l’ensemble des emplois à Renault-Flins soient maintenus. Il n’y a rien de concret [de la part de la direction] même sur les 1 600 annoncés ». Car le site du Val-de-Marne emploie actuellement 260 ­personnes.

Si le transfert d’activité semble acté, Renault-Flins pourrait également voir ses activités d’ingénierie se développer. Cela n’est néanmoins pas confirmé par la direction. « Ce sont des hypothèses, résume le délégué de Force Ouvrière (FO), Éric Contoux, des annonces faites par le directeur du site, Jean-Luc Mabire. On a parlé d’hypothèses de travail, d’orientations sur trois, quatre ans. »

En tout cas, Éric Contoux ne s’avoue pas vaincu concernant la poursuite de la production automobile à Aubergenville. « On souhaite un nouveau véhicule à Flins si on a la capacité de le produire […]. On va prendre un cabinet d’expertises pour voir la faisabilité […] mais, nous, on ne démord pas qu’on peut toujours faire un véhicule à [Renault] Flins [après 2023] », explique-t-il en évoquant la tenue d’une réunion intersyndicale, qui devrait se tenir cette semaine, pour aborder cette idée et qui permettrait de garantir l’emploi de « 3 500 [à] 3 600 » personnes sur le site aubergenvillois.