Le problème divise. Alors qu’officiellement les vacances d’été débutent le 4 juillet, tous les collégiens étaient attendus dans leurs salles de classe le lundi 22 juin. Si, durant le confinement, le directeur académique des Yvelines, Antoine Destrés affirme qu’une « quinzaine » d’établissements yvelinois accueillaient notamment les enfants des soignants, ils avaient aussi tous rouvert leurs portes le 4 juin aux collégiens en difficulté scolaire, ainsi qu’à ceux des classes de sixième et de cinquième. La généralisation de la reprise le 22 juin, elle, alimente toujours le débat. En cause, le respect du protocole sanitaire et le contenu pédagogique.

Pourtant, bien que la réouverture des collèges à l’ensemble les élèves ne fasse pas l’unanimité, les statistiques concernant le retour des collégiens en classe sont encourageantes, selon Antoine Destrés. « 80 % des élèves sont revenus au collège depuis le 22 juin », annonce-t-il fièrement le vendredi 26 juin, des chiffres recensés à l’échelle du département. Un constat similaire était aussi partagé le 24 juin par la conseillère départementale, Cécile Dumoulin (LR) qui se disait « heureuse » d’un tel taux de présence dans les collèges yvelinois dont elle estimait le taux de reprise à « 70 % ».

Mais, pour obtenir de tels pourcentages, le protocole sanitaire pour accueillir les élèves en toute sécurité a dû être assoupli. Alors que la région Île-de-France est depuis le 15 juin en zone verte, le conseil départemental des Yvelines le confirme dans un courriel du 25 juin : « Le protocole sanitaire a été allégé de manière significative et permet l’accueil de la totalité des élèves de la sixième à la troisième (suppression de la limitation des effectifs à 15 par classe, allégement des règles de distanciation et du ­protocole de nettoyage…) ».

L’allégement du protocole sanitaire ne le rend cependant pas caduque pour autant. « Ce qui est demandé c’est de respecter un mètre […] sur les côtés, explique Antoine Destrés. Mais, si cela ne peut pas être garanti, parce que c’est compliqué parfois du fait qu’il y a des tables de deux, il a été demandé, à ce moment-là à ce que les élèves portent le masque. »

« [La reprise] va permettre la socialisation, de se revoir et d’avoir un contact avec les enseignants », explique un professeur du collège André Chenier.

« Tant qu’on reste au niveau général, tout va bien, répond Mikaël Tane, le président de la Fédération des conseils de parents d’élèves de l’enseignement public (FCPE) dans les Yvelines, sur le protocole sanitaire. C’est au contraire quand on est confronté concrètement à la disposition des lieux […] qu’on voit si oui ou non, les choses sont applicables. » Pour Mikaël Tane, le protocole sanitaire exige donc une étude de « terrain » ainsi que « du temps ». Or, sur ce dernier point, le président de la FCPE dans les Yvelines regrette que les informations soient arrivées « très tardivement », le « 17 juin pour le 22 ».

Dès le 16 juin, un représentant syndical de Sud éducation et enseignant dans un collège du mantois, déplorait l’absence de renseignements. « Les établissements scolaires ont préparé pendant des semaines le déconfinement avec des protocoles sanitaires, des installations extrêmement lourdes, des commandes de masques, de gels, de formation des personnels aux gestes protecteurs […], détaille-t-il. Et là, à partir de lundi prochain, c’est balayé d’un revers de main. On ne sait même pas si tout va sauter. »

En ce qui concerne les mesures sanitaires les plus difficiles à appliquer, on y trouverait celles de la cantine. Selon le conseil départemental des Yvelines, « 80 demi-pensions » étaient ouvertes le 25 juin. La vice-présidente de l’association locale des parents d’élèves de l’école publique (Peep) de Conflans-Sainte-Honorine, Cécile Ribet-Retel, s’interroge alors des conditions d’application du protocole sanitaire.

« Ma fille [en sixième à Conflans-Sainte-Honorine], on lui demande de porter un masque en classe ce qui me va parfaitement […], déclare Cécile Ribet-Retel. Mais, pour la cantine, comme ils sont obligés de rester par groupe de classe, le protocole demandant à ce que les élèves ne soient pas mélangés, le réfectoire a été organisé mais elle déjeune au coude à coude avec ses ­camarades ! »

Outre le protocole sanitaire, la question du contenu pédagogique divise également l’opinion. « Si je vous réponds en tant que présidente de l’API (Association des parents d’élèves indépendants, Ndlr), je vais vous dire que je trouve cela bien [de rouvrir les collèges]. Mais, si je vous parle en tant que maman, je trouve cela nul », déplore Chrystel Ferry le 26 juin, dont le fils est inscrit en classe de quatrième au collège Albert Camus à Gargenville. En insistant sur le fait qu’en raison de travaux dans l’établissement, les élèves ont débuté leurs vacances scolaires le 26 juin, elle ajoute : « En quatre jours, vous ne pouvez pas voir où en est votre niveau. À mon avis, ils n’ont pas fait grand-chose. »

Pourtant, pour Antoine Destrés, bien que le temps soit limité, il n’est pas question de remettre en cause la qualité du contenu pédagogique. « Au niveau national, il a été affiché des priorités […], résume-t-il. Ce qui est important [à savoir] c’est qu’il y a un certain nombre de choses qui ont été travaillées durant la période du confinement […]. Il était nécessaire de revoir certaines notions indispensables qui avaient pu être travaillées durant le confinement. Cela permet d’avoir des temps de synthèse, des temps d’approfondissement sur [ces] notions. »

« Si je vous réponds en tant que présidente de l’API (Association des parents d’élèves indépendants, Ndlr), je vais vous dire que je trouve cela bien [de rouvrir les collèges]. Mais, si je vous parle en tant que maman, je trouve cela nul », déplore Chrystel Ferry le 26 juin dont son fils est inscrit en classe de 4ème au collège Albert Camus à Gargenville.

Si, selon Antoine Destrés, la révision des notions vues durant le confinement est importante, Cécile Dumoulin insiste aussi sur la nécessité pour les élèves de se retrouver. « Même si le contexte sanitaire restreint les contacts, le fait de permettre aux élèves de se retrouver entre eux, c’est important », déclare-t-elle. Sur ce point, elle est rejointe par un professeur du collège André Chenier à Mantes-la-Jolie. « Cela va permettre la socialisation, de se revoir et d’avoir un contact avec les enseignants », explique-t-il avant d’ajouter qu’en termes de contenus pédagogiques cela ressemble à « un coup de pied dans l’eau ».

Sur le bilan du confinement, tous déclarent en tout cas retenir certains enseignements en vue d’améliorer le système éducatif. « Beaucoup d’enseignants et de responsables […] ont progressé dans l’utilisation du numérique et leurs enseignements […], se félicite Antoine Destrés. Nous avons fait un saut qualitatif et quantitatif important concernant l’utilisation du numérique. Cette période a au moins eu ce ­mérite-là. »

Cet avis n’est néanmoins pas partagé par Cécile Ribet-Retel. « On s’est vraiment rendu compte de la marge de progrès qu’il y a [à faire] sur les outils numériques qui sont à disposition et sur la formation des enseignants à l’utilisation et à la fabrication d’un enseignement numérique, rétorque-t-elle. Je ne jette pas la pierre aux équipes enseignantes […] mais, pour le coup, passer à un enseignement dématérialisé, ce n’est pas juste envoyer un PDF. »

Suite aux difficultés rencontrées avec les outils numériques par ­certaines familles durant le confinement, Christine Boutry, la ­représentante des parents d’élèves FCPE au collège Albert Thierry, à Limay, déclare : « J’ai demandé à la directrice d’établissement qu’on mette rapidement en place, en septembre, une commission qui permettrait de définir un protocole d’action en cas [d’un nouveau confinement]. Ce serait le même protocole pour tous les enseignants et dont les parents et les élèves connaîtraient le fonctionnement. » Concrètement, ce protocole permettrait notamment de mettre, par exemple, tous les cours en ligne sur le même site internet et de préciser en amont « le nombre d’exercices attendus. »

Insatisfaction globale concernant l’obtention du brevet en contrôle continu

« C’est exceptionnel. » Voici comment le directeur de l’académie de Versailles, Antoine Destrés, résume le brevet 2020. En raison du contexte sanitaire actuel lié à l’épidémie de coronavirus, l’examen est, cette année, intégralement sous la forme d’un contrôle continu. « Il faut que les élèves aient un examen mais je suis extrêmement sceptique sur le contrôle continu […], déplore la représentante des parents d’élèves FCPE du collège Albert Thierry à Limay, Christine Boutry. À partir du moment où il y a du subjectif qui rentre en compte, c’est très compliqué [à noter]. »

Pour tenter de rassurer les parents d’élèves inquiets, Antoine Destrés explique alors que le cas de chaque élève va être étudié par l’équipe enseignante et que sa motivation tout comme son investissement, durant la période de confinement, seront pris en compte. « C’est injuste de faire rentrer dans une évaluation, l’investissement des enfants », rétorque Christine Boutry en ajoutant que, selon le métier des parents et le nombre d’ordinateurs présents par famille, l’assiduité des élèves de troisième, durant le confinement, n’était pas forcément similaire, et ce, indépendamment de leur volonté.

Interrogé sur le sujet, un professeur du collège André Chenier avoue qu’il regrette que les élèves ne puissent pas passer l’examen dans les conditions habituelles. « C’est un peu un rite de passage », résume-t-il de l’examen traditionnellement organisé en présentiel.