« Mais quel est l’avenir de Renault-Flins ? » La question a été posée le 17 juin, durant la grève des employés de Renault-Flins, par un salarié du groupe automobile de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). En dévoilant, le 29 mai, son plan de restructuration de deux milliards d’euros, le groupe Renault a annoncé l’arrêt de la production automobile sur le site de Flins à l’horizon 2023-2024. En contrepartie, l’usine aubergenvilloise récupérera, entre autres, l’activité de reconditionnement du site de Choisy-le-Roi qui, lui, fermera ses portes.

Inquiets quant à la préservation de la totalité des emplois, les salariés de Renault-Flins se sont mis en grève le 17 juin jusqu’en milieu d’après-midi, entraînant ainsi l’arrêt de la chaîne de fabrication. Selon le délégué syndical de la CFDT, Ahmed Hadjaz, « 700 personnes minimum » étaient déjà ­présentes aux alentours de midi.

« L’usine de Choisy-le-Roi est passée de 880 salariés à 264 aujourd’hui, avec une activité d’échange standard de moteur et de boîte de vitesses qui est en train de décliner d’année en année […], prévient le délégué de la CGT, Ali Kaya. Nous, on parle d’une activité où il y a 4 000 salariés et, eux, ils nous parlent de ramener de l’activité pour quelques dizaines, voire au maximum, quelques ­centaines de ­personnes. »

Parmi les personnes directement impactées par les annonces du groupe Renault sur le site d’Aubergenville, certains sous-traitants sont en première ligne. C’est le cas des « 240 salariés » d’Adient Seating, présents le jour de la grève. Basée à Rosny-sur-Seine, l’entreprise fournit à Renault-Flins les sièges automobiles pour la Nissan Micra et la Renault Zoé, les deux seuls modèles actuellement produits à l’usine. Un arrêt de la production automobile sur le site entraînerait donc une cessation de l’activité pour l’entreprise sous-traitante de vallée de Seine.

Si la direction du site n’a pas souhaité communiquer, celle du groupe, a annoncé comprendre l’inquiétude des salariés mais a déclaré qu’il est encore « trop tôt pour se prononcer sur le devenir de l’entreprise à Rosny-sur-Seine ». Pourtant, d’après les délégués syndicaux d’Adient Seating, l’avenir de l’entreprise rosnéenne ne laisse guère de place à l’optimisme, Renault-Flins étant « leur seul client ».

« Nous, on parle d’une activité où il y a 4 000 salariés et, eux, ils nous parlent de ramener de l’activité pour quelques dizaines, voire au maximum, quelques centaines de personnes », rappelle le délégué de la CGT, Ali Kaya.

« On a un contrat qui s’arrête en juin 2022 pour la Renault Zoé et en décembre 2022 pour la Nissan Micra », affirme le 19 juin le délégué syndical de la CFDT, Victor Lopes. « Déjà qu’on n’est pas rentable aujourd’hui alors avec les effectifs de véhicules [qui seront annoncés à cette période], Adient ne reprendra pas le marché, ajoute le délégué syndical de la CGT, Tarik Mouammine. Il y a même une probabilité qu’on ferme avant. La situation n’est pas ­rassurante. On a toujours des doutes. »

Or, d’après les différents syndicats, la moyenne d’âge se situe aux alentours de 45 ans dans l’entreprise rosnéenne. « On a un tiers [des employés] qui a plus de 50 ans, un tiers qui a moins de 30 ans et le reste a entre 30 et 50 ans, précise le délégué syndical de la CFDT, José Garnil. Vous avez 60 personnes qui ont plus de 20 ans d’ancienneté. » Pour les personnes les plus âgées, les syndicats pensent qu’il sera très difficile pour eux de retrouver un emploi par la suite.

« C’est à la rue qu’ils nous mettent », déplore le membre de la CGT Lionel Magalhaes qui insiste sur le fait que beaucoup de salariés ont des problèmes de santé dus à « leurs conditions de travail » car la chaîne de production ne serait pas automatisée. Bien que La Gazette ait sollicité l’entreprise pour visiter le site de production, sa demande n’a pas été acceptée par la direction du groupe.

Les pertes d’emplois qui pourraient être causées par l’arrêt de la production automobile à Renault-Flins inquiètent aussi les élus locaux. Pour preuve, alors que le délégué syndical de la CGT à Renault Flins et élu d’opposition à Aubergenville, Philippe Gommard, profite du conseil municipal du 12 juin pour évoquer son inquiétude et son souhait de ne voir « aucun emploi supprimé », la sénatrice des Yvelines et élue de la majorité, Sophie Primas (LR) affirme prendre « très au sérieux » la situation de l’entreprise et y accorder une situation toute particulière.

Elle est rejointe par l’édile Gilles Lécole (LR). « Moi aussi je suis inquiet pour l’emploi sur Renault […], déclare-t-il. Avec le Département, je veillerai à faire en sorte qu’en cas de chute de production significative sut le site de [pouvoir] récupérer de la surface pour être en mesure de ­redynamiser le territoire. »