« Six cent quarante sept tonnes de déchets industriels banals (DIB) (de toute nature et considérés comme non dangereux, Ndlr) ; 604,02 tonnes d’amiante ; 181 tonnes de gravats ; 4,3 tonnes de pneus et 3,06 tonnes de végétaux. » Les chiffres des déchets collectés depuis le lancement du chantier en janvier et présentés, le 29 juin en conférence de presse, par la responsable du projet de nettoiement de la très médiatique mer des déchets pour le conseil départemental des Yvelines, Claire Marlaud, sont vertigineux.

Parmi ces données, « 65 % » des détritus ont été nettoyés de mars à juin sur une superficie de 3,7 ha de la mer des déchets. Au total, l’ancienne plaine maraîchère, située entre les communes de Carrières-sous-Poissy, Chanteloup-les-Vignes et Triel-sur-Seine, s’étend, elle, sur environ 330 ha. Si le nettoiement du lieu qui a servi, durant plusieurs années, de lieu de dépôt illégal de déchets issus en majorité des entreprises du BTP est progressif, le devenir de cette zone reste incertain.

Aucun lauréat n’avait été désigné au printemps pour mener l’appel à projets concernant l’aménagement de l’ancienne plaine maraîchère et qui avait été lancé en septembre par l’Établissement public d’aménagement du Mantois Seine aval (Epamsa). Le président du Département, Pierre Bédier (LR), avait alors proposé, lors d’une conférence de presse du 28 février, de planter une forêt sur « 80 à 90 % » des 330 ha de la plaine, pour y développer la filière bois dans le département. Bien que cette décision ne fasse pas l’unanimité parmi les élus, Pierre Bédier a réaffirmé, le 29 juin, sa volonté de mener à bien ce projet.

Toutefois, avant de songer au devenir de la plaine, le président du Département affirme que la priorité est « d’abord de nettoyer » le site, dont il assure avoir pris ce chantier « à bras le corps » avec le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot. D’après un communiqué de presse daté du 29 juin, le conseil départemental a pour objectif de « dépolluer environ 75 % de la plaine et des déchets encore présents » d’ici la fin de l’année.

Pour cela, selon Claire Marlaud, le chantier de nettoiement du site, qui a permis le recrutement de cinq bénéficiaires du RSA, se déroulera en plusieurs phases. Alors que la première, correspondant au traitement des 3,7 ha de la mer des déchets, s’achèvera « fin août » après l’enlèvement des « derniers déchets amiantés » en juillet, dont il resterait « encore 300 tonnes à évacuer avant leur enfouissement dans un centre agréé », la seconde phase aura lieu de septembre à la fin du mois de décembre. Elle permettra de nettoyer le restant des « 40 ha de la zone des déchets à ciel ouvert » présents sur la plaine.

Le chantier de nettoiement du site a permis le recrutement de cinq bénéficiaires du RSA.

« C’est une mission d’intérêt général. Dans tous les cas, vous avez la démonstration de quand on veut, on peut », se félicite Pierre Bédier de l’avancée du chantier, en rappelant le contexte tendu de la mer des déchets. « On se faisait injurier, et encore le mot est faible, parce qu’il y avait cette mer des déchets et cette pollution », explique-t-il.

Le président du Département n’est cependant pas le seul à se réjouir du calendrier du nettoyage de l’ancienne plaine maraîchère, dont le tri des déchets est assuré par l’entreprise Picheta. Interrogé le 1er juillet sur ce sujet, Alban Bernard, le lanceur d’alerte, membre du collectif Alternatives en vallée de Seine qui regroupe une « trentaine d’associations » et président de l’association Stop décharges sauvages, déclare : « C’est plutôt rapide […]. C’est très bien. Il y a [déjà] un avant et un après. »

Sa déclaration, concernant le projet de planter une forêt sur la plaine des déchets, est cependant plus mitigée. « Je trouve que c’est une bonne chose que cela ne soit pas des constructions. Cela doit rester des espaces verts », reconnaît-il avant de nuancer son propos : « Le projet en tant que tel, oui, cela peut être intéressant. Après je pense que cela manque un peu d’ambition […]. Aujourd’hui, une forêt, il faudra attendre 50 ans. »

Sur ce point, Alban Bernard est rejoint par la députée de la sixième circonscription des Yvelines, Natalia Pouzyreff (LREM). Comme le relatait La Gazette dans son édition du 4 mars, l’annonce du projet de création d’une forêt par le conseil départemental avait suscité l’incompréhension de la députée qui est membre d’un comité de pilotage (Copil) créé en avril 2019 « sous l’égide de la préfecture » rassemblant riverains, élus et propriétaires, pour statuer le devenir de la plaine. La volonté réaffirmée, le 29 juin, de Pierre Bédier de maintenir ce projet a donc, de nouveau, fait réagir Natalia Pouzyreff.

Dans une lettre datée du 1er juillet, cosignée avec la députée de la septième circonscription des Yvelines, Michèle de Vaucouleurs (Modem) et adressée au préfet, au président du conseil départemental ainsi qu’à Philippe Tautou (LR), le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), elle déclare : « La décision d’aménager, en lieu et place, une forêt est questionnable car cette solution prendra une trentaine d’années avant de faire son plein effet et elle ne correspond pas aux aspirations exprimées par la population prônant des installations diverses telles que serres chaudes [ou] recyclerie. »

Alors que Natalia Pouzyreff profite de cette lettre pour rappeler l’existence du Copil, Jean-Jacques Brot avait tenu à rappeler, le 29 juin, la place du comité de pilotage dans la prise de décision de l’avenir de la plaine. Bien qu’il déclare que le nettoiement du site et son devenir est « un travail de conjonction des volontés », le préfet des Yvelines tient toutefois à clarifier, à demi-mots, le fait que le Copil aurait uniquement un rôle consultatif. « Il y a les acteurs qui agissent et qui payent et puis il y a ceux dont on s’entoure pour concevoir les choses ou pour y contribuer, déclare-t-il. Vous voyez la différence entre les comités de pilotage et puis ceux qui, parmi les membres des comités de pilotage, s’engagent parce que ce sont leurs compétences et qu’ils disposent de moyens à cet effet. »

« Chaque jour, le gardiennage voit des tentatives de dépôt de déchets. Ils essayent de venir là mais comme ils voient qu’ils [en] sont empêchés, ils vont les déposer ailleurs mais on n’a pas encore identifié le lieu », se désole la responsable du projet de nettoiement de la plaine des déchets pour le conseil départemental des Yvelines, Claire Marlaud.
Bien qu’il ne fasse pas partie du comité de pilotage, Alban Bernard regrette néanmoins que les associations locales ne soient pas davantage intégrées au projet du devenir de la plaine. « On n’a pas été consultés plus que cela […], déplore-t-il. Le collectif Alternatives en vallée de Seine, c’est 1 500 personnes. On a des compétences. Il y a des [membres] qui ont des qualités d’études techniques. » L’explication semblait toute trouvée pour l’ancien édile et désormais élu d’opposition, Christophe Delrieu (DVD). « Comme le dit l’adage, celui qui commande, c’est celui qui paye », avait-il déclaré sobrement dans l’édition du 4 mars de La Gazette au sujet du devenir de la plaine.

« C’est 800 000 euros pour l’État et, nous, on ne compte plus parce qu’on aime, précise le 29 juin Pierre Bédier des montants investis par le Département dans le nettoiement de la plaine. C’est un tout petit peu plus. On a des pudeurs quand on dépense plus que l’État. » Si Jean-Jacques Brot les en remercie, il précise que, hormis le Conseil départemental, l’Epamsa et l’État, la communauté urbaine participe également au projet en tant qu’ « acteur public ».

Alors qu’elles ne sont pas mentionnées à ce titre par le préfet des Yvelines, Alban Bernard milite malgré tout pour l’inclusion des associations dans la prise de décisions de l’avenir de la plaine. Reçu durant la semaine du 22 juin par les services du conseil départemental, le président de l’association Stop décharges sauvages et membre du collectif Alternatives en vallée de Seine, a formulé des idées de projet concernant le futur de la plaine.

« On a fait des propositions qui peuvent permettre de faire d’autres choses en complément, pas forcément à la place de [la forêt] mais en complément, détaille-t-il. Peut-être des terrains de sport ? » Ajoutant que la problématique principale du développement futur de la plaine est le projet de construction d’un « axe routier de deux fois deux voies [qui] va passer en plein milieu (le projet de pont d’Achères, Ndlr) », il pense au contraire que le développement des modes de circulation douce est, par exemple, à privilégier, dans cet espace. « J’ai bien peur que la forêt soit [l’idée] pour cacher [l’axe routier] », déplore-t-il.

En attendant que le devenir de la plaine soit définitivement acté, Pierre Bédier affirme en tout cas qu’il souhaite « pérenniser » le site, afin d’éviter que les dépôts de déchets illégaux ne se reproduisent à nouveau. Pour cela, la société Multiclos, qui avait la charge de clôturer les 3,7 ha de la mer des déchets nettoyée depuis le début du mois de janvier, s’attelle déjà à quadriller le futur chantier du mois de ­septembre.

Cette mesure de protection du site est renforcée par la présence de la société de gardiennage Onet. « Chaque jour, le gardiennage voit des tentatives de dépôt de déchets. Ils essayent de venir là mais comme ils voient qu’ils [en] sont empêchés, ils vont les déposer ailleurs mais on n’a pas encore identifié le lieu », se désole Claire Marlaud.