En vous soutenant, le président du conseil départemental, Pierre Bédier (LR), indiquait que Mantes-la-Ville avait été égarée, paralysée et isolée pendant six ans. Est-ce un constat que vous partagez et comment le voyez-vous sur le terrain ?

C’est un isolement vis-à-vis des partenaires territoriaux, donc la [communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise] GPSEO, le Département et au-delà de ça, la Région. Chaque fois que j’ai rencontré un de ses acteurs, à un moment ils m’ont toujours dit que la mairie de Mantes-la-Ville n’était pas présente pour défendre ses dossiers, son territoire et parfois lorsque c’était fait, c’était souvent fait de manière maladroite sinon non ­professionnelle.

C’est un isolement physique mais aussi un isolement de compétences. J’ai rencontré le premier architecte de la maison médicale qui est en contentieux avec la mairie (voir notre édition du 12 février). Et le départ du contentieux c’est l’estimation des travaux. Les travaux ont été estimés par le directeur général des services techniques, et le budget était insuffisant, il a été estimé à 493 500 euros. Alors que lorsque l’architecte est arrivé c’était plutôt aux alentours de 700 000 euros. Forcément, comme il y a un delta de 200 000 euros, il y aura un clash.

Et notamment dans une opération de rénovation, il y a le diagnostic amiante et il n’était pas prévu dans le cahier des charges, ce qui est ubuesque, c’est le b.a-ba. On ne commence pas une rénovation sans savoir qu’il y a de l’amiante, le diagnostic est à charge du maître d’ouvrage, du donneur d’ordres, et ça n’a pas été fait. On peut ne pas être sachant, il y a des textes, il faut comprendre et admettre qu’on s’est trompé et essayer de trouver un consensus.

Est-ce également quelque chose que vous avez pu constater ­pendant la crise sanitaire ?

Sur un certain nombre de points, oui. Quand on appelait la mairie pour des sujets quotidiens, évidemment la mairie était fermée, il n’y avait pas de réponse, on n’était pas guidés, c’était une mairie et des services à l’abandon.

Il y a eu une histoire de masques (avec le collectif Union entraide citoyenne, ayant distribué des masques fournis par le Département, Ndlr). On dit qu’on est derrière mais on ne regarde pas ce qui est important. Ce qui est intéressant c’est qu’il y a des citoyens qui ont besoin de masques et qu’on n’est pas en train de féliciter le collectif, qui que ce soit derrière. Là, ils regardent qui est derrière plutôt que de dire merci. Mais bon, le maire ne connaît pas les associations, il n’est pas allé les voir et lorsqu’on dit vous avez des gens de votre liste, non, par contre c’est vrai qu’on a des sympathisants.

Le maire sortant Cyril Nauth (RN), vous avait proposé un débat sur France 3, en réponse, vous lui avez proposé des micro-débats, pouvez-vous expliquer ce concept ?

Moi je suis citoyen de la ville et je n’ai pas croisé le maire pendant ces six ans, je l’ai vu une fois ou deux au marché, rapidement. Or nous, notre campagne, notre combat, on l’a mené en allant au contact des gens. J’ai dû faire une centaine de réunions d’appartements, et puis depuis le déconfinement on a ­dépassé la vingtaine, déjà.

Les questions qui reviennent assez souvent sont abordées dans des lieux complètement différents, que ce soient les zones pavillonnaires, les quartiers et c’est pourquoi au niveau local, les réponses doivent être locales et au contact des gens.

Plutôt que de faire un débat dans un studio à Saint-Denis, avec des questions posées par les journalistes, ce que je préfère c’est qu’on fasse dix micro-débats, à dix endroits différents de la ville, avec des questions posées par les citoyens, en contact direct, pour moi c’est ça le vrai débat.

On n’a pas eu de réponse. Nous on continue, si jamais on avait une réponse du maire on calerait des dates, mais pour nous cela ne change rien.

Pendant le confinement, avez-vous fait des actions particulières ou mis la campagne électorale en suspens ?

On l’a mise en suspens, les gens avaient d’autres soucis que de savoir pour qui voter. Par contre, au niveau de la solidarité, j’ai demandé à mes colistiers d’appeler des gens, de savoir s’il y avait des besoins particuliers. Par exemple, aller faire des courses c’est tout bête. On n’était pas dans la campagne.

Cela aurait été du ressort de la Ville mais quand on appelait la Ville pour savoir, il n’y avait pas de réponse. Il y a des associations, Au coeur de la fraternité (ACF), qui ont fait ce genre de travail. On a des sympathisants qui ont aidé ACF. La municipalité a, elle, été totalement absente des ­distributions.

Aujourd’hui pour la distribution des masques, vous devez remplir un fichier, donner votre adresse, donner votre fiche d’imposition, j’ai bien peur qu’il y ait un fichage derrière. C’est kafkaïen pour obtenir un masque. Si les gens ont besoin de masques, on leur donne des masques.

Le second tour va être un peu particulier au vu de la crise, est-ce que ce n’est pas frustrant de faire ­campagne dans ce contexte là ?

Je suis un néophyte de la politique, c’est ma première campagne, c’est la première fois que je vis un entre-deux tours qui est normalement d’une semaine, et là qui est d’un mois, donc il n’y a pas de repères, ce que je me dis moi, tout simplement c’est de continuer la campagne comme on faisait au premier tour, c’est-à-dire aller au contact des gens.

Après il y a des restrictions, ce n’est pas plus de dix personnes, ce n’est pas à l’intérieur des appartements mais à l’extérieur, on s’adapte. On communique avec les gens par les réseaux sociaux ce qui était moins le cas auparavant. Et puis là, les choses sont clarifiées on n’est plus que deux.

Nous, notre campagne, notre combat, on l’a mené en allant au contact des gens. J’ai dû faire une centaine de réunions d’appartements, et puis depuis le déconfinement on a dépassé la vingtaine, déjà.

Cette configuration vous semble-t-elle favorable pour l’emporter ?

Très sincèrement, pour moi cela ne change pas grand-chose. Premier tour, deuxième tour, c’est le même combat, pour moi. On m’avait déjà fait la réflexion au départ que j’étais un néophyte et puis chacun faisait ses calculs en se disant si nous on y va on aura 15 %, 20 %, c’est simple, moi je pars, j’ai 0 % et je ferai mieux que 0 %.

Plus on avance, plus on s’aperçoit qu’on agglomère des gens, des partisans au mouvement, cela reste une liste d’union. Oui, ça ­clarifie, mais cela clarifie au niveau du choix pour les électeurs, soit c’est le choix de la continuité de ce qui existait, c’est-à-dire rien, soit donc la possibilité qu’il se passe quelque chose. Il y a des gens qui ont adhéré très rapidement au mouvement et il y en a d’autres qu’il faut arriver à convaincre.

Cyril Nauth avait été très discret pendant le premier tour, depuis quelques jours il multiplie les communiqués, comment ­percevez-vous cette attitude ?

C’était complètement prévisible selon moi. Cyril Nauth est passé en 2014 après une quadrangulaire. Sa chance, sa probabilité de passer ne peut se faire que s’il y a plusieurs listes. Je pense qu’il a été très discret pendant le premier tour, car il y avait cinq listes, il attend que tout le monde ferraille. Je pense que pour le second tour il espérait une triangulaire.

Après, il essaie de profiter du fait que les listes qui se sont désistées n’ont pas donné de consignes de vote très claires, celle de faire barrage, les militants appellent à voter blanc ou ne pas aller voter, mais ce n’est pas la majorité des électeurs. Le maire, lui, va essayer de surfer autant que faire se peut sur ces tiraillements internes de la gauche.

Parmi cette agitation, il a lancé une proposition de baisse de 5 % de la taxe foncière et l’une de ses attaques est que vous avez un ­programme qu’il juge trop dépensier. Que répondez-vous à cela ?

Que le programme soit dépensier, il faudrait me dire en quoi. On va relancer les centres de vie sociale, des choses qui existaient auparavant, parce que c’est recréer la cohésion sociale. C’est un point incontournable, c’est notre vision de la ville.

Je ne sais pas en quoi il pense que notre programme soit dépensier ; il faudrait qu’il nous le dise. Par contre ce qui est différent du maire actuel, c’est que nous on va obtenir des financements, lui comme il est isolé et qu’il ne peut pas obtenir de financements, il peut penser que nous sommes dépensiers, mais la charge sera moins ­importante pour la Ville.

On va chercher des financements, on est outillés pour le faire, on monte des dossiers, il faut être présent, montrer qu’on s’intéresse et qu’on défend notre territoire. Qu’on soit différent là-dessus, ça ne me dérange pas.

Baisser de 5 % la taxe foncière, il faut qu’il nous explique comment il fait, la vie ne cesse d’augmenter et lui veut expliquer qu’avec 5 % de recettes en moins il va faire aussi bien qu’avant. Certes, il n’a pas augmenté les impôts, mais au détriment de quoi ? Si on baisse les impôts au détriment du confort de la ville, des prestations proposées par la ville, cela rime à quoi ?